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ACIDE ACÉTIQUE

Acide acétique.

$ 230. Les liqueurs alcooliques étendues d'eau s'altèrent prompteinent au contact jde Tair en présence de certaines substances organiques azotées ; Talcool C^H*0* absorbe alors de Toxygène, et se Iranstorme en une substance acide, l'acide acétique C*H'0*.HO. Les vins, les boissons alcooliques en général , se transforment ainsi, au contact de l'air et des ferments, en vinaigre, qui doit son acidité à la présence de l'acide acétique. Le vinaigre est donc une dissolution étendue d'acide acétique qui contient, en outre, les principes non fermentescibles qui existaient dans les liqueurs alcooliques. Si Ton se propose d'en retirer de l'acide acétique pur, il faut soumettre le vinaigre à la distillation , il passe d'abord un acide très-faible, les portions suivantes contiennent plus d*acidë ; les dernières sont les plus riches, mais elles sont ordinairement souillées par les produits de la décomposition des matières étrangères. On sature les liqueurs les plus riches avec du carbonate de soude, et, par évaporation, on en sépare de l'acétate de soude cristallisé. On décomf)08e cet acétate par de l'acide sulfurique , plus ou moins étendu suivant la force de l'acide acétique que l'on veut obtenir.

On prépare aujourd'hui une grande quantité d'acide acétique avec les liqueurs acides que l'on obtient par la distillation du bois. Cette distillation donne des pr(»duits très-complexes : des gaz acide ■carbonique, oxyde de carbone, hydrogène protocarboné, de l'eau contenant en dissolution de l'acide acétique , un liquide volatil, l'esprit de bois, quelques autres substances solubles, et, enfin, une portion noire, goudronneuse. La dissolution d'acide acétique impur porte, dans les arts, le nom d'acide pyroligneux. Pour en séparer l'acide acétique , on la sature d'abord par de la craie ; on obtient une dissolution d'acétate de chaux que Ton décompose par du sulfate de soude ; il se forme de l'acétate de soude et du sulfate do chaux, qui se dépose presque en entier parce qu'il est peu soluble. On évapore la dissolution à sec , et Ton chauffe le résidu d'acétate de soude jusqu'à 200 ou 250*^, température qui n'altère pas l'acétate, niais qui décompose les matières empyreumatiques avec lesquelles il est mêlé. On traite ensuite , dans un vase distillatoire , 3 parties d'acétate de soude grillé, par 9,7 d'acide sulfurique; le premier tiers du liquide qui distille, composé d'acide acétique plus faible, est mis de côté; les deux autres tiers se composent d'acide très concentré , mais ils entraînent toujours un peu d'acide sulfurique. Pour les en débarrasser on distille le produit sur de l'acétate de

224 ACIDE taRtriqoe.

soude anhydre. L'acide acëlique que Ton obtient ainsi n'est pas encore à son maximum de concentration ; on l'expose à une basse température, en enveloppant déglace, ou mieux, d'un mélange réfrigéraiU , les vases qui le contiennent ; l'acide, au maximum de concentration C*H*0*.HO, se prend en masse cristalline, et se sépare d'un acide plus aqueux que l'on décante. On réunit les acides cristallisés , et, après les avoir fondus , on les refroidit de nouveau. Qn ne laisse, celte fois, congeler (Jue la moitié du produit, et on décante la partie liquide; l'acide solide peut alors être considéré comme au maximum de concentration.

L'acide acétique, au maximum de concentration ou monobydraté C/H*0*.HO, est solide aux températures basses; il fond à -[-16**. La densité de l'acide acétique monobydraté liquide à-f 18" est 1,063; son odeur est vive et pénétrante; sa saveur est franchement acide, mais, à cet état de concentration, il exerce sur la peau une action vésicanle et fait naître des ampoules. Il bout à 120^. La densité de sa vapeur est 2,09. Lîéquivalent C*H*0^ + HO est représenté par 4 vol. de vapeur, comme celui de l'alcool.

L'acide acétique se mêle à l'eau en toutes proportions; pour les premières quantités d'eau ajoutées, la liqueur acide prend une densité plus grande que celle de l'acide monobydraté; le maximum de ensilé correspond à l'acide G*H'0^ + 3H0, il est 1,079. En ajoutant de plus grandes quantités d'eau, la densité diminue. On ne peut donc pas se servir de l'aréomètre pour déterminer la richesse des liqueurs acétiques-

Acide iarlrique.

