SULFURES DE PHOSPHORE
portions. Lorsqu*on met en contact un morceau de soufre et un morceau de phosphore , et qu*on chauffe légèrement pour déterminer leur fusion, la combinaison a lieu avec dégagement de chaleur, et quelquefois il survient une explosion ; cette expérience est dangereuse et ne doit être faite qu'avec de grandes précautions. Pour la faire sans danger, on place du phosphore sous Teau dans un ballon de verre, on chauffe jusqu'à ce qu'il soit fondu, puis on introduit successivement le soufre par petits fragments. On peut ainsi combiner au phosphore une proportion considérable de soufre sans que la matière perde son état liquide ; mais si on la laisse refroidir, une partie considérable du soufre se sépare par cristallisation. Si, au contraire, on ajoute peu de soufre et que le phosphore soit en excès, c'est le phosphore qui cristallise pendant le refroidissement de la liqueur.
En combinant 4 équivalent de phosphore avec 4 équivalent de soufre, c'est-à-dire 4 partie en poids de phosphore et 2 parties de soufre, on obtient un produit qui est encore liquide à -f"^*> ^^siis qui se solidifie au-dessous, sans présenter de cristallisation régulière.
Le phosphore forme avec le soufre un grand nombre de combinaisons définies qui correspondent, en général, à celles qu'il donne avec l'oxygène ; mais comme ces combinaisons sont souvent plus combustibles que le phosphore isolé, il faut les manier avec beau* coup de précautions.
CMomretf de phiMqphore.
§ 205. Le chlore et le phosphore se combinent en deux proportions. Ces combinaisons ont pour formule PhCP et PhCl** et correspondent aux acides phosphoreux, PhO'*, et phosphorique, PhO*.
L'appareil que Ton emploie pour leur préparation est semblable à celui que nous avons décrit (§ 497) pour préparer les chlorures de soufre. Le phosphore est placé dans la cornue lubulée D (fig. 95). La combinaison du phosphore avec le chlore s'opère avec une Jurande élévation de température et souvent avec flamme. Un fragment de phosphore placé dans une petite capsule, et auquel on a mis le feu, continue à brûler avec une flamme verdâtre lorsqu'on le plonge dans un flacon rempli de chlore.
La haute tQmpérature qui se développe pendant la combinaison , détermine souvent la rupture de la cornue tubulée; on l'évite en plaçant au fond de cette cornue une couche de sable sur laquelle on place le phosphore. Pour éviter la formation du perchlorure, il est nécessaire de chauffer la cornue jusque près de l'ébullition du phosphore. Le chlore se trouve alors constamment dans une atmosphère
CELORURES DE PHOSPHORE. 203
de phosphore en excès, et le protochlorare de phosphore distille à mesure qu'il se produit. On arrête l'opération avant que tout le phosphore ait disparu. Le liquide distillé renferme en dissolution du phosphore que Ton sépare par une nouvelle distillation.
Le protochlorure de phosphore est un liquide incolore , très-lim* pide, ayant une densité de 4 ,45 ; il bout à 78®. La densité de sa vapeur est 4,742.
Au contact de Feau, le protochlorure produit de Tacide chlorhydrique et de Tacide phosphoreux ; le protochlorure de phosphore est composé de
4 éq. phosphore 400,0 23,43
3 » chlore 4329,6 76,87
$ 206. Le protochlorure de phosphore, soumis à l'action du chlore, en absorbe une grande quantité et finit par se transformer en une matière blanche cristalline qui est le perchlorure de phosphore. Cette matière bout vers 4 48*^ ; son point de fusion se trouve à peu près à la même température ; de sorte que le perchlorure de phosphore, sous la pression ordinaire de l'atmosphère, passe immédiatement de l'état solide à l'état gazeux.
Au contact de l'eau, le perchlorure de phosphore se change en acide chlorhydrique et en acide phosphorique, d'après la relation
PhCl^ + 5H0 = PhO« + 5HCI .
Il contient
4 éq. phosphore 400,0 45,29
5 » chlore 2246,0 84,74
lodnre de phosphore.
§ 207. L'iode et le phosphore, chauffés ensemble, se combinent avec dégagement de chaleur : mais , jusquMci , on n'a pas isolé de composés définis. Traitées par l'eau, ces combinaisons se détruisent en produisant de l'acide iodhydrique , des acides phosphoreux et phosphorique. Nous avons utilisé cette réaction pour préparer le gaz acide iodhydrique {§ 408).
Chlorure d^Mmenle.
