‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 26 sur 54 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

Oui, J'ai quitté ce port tranquille, Ce port si long-tempt appelé.

Où, loin des ennuis de la TiUe, Dans un loisir doux et facile ,

Sanf bruit mes jours auraient coulé.

J'ai quitté l'obscure Tallée, Le toit champêtre d'un amij Loin des bocages de Bissy, Ma muse, à regret exilée, S'éloigne triste et désolée , Du séjour qu'elle avait choisi.

Nous n'irons plus dans les prairies, Au premier rayon du matin , Égarer , d'un pas incertain , Nos poétiques rêveries.

Nous ne verrons plus le soleil Du haut des cimes d'Italie Précipitant «on char vermeil, Semblable au père de la vie , Rendre à la nature assoupie Le premier éclat du réveil.

Nous ne goûterons plus votre ombre, Vieux pins, l'honneur de ces forêts, Vous n'entendrez plus nos secrets; Sous cette grotte humide et sombre Nous ne chercherons plus le frais; Et, le soir, au temple rustique. Quand la cloche mélancolique Appellera tout le hameau, Nous n'irons plus à la prière.

Nous courber sur la simple pierre.

Qui couvre un rustique tombeau.

Adieu, vallons! adiev, bocages!

Lac azuré, roches sauvages.

Bois touffus, tranquille séjour, Séjour des heureux et des sages, .

Je TOUS ai quitté» Mot retour!

Déjà ma barque fugitive.

Au souffle des léphjn trompeurs , -

S'éloigne à regret de la rivé

Que m'offraient des dieux protecteurs.

J'affronte de nouyeaux orages ;

Sans doute à de nouveaux naufrages

Mon frêle esquif est dévoué ;

£t pourtant, à la fleur de Tàge,

Sur quels écueil», sur quel rivage, i

Déjà n'ai-je pas échoué?

Hais d'une plainte téméraire •

Pourquoi fatiguer le destin ?

A peine au milieu du chemin,

Faut-il regarder en arrière?

Mes lèvres à peine ont goûté

Le calice amer de la vie, .

Loin de moi je l'ai rejeté;

Mais Tarrét cruel est porté :

Il faut boire jusqu'à la lie !

Lorsque mes pas auront franchi

Les deux tiers de notre carrière,

Sous le poids d'une vie entière

Quand mes cheveux auront blanchi,

Je reviendrai du vieux Bissy*

Visiter le toit solitaire,

Où le ciel me garde un ami.

Dans quelque retraite profonde ,

Sous les arbres par lui plantés,

Nous verrons couler comme l'onde

La fin de nos jours agités.

Là, sans crainte et sans espérance,

Sur notre orai^eiiie exifience Ramenéf par le fouTenir, Jetant noa regarda on arrière , Iloua meanrerona la oatrière Qu'il aura ftUu paroourir.

Tel un pilote oetogénaîrey Bu haut d'un rocher aoUtalre, Le aoir, trancjulllement aifiay Laitte au loin ^rer sa Tne, Et contemple encor l'étendue Des mers qull sillonna jadis.

LA SBMAIRE SAIRTE,

A LA &OCH>*GVTOy.

Ici ^ennent mourir les derniers bruits du monde ; Naulonniers sans étoile, abordez! c'est le port : Ici rame se plonge en une paix profonde , £t cette paix n'est pas la mort.

Ici jamais le ciel n'est orageux ni sombre ; Un jour égal et pur y repose les yeux :

C'est ce vivant soleil , dont le soleil est Tombre , Qui le répand du haut des cieux.

Comme un homme éveillé long-temps avant Taurore, Jeunes, nous avons fui dans cet heureux séjour, Notre rêve est fini , le vôtre dure encore -, Éveillex-vous ! voilà le jour.

Cœurs tendres , approchez ! ici ron aime encore ^ Mais l'amour , épuré , s'allume sur l'autel : Tout ce qu'il a d'humain à ce feu s'évapore ; Tout ce qui reste est immortel!

La prière , qui veille en ces saintes demeures , De l'astre matinal nous annonce le cours, £t , conduisant pour nous le char pieux des heures f Remplit et mesure nos jours.

L'airain religieux s'éveille avec l'aurore; Il mêle notre hommage à la voix des zéphyrs ; Et les airs, ébranlés sous le marteau sonore, Prennent l'accent de nos soupirs.

Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure. S'élève un simple autel : roi du ciel, est-ce toi? Oui, contraint par l'amour, le Dieu de la nature Y descend, visible à la foi.

Que ma raison se taise, et que mon cœur adore! La croix à mes regards ré\èU un nouveau jour ;

Aux pieds d'un Dieu mourant pnis-je douter encore ? Non : l'amour m'explique Tamour.

Tous ces fronts prosternés, ce feu qui les embrase, Ces parfums, ces soupirs s'eihalant du saint lieu. Ces élans enflammés , ces larmes de Teitase^ Tout me répond que c*est un Dieu.

Favoris du Seigneur, souffrei qu'a votre exemple, Ainsi qu'un mendiant aux portes du palais.

J'adore aussi de loin , sur le seuil de son temple , Le Dieu qui vous donne la paix.

Ah! laissez-moi mêler mon hymne à vos louanges! Que mon encens souillé monte avec votre encens. Jadis les fils de l'homme aux saints concerts des anges Ne mêlaient-ils pas leurs accens ?

Du nombre des vivans chaque aurore m'efface j Je suis rempli de jours , de douleurs , de remords. Sous le portique obscur venez marquer ma place, Ici , près da séjour des morts!

Souffrez qu'un étranger veille auprès de leur cendre. Brûlant sur un cercueil comme ces saints flambeaux, La mort m'a tout ravi , la mort doit tout me rendre; J'attends le réveil des tombeaux!

Ah! puissé-je près d'eux, au gré de mon envie, A l'ombre de l'autel, et non loin de ce port, Seul, achever ainsi les restes de ma vie

Entre l'espérance et la mort!

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