S 231 . L'acide tartrique est un des acides organiques les plus importants; il existe dans un grand nombre de fruits : le raisin , Tananas, les mûres et plusieurs végétaux. C'est toujours du jus deraisiu qu'on l'extrait dans la fabrication en grand; l'acide tartrique s'y trouve à l'état de bitartrate de potasse et de tartrate neutre de chaux ; ces deux sels sont en dissolution , car le premier est notablement soluble, et le second , insoluble dans l'eau, se dissout dans une liqueur acide. Lorsque le jus de raisin est soumis à la fermentation pour êlre transformé en vin , le bitartrate de potasse et le tartrate de chaux se précipitent lentement, devenus insolubles dans l'eau alcoolisée , et ils forment une croûte adhérente sur les parois des tonneaux. Cette croûte, qui porte le nom de tartre^ est rouge ou blanche suivant la couleur du vin qui l'a fournie ; elle est mêlée de beaucoup de matières étrangères. Pour purifier ce tartre brut^ on le

pulvérise, et on le fait bouillir pendant plusieurs heures avec une quantité d'eau suffisante pour le dissoudre, puis on abandonne la liqueur au refroidissement; au bout de quelques jours il s'est formé des cristaux adhérents aux parois du vase, et des boues composées principalement de matières étrangères; on sépare les cristaux , on les redissout de nouveau dans l'eau bouillante , on ajoute- de l'argile, et du noir animal pour décolorer, et Ton filtre la liqueur bouillante. Celle-ci donne, par refroidissement, des cristaux trèspurs de bitartrate de potasse; c'est la crème de tartre du commerce.

Pour extraire l'acide tartrique de la crème de tartre, on la dissout dans environ 40 fois son poids d'eau bouillante, et l'on y ajoute, successivement, de la craie en, poudre fine jusqu'à ce qu'il ne se fasse plus d'effervescence ; la chaux forme , avec la moitié de l'acide tartrique , du tartrate de chaux insoluble , et l'autre moitié de l'acide tartrique reste dans la liqueur à l'état de tartrate neutre de potasse. On verse alors une dissolution de chlorure de calcium jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité ; le reste de l'acide tartrique se sépare ainsi à l'état de tartrate de chaux. Les deux portions de tartrate de chaux soQt réunies et décomposées par de l'acide sulfurique étendu de 3 à 4 fois son poids d'eau; pour 100 parties de crème de tartre, on prend ordinairement 52 parties d'acide sulfurique concentré, c'est un peu plus qu'il n'en faudrait rigoureusement pour décomposer le tartrate de chaux. On sépare le sulfate de chaux par filtration , et l'on évapore la liqueur acide jusqu'à consistance sirupeuse; on l'abandonne ensuite à elle-même, dans un endroit un peu chaud afin qu'elle ne devienne pas trop visqueuse; elle donne alors de beaux cristaux que l'on purifie ordinairement par une seconde cristallisation. Cet acide se prépare en grand pour les besoins de la teinture.

Les cristaux de l'acide tartrique sont volumineux, et, le plus souvent, d'une parfaite netteté; leur densité est de 1,75. L'eau bouillante en dissout environ 2 fois son poids , et l'eau froide un peu plus que son poids; l'alcool les dissout également , quoique en moindre proportion. La composition de l'acide tartrique cristallisa correspond à la formule C'H'O**, maïs que l'on écrit ordinairement C*H*0*".2H0. Ces deux équivalents d'eau ne peuvent pas être chassés par la chaleur sans que l'acide s'altère; dans les tartrates anhydres, ils sont remplacés par 2 éq. de base. La même base forme ordinairement deux sels avec l'acide tartrique : le premier, qu'on appelle tor^rafe neutre, a pour formule 2R0.C'H*0*^; le second, nommé bitartrate, a pour formule (RO+HO).CWO*°.

226 ANALYSE ÉLÉMENTAIRE DES SUBSTANCES ORGANIQUES. ANALYSE ÉLÉMENTAIRE DES SUBSTANCES ORGANIQUES.

§ 232. Le plus grand nombre des substances extraites du règne végétal se composent seulement de carbone , d'hydrogène et d'oxygène ; mais un certain nombre d'entre elles , et la plupart des substances animales , renferment en outre de l'azote. Le carbone et l'hydrogène se déterminent conjointement dans une même expérience; l'azote est déterminé seul dans une expérience spéciale; quant à l'oxygène , il est toujours dosé par diflFérence , c'est-à-dire en retranchant d'un poids déterminé de la substance les quantités de carbone, d'hydrogène et d'azote que ce poids renferme* d'après les analyses qui en ont été faites.

La détermination du carbone et de l'hydrogène d'une matière organique se fait en brûlant cette matière par l'oxygène contenu dans un oxyde métallique facilement réductible. L'hydrogène se change en eau , que l'on condense sur une substance avide d'humidité , telle que le chlorure de calcium ou l'acide sulfurique concentré ; le carbone passe à l'état d'acide carbonique , qui se combine avec une quantité pesée de potasse caustique; l'augmentation de poids de la potasse représente le poids de l'acide carbonique formé, de même que l'augmentation de poids du chlorure de calcium ou de Tacide sulfurique donne le poids de l'eau qui s'est produite dans la combustion.

On emploie généralement l'oxyde de cuivre CuO pour opérer la combustion. Avant de le faire servir à une analyse , il faut le chauffer au rouge dans un creuset de terre , afin de détruire les poussières organiques avec lesquelles il peut être mélangé, et de chasser l'humidité qu'il a enlevée à l'air, car c'est une substance trèshygroscopique. Quand cela n'offre pas d'inconvénient, on l'emploie avant qu!il soit complètement froid , afin de ne pas lui donner le temps d'absorber une nouvelle quantité d'humidité.