*" § 208. On ne connaît qu'une seule combinaison de l'arsenic avec le chlore. On l'obtient en faisant passer du chlore sur de l'arsenic métallique : l'affinité de l'arsenic pour le chlore est très-considé -
204 CBLORURE d'arsenic.
rable. L*arsenic en poudre , projeté dans un flacon rempli de gaz chlore, s*enflamme en produisant d'épaisses vapeurs b&nches de chlorure d*arsenic.
On obtient également le chlorure d'arsenic en distillant dans une cornue un mélange de 4 partie d'arsenic métallique et de 6 parties de sublimé corrosifou chlorure de mercure HgCl. Le chlorure d'arsenic, préparé par l'action du chlore gazeux sur l'arsenic, estcoloréen jaune par du chlore dissous ; pour le purifîer, il suffît de l'agiter avec une petite quantité d'arsenic en poudre fine, puis de le distiller de nouveau.
Le chlorure d'arsenic est un liquide incolore, qui bout à 432**. La densité de sa vapeur a été trouvée de 6,3. Au contact de l'eau, il se décompose immédiatement en acides arsénieux et chiorhydrique :
Asœ + 3H0 = AsO» + 3HCI .
Il correspond par conséquent à l'acide arsénieux et sa composition est la suivante :
4 éq. arsenic 937,5 44 ,35
3 » chlore 4329,6 58,65
4 » chlorure d'arsenic .. . 2267,4 400,00.
0altare« d'ar«enle.
§ 209. L'arsenic et le soufre forment un grand nombre de combinaisons ; nous ne citerons que les trois plus importantes.
On trouve dans la nature un sulfure cristallisé qui a pour formule AsS', et qui ne correspond à aucune combinaison connue de l'arsenic avec l'oxygène. Les minéralogistes lui ont donné le nom de réalgar. On peut l'obtenir artificiellement en fondant ensemble un mélange à proportions convenables d'arsenic et de soufre.
Le réalgar est une matière vitreuse d'une belle couleur rouge orangé ; on l'emploie dans la peinture. Il fond et se sublime sans altération.
La seconde combinaison AsS^ correspond à l'acide arsénieux ; on la rencontre aussi dans la nature à l'état cristallisé, on lui donne le nom d'orpiment. L'orpiment ou acide sulfarsénieux peut être préparé en fondant ensemble des proportions convenables d*arsenic et de soufre. On l'obtient également en faisant passer un courant d'acide sulfhydrique à travers une dissolution d'acide arsénieux ; l'acide sulfarsénieux se précipité alors sous la forme d'une matière floconneuse d'un jaune clair.
EnBn, la. troisième combinaison correspond à l'acide arsénique ; elle a pour formule AsS" ; on lui a donné le nom d'acide su//'-
SULFURES d'arsenic. 205
arsénique. On l'obtient en versant une dissolution d'acide sulfhydrique dans une dissolution d'acide arsénique; le précipité ne se forme pas immédiatement; souvent même il ne se dépose qu'après plusieurs jours.
On prépare plus commodément l'acide sulfarsénique en faisant passer un courant de gaz acide sulfhydrique jusqu'à saturation dans une dissolution d'arséniate de potasse, SKO.AsO^. Ce sel se change ainsi en un sulfosel, SiKS.AsS'', dans lequel le monosulfure de potassium joue le rôle de base, et l'acide sulfarsénique le rôle d'acide. Le sulfarséniate de sulfure de potassium reste en dissolution dans la liqueur. On lé décompose par l'acide chlorhydrique ; il se dégage fie l'acide sulfhydrique, et l'acide sulfarsénique se précipite sous la forme d'une poudre jaune.
La réaction est exprimée par l'équation suivante :
2KS.AsS»+2HCl=2KCl + 2HS + AsS^ Chlorure de bore , BoCP.
§ 210. On obtient ce composé, en chauffant du bore dans un courant de chlore , ou , plus simplement , en chauffant dans un tube de porcelaine un mélange intime d'acide borique et de charbon , pendant que ce tube est traversé par un courant de chlore sec.
Le chlorure de bore est un gaz incolore, qui répand des fumées épaisses à l'air humide. Sa densité est 4,035. Au contact de l'eau, il se décompose en acide chlorhydrique et en acide borique; sa formule est donc celle de l'acide borique, dans laquelle l'oxygène est remplacé par une quantité équivalente de chlore. 4 volume de ce gaz renferme 4 J volume chlore. On a, en effet,
Bore 0,375 9,28
4 i vol. Chlore 3,660 90,72
Vlaorare de bore 9 BoFP.
