SULFURE DE CARBONE
quantité d'acide dissoute dans la liqueur. Il suffit, pour cela, d'en prendre un volume déterminé, et d'y verser une dissolution d'azotate d'argent; il se forme un précipité de cyanure d'argent dont le poids sert à déduire la quantité d'acide cyanhydrique.
On obtient également une dissolution dosée d'acide cyanhydrique, en dissolvant dans l'eau une proportion connue de cyanure de mercure , et faisant passer à travers la liqueur un courant d'hydrogène sulfuré; mais la dissolution renferme alors ^ en même temps, de l'acide sulfhydrique. On peut enlever ce dernier acide en agitant pendant quelques instants la liqueur avec du carbonate de plomb.
La dissolution d'acide cyanhydrique dans l'eau s'altère trèspromptement; elle ne doit donc être préparée que peu de temps avant le moment où on veut l'employer.
Sulfure de carbone ou actde salfoearbonlque, CS^.
§ 225. Le soufre et le charbon ne se combinent pas lorsqu'on chauffe ces deux corps mélangés sous la pression ordinaire de l'atmosphère; le soufre distille avant que la température soit assez élevée pour que la combinaison ait lieu. Mais, si l'on chauffe le charbon au rouge , dans un tube de porcelaine , et que Ton fasse passer ensuite le soufre en vapeur à traversée tube, la combustion du charbon a lieu dans la vapeur de soufre comme dans l'oxygène. Lorsque le charbon brûle dans l'oxygène, il se change en acide carbonique , CO"; lorsqu'il brûle dans la vapeur de soufre, il se change en sulfure de carbone ou acide sulfocarbonique , CS'. Seulement, dans la combustion au milieu de l'oxygène, il faut que ce gaz soit en excès, sans quoi il se forme de l'oxyde de carbone , CO. On n'a rien de semblable à craindre dans la combustion du charbon au milieu de la vapeur de soufre; il ne se forme jamais que de l'acide sulfocai'bonique , et l'on n'a pas réussi jusqu'ici à préparer de combinaisons du carbone moins sulfurées.
Pour obtenir le sulfure de carbone , on remplit , de petits fragments de braise concassée , un tube de, porcelaine que l'on dispose dans un fourneau à réverbère (fig. 403). L'extrémité a du tube est fermée par un bouchon de liège; elle doit sortir assez du fourneau pour que le bouchon ne brûle pas. A l'autre extréinité 6 du tube , on adapte une allonge recourbée dont le bec plonge d'une très-pe^ tite quantité dans l'eau d'un flacon récipient. Lorsque le tube de porcelaine est chauffé au rouge , on introduit un fragment de soufre en a, et l'on remet immédiatement le bouchon. Le soufre fond, et, comme le tube est un peu incliné de a vers b , le soufre fondu coule
SULFUKE DE CARBONE.
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vers les parties les plus chaudes du tube où il se vaporise. La vapeur de soufre passe sur le charbon incandescent; il se forme du
sulfure de carbone • qui se condense dans l'allonge, et tombe en gouttes huileuses au fond de Teau du réci* pient. Lorsque le dégagementdeva-
peur cesse , on ajoute un nouveau morceau de soufre, et, ainsi de suite, jusqu'à ce que le charbon du tube ait disparu en grande partie.
Le sulfure de carbone que l'on trouve dans le récipient forme sousFeau une couche huileuse, jaune; il n'est pas pur, et renferme toujours des quantités plus ou moins considérables de soufre en dissolution. Pour le. purifier, on le distille au bain-marie dans une cornue de verre ; le soufre reste dans la cornue, et le sulfure de carbone distille sous la forme d'un liquide incolore. Le liquide distillé est mis en contact, pendant quelque temps, avec du chlorure de calcium qui lui enlève l'eau ; puis il est soumis à une nouvelle distillation dans un appareil parfaitement sec.
§ 226. Le sulfure de carbone est un liquide incolore, très-mobile, doué d'une odeur particulière , eitrêmement désagréable. Sa densité est à 0<* de 4,293
et à 45«de 4,271
Il bout à 48^ sous la pression ordinaire de l'atmosphère , de sorte que, à la température ordinaire , sa vapeur a déjà une tension considérable ; le liquide s'évapore promptement , et produit alors un grand froid.
Le sulfure de carbone ne se dissout pas sensiblement dans Teau. Cependant l'eau qui a séjourné pendant quelque temps au contact de ce corps , s'imprègne de l'odeur qui lui est propre. L'alcool absolu et l'éthër en dissolvent une quantité indéfinie, car ces trois liquides peuvent se mélanger en proportions quelconques.
Le sulfure de carbone brûle dans l'air avec une flamme bleue, en produisant des acides carbonique et sulfureux. /
Le sulfure de carbone djssout le soufre et le phosphore en grande quantité; si l'on abandonne ces dissolutions à une évaporation lente,
220 SUBSTANCES OKGANTOUES.
le soufre et le phosphore se déposent sous la forme de cristaux ré' guliers. Nous avons vu (§ 63) que Ton obtenait ainsi le soufre cristallisé sous une forme semblable à celle dos cristaux naturels que Ton trouve dans les solfatares.