§ 233. Nous supposerons d'abord que la substance organique ne renferme que du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène; nous admettrons, de plus, qu'elle est solide, non volatile, et qu'elle ne se décompose pas au-dessous de 400**.

La combustion se fait dans un tube ac (fig. \ 04) en verre aussi diffi-

y, cilement fusible que r^ ' '___ — ■ — ^ possible, et de 1 5 milli-

mètres environ de diamètre intérieur. On donne à ce tube une longueur de J mètre; on rétire , à l'une de ses extrémités , en pointe fermée c que l'on

relève en Tair. L'autre extrémité a reste ouverte , mais on arrondit' légèrement ses bords à la lampe , afin qu'ils ne déchirent pas le bouchon que l'on y adaptera. On dessèche complètement ce tube, et, pour en faire sortir les poussières qui pourraient adhérer à ses parois, on y introduit une petite quantité d'oxyde de cuivre que l'on rejette après l'avoir agitée dans le tube.

La matière organique, destinée à l'analyse, ayant été préalablement réduite en poudre fine , on pèse très-exactement la portion qui doit être soumise à la combustion, et qui varie de O^'jSOO a O*',500. Le mélange de la matière organique avec l'oxyde de cuivre se fait dans un mortier que l'on a préalablement chauffé dans une étuve pour que. ses parois soient bien sèches. On mélange dans ce mortier la matière organique avec une quantité d'oxyde de cuivre qui doit occuper ^ans le tube à combustion une longueur de 4 à i décimètres, et l'on introduit rapidement ce mélange dans le tube à combustion. Pour qu'il ne reste pas la moindre parcelle de matière organique dans le mortier, on y passe, à plusieurs reprises, de petites quantités d'oxyde de cuivre que l'on verse dans le tube ; eafin, on achève de remplir celui-ci d'oxyde de cuivre pur.

§ 234. Le tube à combustion étant chargé, on l'enveloppe d'un ruban mince de laiton préalablement recuit, qu'on enroule en spirale comme le montre la figure 405, et que l'on fixe par quelques

fils de cuivre. Le tube .peut être alors chauffé à une température élevée sans que l'on ait à craindre qu'il ne s'y forme des soufflures, le verre ramolli étant maintenu par l'enveloppe métallique.

Le tube à combustion étant placé sur un fourneau long en tôle

Fig. 105.

Fig. loe

(fig- < 06) , on y adapte, au moyen d'un bouchon bien sec, l'appareil destiné à absorber l'eau. Cet appareil consiste en un tube rem-

228 ANALYSE ÉLÉMENTAIBE DES SUBSTANCES ORGANtQOES.

pli de fragments de chlorure de calcium , disposé comme le montre la figure 1 07 ; des tampons de coton , placés en a et en 6, s'opposent

à ce que de petites parù.^^-^^ ^, ^sîU d celles de chlorure puis-

^ tube. Le bouchon a est

^*8- ^07. enveloppé de cire à ca-

cheter, afin que son poids ne puisse pas changer par Thumidité qu'il pourrait absorber ou abandonner, s'il se trouvait au contact de Pair. On remplace quelquefois le tube à chlorure de calcium par un tube en U, rempli de pierre ponce imbibée d'acide sulfuriqae concentré. . .

L'acide carbonique formé par la combustion se condense dans une dissolution concentrée de potasse caustique; marquant environ 45" à l'aréomètre de Baume , et qui est placée dans l'appareil à boules B (fig. 406) que nous avons décrit (§60). Cet appareil est adapté, au moyen d'un caoutchouc, à la suite du tube destiné à condenser l'eau. Comme il serait à craindre que la dissolution de potasse , malgré son état de concentration , n'abandonnât une petite quantité d'eau aux gaz très-secs qui la traversent , on attache, à la suite de l'appareil à boules B, un petit tube C en U, renfermant des fragments de potasse caustique qui absorbe , à la fois , la vapeur d'eau et la petite quantité d'acide -carbonique échappée à l'absorption dans l'appareil à boules.

Enfin, on adapte, à la suite de ces appareils, un flacon aspirateur V, qu'on maintient débouché pendant la combustion de la matière organique.

Le tube desséchant A , et l'ensemble des appareils B et C ayant été préalablement pesés très- exactement, l'augmentation de poids qu'ils subissent pendant l'expérience donne d'un côté l'eau , et de l'autre l'acide carbonique, formés par la combustion.