§ 244 . Oh obtient une combinaison gazeuse du fluor avec le bore, lorsqu'on chauffe à une très-haute température, dans une petite cornue de porcelaine , un mélange de 2 parties de spath fluor et de 4 partie d'acide borique fondu. Une portion de l'acide borique se décompose; son oxygène se combine avec le calcium; la chaux produite forme du borate de chaux avec l'acide borique non décomposé; enfin, le fluor et le bore se combinent ensemble et forment
206 FLUORURE DE BORE.
du fluorure de bore. La réaction se représente par l'équation suivante :
* 2BoO» + 3CaFl = BoFP + BoO*.3CaO.
Le fluorure de bore est un gaz incolore, ayant une odeur suffocante et une saveur fortement acide. Sa densité est 2,37; il est extrêmement soluble dans Teau , et tellement avide de ce liquide qu'il charbonne les matières organiques , à la manière de Tacide sulfurique concentré (§ 1 48). C'est par suite de celte grande affinité pour l'eau qu'il répand des fumées épaisses au contact de l'air.
La composition du fluorure de bore correspond à celle de l'acide borique; sa formule est BoFP.
L'eau dissout 700 à 800 fois son volume de fluorure de bore. On obtient facilement cette dissolution, à l'état concentré, de la manière suivante : On fond ensemble parties égales de spath fluor et de borax , on pulvérise la matière , et on la chaufie avec de l'acide sulfurique concentré dans une cornue de verre ; il distille un liquide acide qui est une dissolution très-concentrée de fluorure de bore dans l'eau. Si l'on étend cette dissolution d'une plus grande quantité d'eau , elle se décompose ; de l'acide borique se sépare , et il se forme un acide particulier auquel on a donné le nom d'acide hydrofluoborique. Cet acide est probablement analogue à l'acide hydrofluosilicique dont nous parlerons tout à l'heure , et qui a élé mieux étudié.
Chlorure de (illlciiiiii) SiCP.
§ 2i2. Si Ton chaufl'e du silicium dans un courant de chlore, il prend feu, et il se forme un liquide volatil incolore; c'est le chlorure de silicium , SiCl*. On peut obtenir le chlorure de silicium plus facilement, eu faisant passer du chlore sur un mélange de silice et de charbon chauffé dans un tube de porcelaine (fig. 96). Le chlore seul ne chasse pas l'oxygène de l'acide silicique, même à la plus haute température; mais la décomposition se fait facilement en présence du charKon , lequel se combine avec l'oxygène de l'acide silicique et forme de l'oxyde de carbone ; on recueille le chlorure de silicium dans un récipient bien refroidi. L'acide silicique qui sert à cette préparation , doit être la silice très-divisée que l'on obtient en décomposant le silicate de potasse par un acide, car le quartz » même réduit en poussière impalpable , ne donne dans cette circon* stance que des traces de chlorure de silicium.
Le mieux est de mélanger intimement la silice avec son poids de noir de fumée , et d'ajouter assez d'huile pour constituer avec le mélange une pâle ferme, que l'on façonne sous forme de boulettes. On
CQLORUnE DE SILICIUM. W/
roule ces boulelles dans la poussière du charbon , et on les calcine dans un creuset fermé. Ce son CBS pelJies masses poreuses que l'on place dans le lubo de porcelaine.
Le cWorurede silicium a une couleur jaune , due â un e^ ces de chlorequ'i! tient en dissolution, et dont on le prive en agitant le liquide avec un peu de mercure; il suflit ensuite de le distiller pour l'obtenir absolument pur.
Le chlorurede silicium est un liquide incolore, très-mobile ayant uno densité de 1 ,53. Il bout à 59°, et répand à l'air des fumées acides.
Au contact de l'eau, le chlorure de silicium se décompose en acide chlorhydrique et en acide silicique; ce chlorure correspond donc à l'acide silicique, l'oiygène de l'acide étant remplacé par une quantité équivalente de chlore. On a utilisé cette réaction pour déduire la composition de l'acide silicique de l'analyse du chlorurede silicium, laquelle présente beaucoup moins de difficultés que l'analyse directe de l'acide silicique. La formule du chlorurede silidum est SiCI'.
viMnire 4e ■lllclom, SÎFl'.
§ 213. On obtient ce composé en chauffant ensemble , dans un liallon de verre, parties égaies de spath Quor et do verre pilé, avec 6 à 8 parties d'acide sulfurique très- concentré. L'acide silicique du verre perd son oxygène, lequel oxyde le calcium du spath Ituor; la chaux qui en réulle se combine avec l'acide sulfurique ; et le Buor s'unit au silicium pour former du gaz fluorure de silicium. Si nous ne faisons intervenir le verre que par son acidesili-
208 FLUORURE DE SILICIUM.
cique, nous pouvons représenter la réaction par l'équation suivante :
3GaFl + SiO» + 3S0» == 3 (CaO . SO*) -|- SiFP.
