‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 23 sur 54 · LE GOLF£ DE BAYA · texte numérisé non relu

LE GOLF£ DE BAYA

Yoifl-TU comme le flot paisible Sur le mage Yient mourir?

Yoit-tu le Yolage zéphyr

Rider d'une haleine insenaible I. 10

L'onde qu'il aime â parcourir?

Montons sur la barque légère Que ma main guide lans efforts, Et de ce golfe solitaire Rasons timidement les bords.

Loin de nous déjà fuit la riye :

Tandis que d'une main craintive Tu tiens le docile aviron, Courbé sur la rame bruyante, " Au sein de l'onde frémissante Je trace un rapide sillon.

Dieu! quelle fraîcheur on respire!

Plongé dans le sein de Tétfays ,

Le soleil a cédé Tempire

A la pâle reine des nuits;

Le sein des fleurs demi- fermées

S'ouvre, et de tapeurs embaumées

£n ce moment remplit les airs ;

Et du soir la brise légère

Des plus doux parfums de la terre

A son tour embaume les mers.

Quels chants sur ces flots retentissent?

Quels cbants éclatent sur ces bords ?

De ces deux concerts qui s'unissent L'écho prolonge les accords, lî 'osant se fier aux étoiles, Le pécheur, repliant ses voiles, Salue , en chantant , son séjour \ Tandis qu'une folle jeunesse

Pousie au ciel des cris d'allégrei se , Et fête son heurenx retour.

Mais dëji Tombre plus épaisse Tombe et brnnit lesyastesmers; Le bord s'efface , le bruit cesse , Le Silence occupe les airs.

C'est l'heure où la VélancoUe S'assied pens^Te et recueillie Aux bords silencieux des mers; Et, méditant sur les ruines, Contemple au penchant des collines Ce palais, cet temples déserts.

de la Liberté Tieille et sainte patrie !

Terre, autrefois féconde en sublimes vertus.

Sous d'indignes Césars ' maintenant assenrie. Ton empire est tombé; tes héros ne sont plus!

Mais dans ton sein Tâme agrandie Croit sur leurs monumens respirer leur génie , Comme on respire encor dans un temple aboli La majesté du dieu dont il était rempli.

Mais nlnt|irrogeons pas vos cendres généreuses, , Yieux Romains! fiers Catons! mftnes des deux Bru tus ! Allons redemander à ces murs abattus "De* sooTenirs plus doux, des ombres plus heureuses.

Horace, dans ce frais séjour, Dans une retraite embellie

I Ceci ét«it écrit en 18 13*

Par les plaisin et le génie ,

Fuyait les pompes de la cour;

Properce y Tisitait Gynthie,

Et sous les regards de Délie TibuUe y modulait les soupirs de l'amour.

Plus loin , Toici l'asile où Tint chanter le Tasse , Quand y victime é la fois du génie et du sort. Errant dans l'univers, sans refuge et sans port, La pitié recueillit son illustre disgrâce.

Non loin des mêmes bords, plus tard il vint mourir; La gloire l'appelait, il arrive , il succombe : La palme qui l'attend devant lui semble fuir , Et son laurier tardif n'ombrage que sa tombe.

Colline de Baya! poétique séjour!

Voluptueux vallon qu'habita tour à tour

Tout ce qui fut grand dans le monde, .

Tu ne retentis plus de gloire ni d'amour.

Pas une voix qui me réponde ,

Que le bruit plaintif de cette onde , Ou l'écho réveillé des débris d'alentour!

Ainsi tout change , ainsi tout passe ; Ainsi nous-mêmes nous passons, Hélas ! sans laisser plus de trace Que cette barque où nous glissons Sur cette mer où tout s'efface.

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