§ 235. Quand la disposition de l'appareil est terminée, on enveloppe de charbons incandescents la partie antérieure a¥ du tube à combustion, qui ne renferme que de l'oxyde de cuivre pur; et, afin que la chaleur ne se communique pas , par rayonnement , jusqu'aux parties du tube qui renferment le mélange d'oxyde et de matière organique, on interpose un écran double F, découpé dans une feuille de tôle. Lorsque la partie>antérieure du tube est chauffée au rouge, on avance progressivement les charbons vers la partie qui renferme le mélange d'oxyde de cuivre et de matière organique; on se guide pour celasur le dégagement gazeux , qui ne doit jamais être assez rapide pour qu'on ne puisse pas compter les bulles qui traversent

ANALYSE ÉLÉMENTAIRB DBS SUBSTANCES ORGANIQUES. 229

Tappareil à boules. On continue ainsi jusqu'à ce que ]e tube soit entièrement entouré de charbons. La combustion est alors terminée, le dégagement des gaz s'arrête , et bientôt la potasse remonte dans la boule qui communique avec le tube desséchant, par suite de l'absorption de l'acide carbonique contenu dans cette boule. On enlève alors les charbons qui entourant Textrémité c du tube à combustion, et, lorsque celle-ci s'est convenablement refroidie, on casse la pointe avec une pince. Le gaz étant raréfié dans l'appareil , l'air extérieur y pénètre par la pointe ouverte, et rétablit l'équilibre. On adapte alors sur cette pointe un tube S (fig. 408), rempli de fragments de potasse caustique, et muni d'un tube de caoutchouc qu'il suffit de presser contre le l ey^^ ^^^ ^ combustion pour que la

fermeture soit suffisamment her- Fig. 108. métique ; on adapte le bouchon

sur le flacon aspirateur, et, ouvrant le robinet r, on fait couler lentement l'eau de ce flacon. L'air atmosphérique, débarrassé d'humidité et d'acide carbonique par son trajet à travers le tube S , traverse lentement l'appareil, enlève les petites quantités de vapeur d'eau et d'acide carbonique qui y restaient encore, et les amène dans les appareils A, B, C, où elles se condensent.

Lorsqu'on a fait couler environ K litre d'eau, on détache les appareils, on les pèse, et l'on obtient très-exar.tement l'acide carbonique et l'eau qui se sont formés dans la combustion : on en déduit, par le calcul , la quantité de carbone et d'hydrogène contenus dans la substance organique. Comme nous avons supposé que cellensi ne renfermait que du carbone, de Thydrogène et de l'oxygène, on aura l'oxygène par différence, c'est-à-dire en retranchant, du poids do la substance soumise à l'analyse, l'ensemble de l'hydrogène et du carbone.

S 336. Si la substance à analyser est liquide et non volatile, on la pèse dans un petit tube fermé par un bout, et que l'on introduit dans le tube à combustion, après y avoir versé une colonne d'oxyde de cuivre de 4 à 5 centimètres de hauteur. On incline ensuite le tube de façon à étaler le liquide sur une certaine étendue des parois, et on le remplit complètement d'oxyde de cuivre. % 337. Les substances liquides volatiles sont pesées dans des ampoules (fig. K 09) fermées à la lampe. Il est essentiel de ne pas mettre les ampoules Fig. 10». en contact avec l'oxyde de cuivre chaud,

après qu'elles ont été ouvertes, parce qu'il se produirait infaillible-

ment des vapeurs qui rendraient l'analyse inexacte. On se sert alors de deux tubes, à peu près de même capacité. On remplit Tun d'oxyde de cuivre récemment calciné jBt encore chaud ; on le bouche, et on le laisse refroidir complètement. Dans le second tube qui doit servir à la combustion , on introduit une colonne de 4 à 5 centimètres d'oxyde de cuivre, puis les ampoules dont on a brisé une des pointes; enfin, on achève de remplir ce second tube avec l'oxyde de cuivre qu'on a laissé refroidir dans le premier, et qui n'a pas pu absorber d'humidité. Il est convenable de se servir, pour ces analyses, d'oxyde de cuivre grossier, mélangé de tournure grillée, parce que cet oxyde, même lorsqu'il remplit complètement la section jdu tube, reste assez poreux pour offrir un dégagement facile aux gaz et aux vapeurs. On dispose les appareils absorbants comme à l'ordinaire, mais en opérant aussi rapidement que possible , afin que les vapeurs de la substance volatile n'aient pas le temps de parvenir jusqu'à la partie antérieure du tube à combustion. On chauffe au rouge cette partie antérieure, en protégeant par plusieurs écraus la partie qui renferme les ampoules. Lorsque l'oxyde de cuivre est rouge sur une longueur de plusieurs décimètres, on approche avec précaution quelques charbons de la partie qui contient les ampoules, et l'on y détermine une distillation de la matière , qu'on règle en approchant ou en éloignant les charbons. Les vapeurs se brûlent en traversant l'oxyde de cuivre. Lorsque la combustion s arrête , on achève d'envelopper le tube de charbons incandescents et on le chauffe sur toute sa longueur. On termine, ensuite, l'expérience comme à l'ordinaire.