L'appareil dont on se sert pour cette opération doit avoir été préalablement desséché avec le plus grand soin , car le fluorure de silicium se décompose très-facilement au contact de Teau.
La fluorure de silicium est un gaz incolore, qu'il faut recueillir sur le mercure , Teau le décomposant immédiatement. La densité de ce gaz est 3,57. Il répand au contact de Fair humide des fumées acides très-épaisses. Sa composition correspond à celle de l'acide silicique ; sa formule est donc SiFl*.
§ 2U. Dans la décomposition du fluorure de silicium au contact de l'eau , il se dépose de la silice gélatineu^e, et la liqueur renferme une combinaison acide particulière , que nous appelons acide hydrofluosiliciqtie. La réaction a lieu entre 3 équivalents de fluorure de silicium et 3 équivalents d'eau. Mais des 3 équivalents de fluorure de silicium, un seul se décompose ; il produit 3 équivalents d'acide fluorhydrique qui se combinent avec les 2 équivalents de fluorure de silicium non décomposés , pour former l'acide hydrofluosilicique.
La réaction est donc représentée par l'équation suivante :
3SiFP + 3HO=3HFl.2SiFP + SiO».
La formule de Tacide hydrofluosilicique est , d'après cela ,
3HFl.2SiFl».
Lorsqu'on sature l'aeide hydrofluosilicique par une base , l'hydrogène de l'acide fluorhydrique est setil remplacé par une quantité équivalente du métal de la base: ainsi, avec la potasse, on a la réaction
3HF1.2SiFP + 3KO = 3KFI.2SiFl»+3HO.
L'hydrofluosilicate de potasse est donc un fluorure double de potassium et de silicium ayant pour formule
3KF1.2SiFl».
La silice à l'état gélatineux , qui se dépose pendant la décomposition du fluorure de silicium par l'eau, obstruerait promptement l'orifice du tube qui amène le gaz , si on le faisait plonger dans l'eau, et il pourrait en résulter une explosion . Aussi doit-on avoir soin de faire plonger le tube de plusieurs centimètres dans une couche de mercure (fig. 97) que l'on place dans le vase récipient avant d'y
FLUORURE DE SILICIUM.
verser Teau ; de cette manière le gaz ne rencontre pas do parois
humides, et il ne se décompo^o qu'après avoir traversé la couche de mercure.
On peut également faire la préparation du fluorure de silicium dans une cornue de verre, dont on engage le col dans un ballon renfermant de l'eau et qui sert de récipient; mais il faut avoir soin de ne pas interposer de bouchon, afm do pouvoir faire tourner facilement le ballon autour du col de la
Fig. 97.
cornue, et maintenir ses parois constamment mouillées. Le gaz fluorure de silicium étant très-lourd, tombe sur la surface du liquide du récipient, et il se forme une pellicule de silice gélatineuse, qui empêcherait bientôt l'action de l'eau si Ton n'avait pas soin de tourner souvent le ballon.
Lorsque l'on a décomposé une quantité convenable de fluorure de silicium, on filtre la liqueur à travers un linge, et Ton exprime fortement le résidu. Si Ton veut obtenir le liquide plus transparent, il faut le filtrer à travers du papier Joseph , mais il reste presque toujours un peu de silice en suspension.
L'acide hydrofluosilicique dissous forme un liquide trè^acide , qui se combine avec les bases en formait des fluorures doubles dont nous avons indiqué plus haut la composition. Quelques-unes de co-; combinaisons sont insolubles, entre autres celle qu'il forme avec la potasse. Nous avons déjà utilisé cette propriété de l'acide hydrofluosilicique pour précipiter la potasse de ces dissolutions (% 473).
Si l'on évapore, complètement à sec , la dissolution d'acide hydrofluosilicique avec la silice gélatineuse qui s'est déposée pendant s;i préparation , toute la matière disparaît; il se dégage de l'eau et du fluorure de silicium. Ainsi , sous l'influence de la chaleur ; nous obtenons une réaction inverse de celle qui s'opère à froid entre le fluorure de silicium et l'eau ; nous avons maintenant
3HF1.2SiFl» -f- SiO» = 3SiFl' + 3H0.
Si i'évaporation se fait dans un vase en verre, celui-ci n'est pas attaqué et conserve complètement sa transparence.
