‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 32 sur 54 · Livre ces dépouilles fanées · texte numérisé non relu

Livre ces dépouilles fanées

Qu'enlève le souffle des jours,

Comme on jette au courant de l'onde

La feuille aride et vagabonde

Que Tonde entraine dans son cours!

Ce n'est plus le temps de sourire

 ces roses de peu de jours ,

De mêler aux sons de la lyre

Les tendres soupirs des Amours ;

De semer sur des fonds stériles

Ces vœux, ces projets inutiles,

Par les vents du ciel emportés ,

A qui le temps qui nous dévore

Ne donne pas l'heure d'édore

Pendant nos rapides étés.

170 «Ê0ITAT1ONS

Levons les yeux vers U edUine

Où luit rétoiW du matin.

Saluons la splendeur divine

Qui se lève dans ]fi lointaia.

Cette clarté pure et féconde

Aux yeux de l'àme éclaire urt monde

Où la foi monte sans effort.

B'un saint espoir ton cœur palpite ;.

Ami, pour y voler plus vite'^

Prénoms les ailes de la mort.

En vain, dans oe désert «ride ,

Sous nos pas tout s^ost' elTacé.

Viens : où l'éternité réside, .

On retrouve Joaqu'au p^Aasé. .

Là sont nos rêves pleins de charmes ,

Et nos adieux trempés de larmes,

Nos voçux et nos spupirS perdus.

La , refleuritofbt nos jeunesses ;

Et les objets de no» tristtss«a

A nos regrets aeront rendus.

Ainsi, quand les teata de l'automne Ont dissipé l'ombre dea bois , L'hirondelle agile abandonne Le faite du palais dos roûri : C »< - Suivant le soleil dans sa .«ourse.

Elle remonte vers la source D'où l'astre nous répand les jours , Et sur ses pas retrouve^encore Un autre ciel , une auûre aurore , Un autre nid pour ses amours.

Ce roi, dont la sainte tristesse Immortalisa les douleurs , Vit ainsi sa Terte jeunesse Se renouTeler sous les pleurs.

Sa harpe , à Tombre de la tombe , Soupirait comme la colombe Sous les Terts cyprès du Garmel ; Et son cœur, qu'une lampe éclaire , Résonnait comme un sanctuaire Où retentit l'hymne éternel.

ISGHIA I.

Le soleil va porter le jour à d'autres inondes ; Dans rhorison désert Phœbé monte sans bruit , Et jette, en pénétrant les ténèbres profondes , Un voile transparent sur le front de la nuit.

> Ile de la Méditerranée dans le golfe de Naples.

Yoyei du haut des monts ses clartés ondoyantes Comme un fleuve de flamme inonder les coteaux , Dormir dans les vallons , ou glisser sur l'es pentes , Ou rejaillir au loin du sein brillant des eaux.

La douteuse lueur ^ dans Tombre répandue , Teint d'un jour azuré la pâle obscurité , Et fait nager au loin dans la vague étendue Les horizons baignéa par •• aioU* clarté.

L'Océan amoureux de ces rives tranquilles

Calme, en baignant leurs piedi, ses orageux transports;

Et pressant dans ses bras ces golfes et ces îles.

De son humide haleine en rafraîchit les bords.

Du flot qui tour à tour s'avance et se retire L'œil aime à suivre au loin le flexible contour : On dirait un amant qui presse en son délire La vierge qui résiste , et cède tour i tour.

Doux comme le soupir d'un enfant qui sommeille , Un son «vague et plaintif se répand dans les airs : Est-ce un écho du ciel qui charme notre oreille ? Est-ce un soupir d'amour de la terre et des mers?

Il s'élève, il retombe , il renait , il expire, Comme un cœur oppressé d'un poids de Tolupté , Il semble qu'en ces nui's la nature respire , £t se plaint comme nous de «a félicité.

Mortel , ouvre ton âme à ces torrens de vie ; Reçois par tous let sens les charmes de la nuit : .

A t'enivrw d'anour son ««lire H oofi^i«; Son astre dans le oM aa lè?e , et te eonduil.

Yoif-tu ce feu loînlaio trembler ser la eoUÏne ? Par la main de rAmour c'est un phare allumé ; La f comme on lis penolié, l'amai»te qui s'hieUne Prête une Oreille avide aux pat do bien-atmé.

La lieanté , dana le aen^e eu son âme s'égare , Soulève un oeil d'azur qui réfléchit les oieux , £t ses doigts au hassDrd errant anr sa guitare Jettent aux ^eniè du soit des seaa mystérieux.

Tiens r ramonenx silence occvpe au loin l'espace;. Viens du soir près de moi respirer la fraîcheur : C'est l'heure : d peine au loin la.Toile qui s'effaoe - Blanchit , en ramenuit le paisible pécheur*

Depuis l'heure ou ié liarque a foi loin de la rive J'ai suivi tout le jour ta voile sur les mers, Ainsi que de son lit la colemhe craintive Suit l'aile du ramier, qui hhnchit dans les airs.

Tandis qu'elle glissait sont l'ombre do rivage , J'ai reconnu ta voix dans la yoix des échos; Et la brise du soir, en mourant ior la plage, Me rapportait tes chants prolongés tor lea flo4s.

Quand la vague a grondé sur la côte écornante , A l'étoile des mers j'ai murmuré (on nom ; J'ai rallumé sa lampe, et de ta seole amante » L'amoureuse prière a fS^t fuir l'aquilo».

, 176 HÉPITATIONS

» Haiotenant tous le ciel tout repose, ou tout aime : » La vafpie en ondulant vient dormir sur le bord ; • » La fleur dort sur sa tige, et la nature même < • Sous le dais de la nuit se recueiUe et s'endort.

» Vois : la mousse a pour nous tapissé la Tallée;

• Le pampre s'y recourbe en replis tortueux , » Et l'haleine de Tonde, i Toranger mêlée,

» De ses fleurs qu'elle effeuille embaume mes cheveux.

» A la molle clarté de la voûte sereine

> Nous chanterons ensemble assis sous le jasmin,

> Jusqu'à l'heure où la lune, en glissant vers Hisène,

• Se perd en pâlissant dans les feux du matin. »

Elle chante; et sa voix par intervalle expire, Et , des accoirds du luth plus faiblement frappés , Les échos assoupis ne livrent au séphyre Que des soupirs mourans, de silence coupés.

/ Celui qui , le cœur plein de délire et de flamme , . A cette heure d'amour, sous cet astre enchanté, Sentirait tout i coup le rêve de son âme S'animer sous les traits d'une chaste beauté ;

Celui qui, sur la mousse, au pied du sycomore. Au murmure des eaux, sous un dais de saphirs, ' Assis à ses genoux , de l'une à l'autre aurore , N'aurait pour lui parler que l'accent des soupirs;

Celui qui, respirant son haleine adorée.

Sentirait ses cheveux , soulevés par les vents.

Caresser en passant sa paupière effleurée,

Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyans ;

Celui qui , suspendant les heures fugitiTes , Fixant avec Tamour son âme en ce beau lieu , Oublirait que le temps coule encor sur ces rives , Serait-il un mortel , ou serait-il un dieu?...

Et nous , aux doux penchans de ces -verts Élysées , Sur ces bords où l'Amour eût caché son Éden , Au murmure plaintif des vagues apaisées, Aux rayons endormis de Pastre élyséen ;

l Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde. Sur ces riyes que l'œil se plait à parcourir,

/ If ous ayons respiré cet air d'un autre monde , ■ É twek!... et cependant on dit qu'il faut mourir !

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