§ 238. Il arrive, souvent, que les substances organiques sont difficiles à brûler d'une manière complète, soit parce qu'elles ne peuvent pas être mélangées intimement avec l'oxyde de cuivre, soit parce que, en se décomposant par la chaleur, elles laissent un charbon d'une combustion difficile. Dans ce cas, à la fin de la combustion, au lieu de faire passer par le tube un courant d'air déterminé par l'aspiration du flacon V, on met la pointe brisée c du tube à combustion en communication avec un appareil qui dégage du -gaz oxygène. La combustion devient complète au milieu de l'oxygène pur, et ce gaz en excès chasse les produits gazeux de la combustion dans les appareils destinés à les absorber.

gS39. Lorsque la substance organique renferme, à la fois, du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et de l'azote , le dosage du carbone et de l'hydrogène exige quelques précautions particulières. Une partie de l'azote devient libre, dans la combustion de la substance par l'oxyde de cuivre, et ne trouble pas les résultats de l'a-

Dalyse ; mais une autre partie se change en deutoxyde qui , au contact de Toxygène de Tair, se change en gaz nitreux. Les vapeurs nitreuses se condensent en partie dans le tube qui absorbe l'eau, en partiedans la potasse, et rendent Tanalyse inexacte. On évite cet inconvénient en plaçant, vers Forifice du tube à combustion, une colonne de cuivre métallique de 2 décimètres de longueur. Les gaz provenant de la combustion traversent ce cuivre incandescent avapt de se rendre dans les tubes absorbants ; les oxydes d'azote sont décomposés en abandonnant de Fazote libre ; Tacide carbonique et l'eau ne subissent pas d'altération. Le cuivre métallique , qui sert à décomposer Toxyde d'azote, s'obtient en grillant la ^tournure de cuivre au contact de l'air, de manière à oxyder sa surface, puis réduisant de nouveau cette surface* à Tétat métallique , en chauffant la tournure 'grillée dans un tube de verre au milieu d'un courant d'hydrogène. La surface du métal reste ainsi très-poreuse , et elle exerce une action réduisante beaucoup plus énergique que si elle était unie et brillante.

§ 240. L'azote contenu dans les substances organiques se détermine par deux procédés différents. Dans l'un, on brûle la substance par l'oxyde de cuivre dans un tube complètement privé d'air; les produits de la combustion sont de l'eau, de l'acide carbonique et de l'azote; on isole ce dernier gaz en absorbant l'acide carbonique par la potasse. Dans le second procédé , on chauffe la substance organique avec un mélange de potasse et de chaux hydratées , l'azote se change dans ce cas en ammoniaque , que l'on recueille dans une liqueur acide ; on détermine la quantité du sel ammoniacal formé, et l'on en déduit la quantité d'azote qui lui a donné naissance.

§ 241 . Dans le premier procédé , on se sert d'un tube à combustion flf (fig. \ \ 0) bouché à l'une de ses extrémités, et de 0",8 environ de longueur. On place, au

^^K^^ 20gr.environdebi- 1^^^*^*^ carbonate de soude, ab; par-dessus une colonne 6c d'oxyde decuivrepur de 5 à 6 centimètres de longueur ; puis, le mélange cd de lasubstance organique avec l'oxyde de cuivre; enfin une longueur de de 0"',2 d'oxyde de cuivre pur. Sur le tout on met une colonne ef de 0=^,2 de cuivre métallique, préparé avec de la tournure de cuivre que l'on a grillé d'abord au contact de l'air pour oxyder sa surface, et que l'on a réduite ensuite dans un courant d'hydrogène. Le tube

jf^^ximit^^.T.vrn - -.-,-^.- - - Ji^S^,-^

Fig. 110.

étant disposé sur un fourneau long en tôle (fig. 411) , on adapte à son orifice, au moyen d'un bouchon , un tube de verre que l'on fait

Fig. 111.

plonger dans la petite cuve à mercure V. Il faut d*abord enlever complètement l'air de l'appareil. A cet effet, on approche quelques charbons de rextrémité du tube qui renferme le bicarbonate de soude; il se dégage deTacide carbonique qui chasse l'air du tube. Lorsque ce gaz commence à se dégager sous le mercure , on enveloppe de charbons incandescents la partie antérieure du tube qui renferme le cuivre métallique, et une longueur de quelques centi- * mètres d'oxyde de cuivre pur , puis on s'assure si le gaz qui se dégage , est formé d'acide carbonique pur. E suffit , pour cela de recueillir ce gaz dans une petite cloche pleine de mercure , au haut de laquelle on a placé une dissolution de potasse ; si le gaz est formé d'acide carbonique pur , ses bulles s'y dissolvent complètement. Lorsque ce résultat est atteint, on retire les charbons qui produisaient la décomposition du bicarbonate de soude, et l'on place, au-dessus de l'orifice du tube de dégagement cd, une grande cloche C, pleine de mercure, au haut de laquelle on a fait passer 50 à 60 centimètres cubes de dissolution concentrée de potasse. On approche progressivement des charbons de la partie du tube qui renferme la matière organique, en conduisant l'opération comme pour le dosage du carbone et de l'hydrogène (§ 235). Il se forme de l'acide carbonique, de la vapeur d'eau , de l'azote et des oxydes d'azote. Mais les oxydes d'azote sont ramenés à l'état d'azote libre, en traversant la portion du tùbequi renferme le cuivre métallique , de sorte qu'il n'arrive dans la cloche qu'un mélange d'acidecarbonique et d'azote; l'acide carbonique se dissout dans la potasse, et l'azote reste libre. Lorsque la combustion est terminée, on enveloppe do charbons la colonne d'oxyde do cuivre pur qui sépare le carbonate

de soude da mélange primitif d'oxyde et de malière organique ; eDÛn, en chauiïant de nouveau le bicarbonate, on obtient un nouveau dégagement d'acide carbonique, qui chasse complètement les gaz provenant de la combustion, et les fait passer dans la cloche C.