Si , au contraire , on évapore dans un vase de verre l'acide hydrofluosilicique seul, séparé par la fillration de la silice qui s'est dépo-
210 COMBINAISONS DU CIRBONE AVEC L'HTDKOGfcNB.
sée, la malière disparaît encore en entier, mais les parois du verre sont fortement attaquées, car elles ont du céder l'acide silicique nécessaire à la transformation complète de l'acide hydroiluosilicique en fluorure de silicium.
CAiiikInMiMHa 4M emrbonm mne rhjiwt^me.
§215. Le i combinaisons do l'hydrogène et du carbone sont trèsnombreuses. Deux de ces combinaisons sont gazeuses à la température ordinaire , les autres sont liquides ou solides. Hydrogène prolocarboné , C'H'.
§216. Ce S3Ï est ausii appelé jas des marais, parce qu'il se dégage en grande quantité de la vase deseaus stagnantes. Quand on ugito celle vase avec un bâton , on voit s'élever dans l'eau des bulles de gaz qu'il est facile de recueillir, en plaçant au-dessus l'ouverture d'un tlacon Ifig. 98) plein d'eau et renversé; pour plus do facilité, on engage un entonnoir dans l'ouverture. Le gaz que l'on obtient ainsi est impur; il est mélangé d'azote et d'acide carbonique.
On obtient l'hydrogène protocarboné à l'élat de pureté, en chauiïant dans une petite cornue de verre un mélange d'acétate de soude et d'une base énergique ; de la potasse caustique ou delà chaux. Ordinairement, on emploie un mélange de ces deux bases. On dissout la potasse dans une très-petite quanti léd'eau, ^t l'on ajoute de la chaux en poudre, de manière à former une pâle. L'acétate de soude a pour formule NaO.C^H'C ; par l'acfion des bases sous l'influence de la chaleur, l'acide acétique CMPO' et 4 équivalent d'eau se décomposent de manière à former de l'acide carbonique qui se combine avec les bases , et de l'hydrogène protocarboné C'H*, comme le montre l'équivalence suivante :
NaO.C'H'0'+HO-|-KO=NaO.CO'-[-KO.CO'-|-C*H'.
L'hydrogène protocarboné est un gaz incolore, sans odeur. Sa
densité est 0,5390. 11 brùlo à l'air avec une flamme bleuâtre; les
résultats de sa combustion sont de l'eau et de t'acide carbonique.
L'eau ne dissout qu'une quantité très-petite de ce gaz.
L'hydrogène protocarboné se dégage en abondance de la houille de certaines mines. Comme il est plus léger que l'air, il tend à s'accumuler dans les parties supérieures des travaux , et donne des mé-
HYDROGÈNE PBOTOCARBONÉ. 211
langes explosifs très-dangereux et qui font périr annuellement un grand nombre d'ouvriers. Les mineurs donnent au gaz des houillères le nom de grisou.
§ 247. L'analyse de l'hydrogène protocarboné se fait dans l'eudiomètre. Supposons que l'on ait introduit dans cet appareil 100 parties d'hydrogène protocarboné et 300 d'oxygène ; après le passage de l'étincelle électrique , le volume gazeux se trouvera réduit à 200. Si Ton introduit dans le mélange un globule de potasse humecté, on absorbera l'acide carbonique qui s'est formé pendant la combustion, et on reconnaîtra qu'il reste 400 parties d'oxygène. Les 400 parties d'acide carbonique renferment 50 de vapeur de carbone et 4 00 d'oxygène. Ainsi, 400 parties d'oxygène ont disparu, en formant de l'eau avec l'hydrogène de l'hydrogène protocarboné. Or, ce dernier gaz renferme 200 de gaz hydrogène; 400 parties de gaz hydrogène protocarboné sont donc formées de
200 hydrogène, 50 vapeur de carbone.
Cette composition se trouve confirmée par la valeur de la densité du gaz : en effet ,
2 vol. hydrogène pèsent . . . 0,4382 25,00
i » vapeur de carbone . . 0,4445 75,00
On donne à l'hydrogène protocarboné la formule C*H*.
Hydrogène hicarboné^ C*H*.
§ 248. Ce gaz est souvent aussi appelé gaz oléfiant. On le prépare en chauffant ensemble 4 partie, en poids, d'alcool, et 5 ou 6j)arties d'acide sulfurique concentré. La formule de l'alcool est C^H^O*; on peut admettre que sous Tinfluence de l'acide sulfurique concentré, ce corps se décompose en 2 équivalents d'eau , et en hydrogène bicarboné C*H*:
CW0»=CW-f2H0.