Le sulfure de carbone présente la même formule en équivalents que Tacide carbonique. De même que râcide carbonique se combine avec les protoxydes métalliques PO, et forme des carbonates RO.CO* ; de même, le sulfure de carbpne se combine avec les monosulfures ou protosulfures métalliques RS pour former de véritables sels RS.CS*, qui sont souvent isomorphes avec les combinaisons correspondantes RO.CO*.
Cette propriété a fait donner, avec raison, le nom 6*acide sulfocarbonique au sulfure de carbone, et le nom de sulfocarbonates aux combinaisons qu'il forme avec les monosulfures.
Combinaisons du enriione mvee fl'taydrosène, l'oxysène
et rasole.
§ 227 On connaît aujourd'hui un nombre très-considtSrable de composés ternaires, de carbone, d'oxygène et d'hydrogène, et de composés quaternaires qui , outre ces trois éléments, renferment encore de l'azote. Ces substances nous sont fournies parle règne organique; un grand nombre d'entre elles y existent toutes formées; les autres prennent naissance quand on soumet les premières à des réactions chimiques appropriées. L'étude de ces substances forme ordinairement, sous le nom de chimie or ganique^ une section spéciale d'un cours de chimie. II nous est impossible d'aborder ici cetteétude; elle exigerait des développements incompatibles avec les bornes de ce petit traité. Nous nous contenterons de décrire, sommairement, quelques composés ternaires de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, qui sont fréquemment employés dans les laboratoires, et d'exposer les méthodes générales à l'aide desquelles on détermine la composition élémentaire des substances d'origine organique.
Alcool,
. § iî28. L'alcool est une substance liquide qui se forme pendant la fermentation du jus de raisin et des liqueurs sucrées en général. On le prépare , en distillant, dans un alambic, du vin , de la bière, du cidre ou d'autres liqueurs devenues alcooliques par la fermentation ; les premières parties de liquide qui passent à la distillation sont
AliCOOL. 221
beaucoup plus riches en alcool que le résidu , et si Ton arrête la distillation à un moment convenable, le résidu ne renferme plus sensiblement d'alcool. On soumet la partie distillée à de nouvelles distillations , en fractionnant les produits; les premières liqueurs sont de plus en plus riches en alcool , et Ton obtient ainsi des liqueurs alcooliques portant différents noms, suivant leur richesse : les liqueurs qui renferment de 50 à 55 pour 400 d'alcool sont appelées eaux-de-vie; celles qui en contiennent davantage s'appellent esprits. En appliquant convenablement les procédés de distillation , on obtient des liqueurs qui renferment jusqu'à 85 ou 90 pour 400 d'alcool.
Pour enlever les dernières portions d'eau , il faut mettre la liqueur alcoolique, en contact avec des substances qui ont une grande affinité pour Teau , et qui ne s'unissent pas , d'une manière stable , avec l'alcool. C'est la chaux vive en poudre fine que Ton emploie à cet effet; on place l'alcool dans un flacon avec ^ environ de son poids de chaux; on agite le flacon à plusieurs reprises, et au bout de 24 heures on distille au bain-marie. L'alcool qui est donné par cette nouvelle distillation ne renferme plus que très-peu d'eau , si la liqueur était très-concentrée avant le traitement par la chaux. On l'obtient complètement anhydre en le distillant une dernière fols sur du carbonate de potasse fondu , et réduit en poudre fine.
L'alcool anhydre, ou alcool absolu ^ est un liquide incolore, trèsfluide, d'une saveur brûlante et d'une odeur agréable. Il ne se solidifie pas à — 90*^ et bout à -|-78",4. Sa densité à 0® est 0,845. La densité de sa vapeur, par rapport à l'air , est 4 ,589. Sa composition correspond à la formule C*H*0', et son équivalent C*H*0* est représenté par 4 volumes de vapeur.
L*alcool absolu , ou mélangé de proportions plus ou moins considérables d'eau , est fréquemment employé dans les laboratoires comme dissolvant. Il dissout en général les gaz en plus grandes proportions que l'eau. Un grand nombre de composés, très-solubles dans l'eau et déliquescents , se dissolvent dans l'alcool , même absolu ; tels sont la potasse et la soude caustiques , les chlorures de calcium, de strontium, les azotates de chaux, de magnésie, etc. , etc ; il dissout souvent , en proportions plus grandes que l'eau , certains composés qui ne sont pas très-solubles dans l'eau , comme le sublimé corrosif et kes bromure et iodure de mercure correspondants. Enfin, il diâ^out un grand nombre de substances organiques insolubles dans l'eau. L'alcool est fréquemment employé dans les analyses chimiques pour séparer des substances solubles dans Teau , mais trèsinégalement solubles dans l'alcool.