Il ne reste plus qu'à mesurer exactement le gaz azote recueilli. Âcet effet, on transporte la cloche sur une grande terrine pleine d'eau; en débouchantson orifice , le mercure qu elle contient tombe au fond de la terrine; et l'eau le remplace. On transvase le gaz dans une cloche d'un diamètre plus petit et divisé en centimètres cubes, que l'on maintient dans une direction verticale à l'aide d*un support, et Ton amène l'eau de l'intérieur de la 'cloche au même niveau que l'eau extérieure. Lorsque le gaz s'est mis en équilibre de température, on note son volume.

Au lieu de chasser , avant et après la combustion , les gaz qui remplissent le tube ah par un courant de gaz acide carbonique que l'on obtient en décomposant par la chaleur le bicarbonate de soude placé au fond de ce tube, il est préférable de produire l'acide carbonique , dans un appareil séparé , par la réaction de l'acide chlorhydrique sur le carbonate de chaux (§ <86). On prend pour cela un flacon à trois tul)ulures ; dans la tubulure centrale on engage un tube à entonnoir qui sert à verser lacide chlorhydrique ; à l'une des tubulures latérales on adapte un tube de dégagement qui plonge dans une éprouvette à pied remplie de mercure; et à la troisième tubulure un tube muni d'un robinet que Ton met en communication , à l'aide d'un caoutchouc , avec l'extrémité 6 du tube à combustion que l'on a effilée à cet effet. Lorsque ce robinet est fermé, le gaz qui se produit dans le flacon s'échappe à travers le mercure de l'éprouvette; mais, quand on ouvre le robinet , le gaz traverse le tube à combustion qui lui présente une résistance moindre. Il est plus facile ainsi de régler le courant de gaz acide carbonique à volonté.

§242. Dans le second procédé, on opère la décomposition de la matière azotée, en la chauffant avec un mélange de chaux et de soude caustique hydratée. Pour Jaire ce mélange , on éteint de la chaux vive dans une dissolution de soude caustique renfermant une quantité de soude à peu près égale à la moitié de celle de la chaux employée; on broie la matière, on la dessèche et on la calcine dans un creuset de terre. La matière calcinée est pulvérisée de nouveau et conservée dans un flacon bouché. Nous lui donnerons, pour abréger, le nom de chaux sodique.

Une quantité exactement pesée de la substance organique est

mêlée avec une certaine quantité de chaux sodique, et introduite au fond d'un tube de verre abc (fig. 142), semblable aux tubes employés

pour la combustion < !eâ matières organiques par Toxyde de cuivre; on achève de remplir le tube

Fi« u » ~ ^® chaux sodique

pure. On adapte à ToriBce de ce tube l'appareil à boules A contenant de Tacide chlorhydrique concentré. On entoure le tube, successivement, de charbons allumés , en opérant comme dans les combustions ordinaires des substances organiques; Tammoniaque qui se produit se dissout dans Tacide chlorhydrique. Lorsque la décomposition est achevée on casse la pointe du tube à combustion, et, en aspirant parle tube e de l'appareil à boules, on fait passer dans l'acide chlorhydrique Tammoniaque qui reste encore dans le tube. On détache ensuite l'appareil A, on verse l'acide qu'il contient dans une capsule de porcelaine, et on lave plusieurs fois l'appareil à boules avec un mélange de 2 parties d'alcool et de 4 partie d'éther que l'on verse dans la capsule. On ajoute dans cette capsule un excès«de bichlorure de platine ; il se précipite du chlorure double de platine et d'ammoniaque. On évapore la liqueur à siccité, on reprend par un mélange d'alcool et d'éther, qui dissout l'excès de bichlorure de platine et* laisse le chlorure double de platine et d'ammoniaque. On recueille ce précipité sur un petit filtre taré, on le lave avec un mélange d'alcool et d'éther, et on le pèse après dessiccation. Un gramme de chlorure double de platine et d'ammoniaque contient 0(^,06349 d'azote.

§ 243. Les expériences que nous venons de décrire donnent les poids de l'hydrogène, du carbone et de l'azote contenus dans un poids déterminé de la substance organique; la différence entrées dernier poids et la somme des poids de l'hydrogène, du carbone et (le l'azote, donne le poids de l'oxygène.

§ 244. Nous avons vu (§55) que les métaux étaient des corps simples, bons conducteurs de la chaleur et de Télectricité , doués d'un éclat particulier qu'on appelle éclat, métallique. Les métaux diffèrent beaucoup les uns des autres par leurs propriétés physiques et chimiques, etse.prêtent, pour cette raison, aux applications les plus variées.