Cependant la réaction est plus complexe, car il se dégage en même temps, de l'acide carbonique et de l'acide sulfureux. On place le mélange d'acide sulfurique et d'alcool dans une grande cornue (fîg. 99), parce qu'il se boursoufle beaucoup vers la fin de l'opération, et l'on fait passer le gaz à travers un premier flacon laveur renfermant un peu d'eau, puis à travers un second flacon contenant une dissolution de potasse qui absorbe les acides carbonique et sulfureux. L'hydrogène bicarboné est un gaz incolore, d'une densitéde 0,9784; il brûle à l'air avec une flamme brillante. Il se décompose partielle-
212 œHBlNAISOHS DU CAR80NB AVEC L'HTDBOGBNB.
ment, quand on le fuit passer ù Iravere un tube de porcelaine
chaulTéau rouge; du charbon se dépose sur toâf)aroi3 du tube.
Le gaz hydrogène bicarboné brille dans le clilore; danî celle combustion, il se forme du gaz acide chiorhydrique, et le charbon se dépose. L'hydrogène bicarboné et le chlore se combinent aussi à froid lorsqu'on mélange les deux gaz sur l'eau ; il se forme un liquide huileux, volatil , d'une odeur étbérée agréable.
$ 249. L'analyse de ce gaz se fait de la mâme manière que celle de l'hydrogène protocarboné.
On introduit dans l'eudiomètre
Hydrogène bicarboné. 100
Oxygène 400.
Après le passage de l'étincelle il reste 300; la potasse caustique absorbe 200 d'acide carbonique renfermant 100 de vapeur de carbone et 200 d'oxygène. Le gaz qui reste alors dans l'eudiomètre est de l'oiygène. Ainsi , 100 parties d'oxygène ont été brûlées par Ihydn^ëne du gaz oléfiant.
100 parties de ce gaz renferment donc 200 hydrogène 1 00 vapeur de carbone.
Or, 2 vol. hydrogène pèsent... 0,138î U,29
1 B vapeur de carbone . . 0,8290 . 85,71 0,9672 100,00.
Ce nombre se rapproche beaucoup de la densité 0,9784 trouvée par l'expérience.
La formule que l'on donne à l'hydrogène bicarboné est C*tl*. Le gaz de l'éclairage est principalement composé de gaz hydrogènes carbonés.
Carbures il'bydrogêtte liquides.
§120. Les chimistes connaissent aujourd'hui un grand nombre
CTANOGÈNB. 213
de combinaisons du carbone avec Thydrogène ; que]ques*unes sont gazeuses à la température ordinaire, comme les hydrogèneà carbonés dont nous venons de parler; le plus grand nombre sont liquides et que]ques-una% sont solides. Les carbures d'hydrogène liquides et solides peuvent être distillés sans altération ; on les classe ordinairement parmi les essences ou huiles essentielles^ noms que Ton donne à des liquides qui tachent le papier à la manière des huiles grasses, mais qui se distinguent de ces dernières, en ce que, celles-ci n'étant pas volatiles, la tache graisseuse persiste indéfiniment, tandis que la tache qui est produite par une huile essentielle disparait au bout de quelque temps parce que Tessence se volatilise. Le plus important de ces carbures d'hydrogène, à cause de ses applications dans les arts, est Vessence de térébenthine. On donne le nom de térébenthine à un liquide visqueux qui s'écoule de certaines espèces d() pin. Ce liquide donne, par la distillation, une huile volatile, Tessence de térébenthine et une résine qui reste dans la chaudière. L'essence de térébenthine bout vers 4 50®, sa densité est de 0,86. Los chimistes lui donnent la formule C*®H'^.
Aaotare de earkone 9a cyanogèiie, C'Az ou Cy.
§ ili . Le carbone et l'azote forment un composé très-important, le cyanogène, qui donne lui-même naissance à un grand nombre do substances remarquables, dans lesquelles il joue le rôle d'un corps simple. Ainsi le cyanogène forme avec l'hydrogène un acide, Vacide cyanhydrigue y qui correspond à l'acide chlorhydrique , et avec le^; métaux , des cyanures qui présentent une analogie complète avec le.s chlorures correspondants. Ces cyanures sont fréquemment employés comme réactifs pour caractériser les diverses dissolutions métalliques et les distinguer les unes des autres.