Certains métaux jouissent d*une grande malléabilité et de beaucoup de ténacité ; ce sont les seuls qui soient employés à Tétat isolé ; les autres ne sont utilisés que par leurs combinaisons.

Quelques métaux ont pour l'oxygène une faible affinité ; ils ne s'altèrent pas promptement au contact de Tair atmosphérique à la température ordinaire , et ils s'y conservent presque indéfiniment si l'air n'est pas saturé d'humidité. D'autres, au contraire, se combinent promptement, même à froid , avec l'oxygène de l'air, et se changent bientôt en oxydes. Il est clair qu'aucun de ces derniers ne peut recevoir, à l'état métallique , d'application usuelle.

Ainsi , sous le rapport de leurs applications , nous pouvons diviser les métaux en deux grandes classes :

Première classe. — Métaux qui , à cause de leur grande affinité pour l'oxygène , s'altèrent promptement à l'air, et ne peuvent pas être employés dans les arts à l'état métallique ; ce sont :

Le potassium , Le zirconium ,

Le sodium , Le thorium ,

Le lithium , L'yttrium ,

Le baryum , Le cérium ,

Le strontium , Le lantane ,

Le calcium , Le didyme ,

Le magnésium , L'erbium ,

Le glucinium , Le terbiu m .

L'aluminium ,

Ces métaux sont employés dans les arts à l'état de combinaisons avec les métalloïdes, lorsque toutefois ils sont abondants dans la nature, et que leur extraction des matières naturelles qui les renferment n'est pas trop coûteuse. Nous verrons en effet , que le potassium , le sodium , le baryum , le calcium , le magnésium et l'aluminium fournissent une foule de produits très-importants par leurs

usages. Les autres métaux compris dans la liste précédente n'ont reçu jusqu'ici aucune application utile, et ne présentent qu'un intérêt purement scientifique.

Deuxième classe. — Métaux dont TafiBnité pour l'oxygène est assez faible pour qu'ils soient peu altérables dans notre atmosphère à la température ordinaire. Ce sont :

Le manganèse , Le fer, Le cobalt , Le nickel , Le chrome , Le tungstène , Le molybdène, Le vanadium , Le zinc, Le cadmium , Le cuivre , Le plomb , * Le bismuth , Le mercure , L'étain ,

Le titane,

Le tantale ou colombium .

Le niobium ,

Le pélopium ,

L'antimoine,

L'uranium,

L'argent,

L'or,

Le platine ,

Le palladium,

Le rhodium ,

L'iridium ,

Le ruthénium ,

L'osmium.

Les métaux qui forment cette seconde, classe sont nombreux , mais pour qu'ils puissent recevoir une application réelle dans les arts, il faut qu'ils satisfassent à plusieurs conditions qui en restreignent singulièrement le nombre. Ainsi, deux conditions essentielles sont une certaine malléabilité et une certaine ténacité, sans lesquelles il est impossible de les travailler et de leur donner les formes convenables. Ces propriétés doivent même être assez développées pour que le travail du métal ne soit pas trop dispendieux. Il faut, en outre , que les matières naturelles, desquelles on extrait le métal , ne soient pas rares , ou trop difficiles à traiter ; autrement le métal acquiert une grande valeur commerciale , et il n'est plus employé qu'à des usages exceptionnels pour lesquels il ne peut être remplacé par aucun autre métal moins cher. Le fer, le manganèse, le nickel et le cobalt présentent , à l'état métallique, des propriétés à peu près semblables ; mais le fer est beaucoup plus abondant dans la nature, plus facile à extraire de ses minerais, et il est naturellement préféré aux trois autres lorsqu'il peut servir aux mêmes usages. Le manganèse est plus oxydable que le fer, il s'altère beaucou[> plus rapidement à Tair, c'est donc encore une raison pour lui préférer le fer. Le nickel et le cobalt sont, au contraire, moins oxy-

dables; ils possèdent une duclilité et une ténacité comparables à celles du fer, et ils remplaceraient certainement ce dernier dans un grand nombre de ses applications, s'ils pouvaient être obtenus à des prix moins élevés.

Les métaux cassants ne sont pas employés à Tétat métallique. Souvent, on les combine avec des métaux malléables , et on obtient ainsi des alliages qui présentent des propriétés physiques particulières.

Les métaux qui jouissent d'une malléabilité assez grande pour peu voir être employés à Tétat métallique, sont :

Le manganèse , Le plomb ,

Le fer, L'étain ,

Le cobalt, L'argent,

Le nickel , L'or,

Le zinc, Le platine,

Le cadmium , Le palladium ,

Le cuivre , L'iridium.

Mais, parmi ces métaux, ily en a plusieurs qui n'ont pas reçu d'application industrielle; parce que leurs minerais sont rares et d'un traitement difficile, ou qu'ils ne présentent que des propriétés semblables à celles d'autres métaux obtenus plus facilement et à moins de frais.'