Le carbone et l'azote ne se combinent pas directement; mais, si l'on chauffe ensemble , dans un tube de porcelaine , un mélange d(; carbonate de potasse et de charbon , et que l'on fasse traverser co tube par un courant de gaz azote, il se dégage de l'oxyde de carbone; et, si l'on reprend ensuite le résidu par l'eau, on dissout une proportion notable de cyanure de potassium qui s'est formé. Quand on fait passer du gaz ammoniac sur des charbons chauffés au rouge, il se forme du cyanhydrate d'ammoniaque qui se condense sous forme de cristaux.
Le cyanure de potassium se prépare en grand , dans les arts , en chauffant , dans des vases en fer, des mélanges de carbonate de potasse et des résidus charbonneux que l'on obtient par la calcina tion
CYANOGE?{E.
incomplète des matières animales, telles que de la chair, des os, de la corne, etc., etc.
SI Ton verse, dans une dissolution concentrée et chaude de cyanure de potassium, une dissolution chaude d'azotate de mercure, et qu'on laisse refroidir les liqueurs mélangées, il se sépare du cyanure de mercure cristallisé, que l'on peut purifier par une nouvelle cristallisation. Au moyen de ce cyanure de mercure, on prépare facilement le cyanogène et l'acide cyanhydrique.
On prépare le cyanogène en chauffant du cyanure de mercure dans une petite cornue , ou dans un tube fermé à Tune de ses extrémités, et muni d'un tube abducteur qui amène le gaz sous une cloche placée sur la cuve à eau , ou mieux , sur la cuve à mercure (fig. 100). Le cyanure de mercure se décompose en cyanogène
Fig. 100.
qui devient libre , et en mercure métallique qui vient se condenser sous la forme de gouttelettes dans la partie supérieure de la cornue. En chauffant jusqu'au moment où le dégagement cesse, on reconnattque la matière ne subit pas entièrement la décomposition simple que nous venons d'indiquer; il reste une matière brune, qui présente exaclement la même composition que le cyanogène, et à laquelle on a donné , pour cette raison , le nom de paracyanogène, La portion du cyanogène qui passe à cet état isomérique est variable suivant la manière dont on chauffe le cyanure de mercure; mais on n'a pas réussi , jusqu'ici, à conduire Topération de manière à éviter complètement sa formation.
Le cyanogène est un gaz incolore , d'une odeur vive, particulière, qui rappelle celle du kirsch. Sa densité est 4 ,86. Le gaz cyanogène se liquéfie lorsqu'on le comprime à la température ordinaire par une pression de 4 à 5 atmosphères, ou lorsqu'on le refroidit jusqu'à
ACIDE CÏANBYDBIQilE. 31i>
—W sans augmenler la pression. Le cyanogène liquidées! un Duido incolore , très-mobile , qui a une densité d'environ 0,9.
Le cyanogène brûle avec une llamine d'une couleur pourprén irès-caractéristique ; il donne alors de l'acide carbonique , et l'oKotc devient libre.
L'eau dissout de 4 à 5 fois son volume de gaz cyanagën:< , mais elle abandonne facilement le gaz dissous quand on élève la looipérature. La dissolution aqueuse de cyanogène, abandonner à ellemême dans un flacon bouché , no tarde pas à se colorer en brun . et il se dépose , au bout de quoique tomps , une poudre bnme. Lu décomposition que le cyanogène subit dans cette circonstance, est trop complexe pour que nouscherchionsàrespliquer ici; d'ailleurs, elle n'a pas encore été suffisamment étudiée. L'alcool disBOUl 30 à 25 fois son volume do gaz cyanogène.
§ 222. Le cyanogène étant un gaz combustible, et donnant, par sa combuslion, des produits gazeux faciles à séparer, on pourrait penser que son analyse se fera facilement dans l'endiomélre; mais si l'on fait détoner dans l'eudiomètro un mélange de cyanogène et d'oxygène , on reconnaît que la combustion est toujours incomplète. On obtient une combustion plus parfaite, en ajoutant au mélange des gaz oxygène et cyanogène une certaine quantité de mélange détonant d'oxygène et d'hydrogène dans les proportions qui constituent l'eau. On prépare facilement ce mélaoge détonant en décomposant l'eau par la pile, et en rocueillunt dans une même clocbe les gaz qui se dégagent aux deux pâles.
Acide c'jatAt/drique , H.C'Az ou HCy.
g 233. Le cyanogène et l'hydrogène ne se combinent pas dirccle-
ment. On obtient l'acide cyanbydrique en décomposant les cyanures
métalliques par l'acide chlorhydrique.
On peut préparer l'acide cyanliydriquo à l'élat anhydre on
en dissolution dans
l'eau.
Pour obtenir l'acide an hydre, on décompose le cyanure 1 de mercure par l'acide chlorbydriquc ' conceniré dans un pelitballon(ng.lOI).
On met ce ballon en communication avec un tube abc, dont la première ilioilié aô est remplie de fragmenis de marbre, et ta
216 ACIDE CYANHYDRIQOE. .
seconde moitié 6c est remplie de morceaux de chlorure de calcium fondu. Â la suite du tube abc on place un tube en U, entouré d'un mélange réfrigérant. L'acide chlorhydrique décompose le cyanure de mercure
HgCy + HCl = HgCl + HCy ;
il se dégage de l'acide cyanhydrique gazeux , mais ce gaz entraine de l'acide chlorhydrique et de la vapeur aqueuse/ Le mélange des gaz passe dans le tube abc ; l'acide chlorhydrique, qui est un acide puissant, décompose le marbre; il se forme du chlorure de calcium, do Icau, et lacide carbonique devient libre :
CaO.CO» + HCl = CaCl -f- HO + C0« ;
l'acide cyanhydrique, qui est au contraire un acide très-faible , ne réagit pas sur le carbonate de chaux. On a donc un mélange de gaz cyanhydrique , d'acide carbonique et de vapeur d'eau qui pénètre dans la seconde moitié bc du tube, remplie de chlorure de calcium; la vapeur d'eau est seule absorbée , et le mélange des gaz cyanhydrique et carbonique passe dans le tube refroidi. L'acide cyanhydrique se condense à l'état liquide , tandis que l'acide carbonique conserve l'état gazeux ; mais l'acide cyanhydrique renferme nécessairement en dissolution toute la quantité d'acide carbonique qu'il peut absorber dans les circonstances où il s'est condensé.
L'acide cyanhydrique forme un liquide incolore, très-mobile, qui se solidifie à — 45*, et bout à 4-26^,5. Le froid, que ce liquide produit en s'évaporant à l'air, sufSt ordinairement pour congeler la partie qui est restée liquide. La densité de l'acide cyanhydrique liquide est 0,697. La densité de sa vapeur est 0,947. L'odeur de l'acide cyanhydrique est très-pénétrante; elle rappelle celle des amandes amères.
Le cyanogène et l'hydrogène sont combinés dans Tacide cyanhydrique de la même manière que le chlore et l'hydrogène dans l'acide chlorhydrique; 4 volume d'acide cyanhydrique renferme, en effet, I volume d'hydrogène et | volumede cyanogène sans condensation; car on a
-I densité de l'hydrogène 0,0346
i densité du cyanogène 0,9300
L'expérience directe a donné , pour la densité du gaz acide cyanhydrique, 0,947.
$ 224. L'acide cyanhydrique liquide doit être conservé dans des tubes fermés à la lampe , et que l'on remplit par le procédé que
ACIDE CYANHYDRIQUf.
nous avous décrit à l'occasion de l'acide sulfureux (§ 442). Mais ce produit ne se conserve pas longtemps sans altération; au bout de peu de jours, le liquide brunit, et il se dépose bientôt une matière pulvérulente brune. La réaction chimique qui a lieu dans cette décomposition imparfaite, parait très complexe; elle n'a pas été étudiée, jusqu'ici , d'une manière approfondie.
L'acide cyanhydrique , appelé communément acide prussique^ est un des poisons lès plus violents que l'on connaisse. Une goutte, placée sur la langue d'un chien, le fait périr presque instantanément. ' C'est donc une substance qu'il ne faut manier qu'avec les plus grandes précautions , et dont on doit bien se garder de respirer les vapeurs.
L'acide cyanhydrique se dissout en toutes proportions dans l'eau. On prépare souvent ses dissolutions aqueuses dans les pharmacies, pour les usages de la médecine. ,
Pour préparer les dissolutions d'acide cyanhydrique, on place dans un ballon A (6g. 4 02) 1 partie d^ cyanoforrure de potassium, ou prus-
siaîe dépotasse (cyanure double de potassium et de fer, 2KCy+FeCy), * î partie d'acide sulfurique concentré, étendu de 2 parties d'eau. On adapte au ballon un long tube de verre abc que l'on maintient dans un manchon DE, à travers lequel on fait circuler un courant d'eau froide, le tube plonge d'une petite quantité dans l'eau d'un flacon B bien refroidi. On chauffe le ballon au bain-marie. En plaçant dans le flacon des quantités plus ou moins grandes d'eau , on obtient des dissolutions d'acide cyanhydrique plus ou moins concentrées. Dans tous les cas, il est convenable de s'assurer delà