§ 245. État des métaux dans la nature, — Les métaux existent dans la nature sous divers états. Quelques-uns se rencontrent isolés ou , comme on dit , à Vétat natif. Tous ceux qui , ayant une trèsfaible affinité pour l'oxygène, ne s'altèrent pas sous l'influence des agents atmosphériques, sont dans ce cas. Tels sont : l'or, le platine, le rhodium, l'iridium, le palladium, l'argent, le mercure, le bismuth. Beaucoup d^autres se rencontrent en combinaison avec l'oxygène, le soufre, ou l'arsenic. Ce sont le manganèse, le fer, le cobalt, le nickel , le chrome, le tungstène , le molybdène, le vanadium, le zinc, le cadmium, le cuivre, le plomb, le bismuth, le mercure, Tétain, le titane, l'antimdine , l'uranium, l'argent. Quelques-uns de ces derniers se rencontrent à l'état de sels insolubles, principalement à l'état de carbonates et de silicates. Les métaux de la première classe , qui , on se le rappelle , ont une grande affinité pour l'oxygène, se trouvent à l'état de sels , surtout à l'état de sels insolubles, silicates ou carbonates; quelquefois, cependant , on les rencontre à l'état de sels solubles , dissous dans les eaux de la mer ou dans celles des sources salées.

.? 246. Avant de commencer l'étude de chaque métal en particu-

lier, nous allons, définir succinctement les propriétés générales phy" siques et chimiques des métaux et celles de leurs principales combinaisons. Cela nous permettra d'aller plus vile, lorsque nous ferons r histoire spéciale de chaque métal.

§ 247. Les propriétés physiques des métaux qu'il nous importe d'étudier, sont : leur opacité, leur éclat, leur couleur, leur cristallisation , leur malléabilité et ductilité , et leur ténacité.

§ 248 . Opacité. — Les métaux présentent une opacité très-grande, car ils ne laissent pas passer de lumière , même lorsqu'ils sont réduits en feuilles d'une épaisseur extrêmement petite. Cependant l'or, à l'état de feuilles tr^s-minces, telles que celles que produit le batteur d'or, laisse traverser une quantité notable de lumière, d'une belle couleur verte. Les propriétés physiques particulières de cette lumière démontrent qu'elle a réellement subi une transmission à travers le métal , et qu'elle n'a pas passé simplement par les petites fentes que le battage a produites dans la feuille.

§ 249. Eclat. — Les métaux agrégés par la percussion ou par la fusion présentent un éclat particulier qu'il est difficile de définir» mais que tout le monde connaît. Lorsqu'ils sont réduits en poudre très-fine, ou à l'état de précipités chimiques, cet éclat disparaît; mais il reparaît immédiatement, lorsqu'on frotte la matière pulvérulente avec un l)runissoir, c'est-à-dire avec un corps dur et bien poli.

§ 250. Couleur des métaux. — La plupart des métaux ont une couleur grise plus ou moins foncée lorsqu'ils sont pulvérulents; ils deviennent pl;is blancs quand ils sont agrégés et polis. Quelques métaux, cependant, ont des couleurs bien prononcées : ainsi, le cuivre est rouge, l'or est jaune. Les alliages formés par les métaux blancs ou gris sont eux-mêmes blancs ou gris. Ceux dans lesquels entre un métal coloré , prennent une teinte approchant de celle de ce métal, lorsqu'il entre en proportions considérables. Ainsi, l'alliage formé de | de cuivre et de ^ de zinc, le laiton, a une belle couleur jaune ; l'alliage de 90 de cuivre et iO d'étain , le bronze , a également une couleur jaune. Le métal des miroirs de télescope formé de 67 de cuivre et 33 d'étain , est sensiblement blanc.

§ 251 . Cristallisation des métaux. — Tous les métaux sont susceptibles de cristalliser, mais il n'est pas toujours facile de les placer dans des conditions où ils prennent des formes régulières. Les métaux qui se rencontrent dans la nature, à l'état natif, sont sou-

vent très-bien cristallisés ; on trouve fréquemment sous cette forme Tor, l'argent, le cuivre.

La Structure cristalline des métaux influe beaucoup sur leur ténacité ; ceux dans lesquels elle est très^prononcée n*ont ordinairement qu*une ténacité très-faible et sont le plus souvent, cassants.

Presque tous les métaux qui se sont refroidis lentement après leur fusion, présentent, à l'intérieur ou à leur surface, des indices de cristallisation ; mais leur texture.se modifie beaucoup parle travail auquel on les soumet. Lorsqu'on les bat au marteau ou qu'on les lamine, on fait prendre aux molécules des positions forcées, et on fait varier leurs propriétés physiques d'une manière notable et souvent avec avantage pour leurs applications techniques.

La forme cristalline la plus ordinaire des métaux est l'octaèdre r^ulier ou le cube ; cependant l'antimoine et le bismuth cristallisent en rhomboèdres.

§ 252. Malléabilité et ductilité. — Lorsqu'on soumet les métaux au choc du marteau, on reconnaît que les uns s'aplatissent en lames, et qure les autres se réduisent en fragments : les premiers sont appelés in^/atir malléables; les seconds , métaux cassants.

On réduit les métaux en lames, soit par le battage au marteau, soit en les faisant passer au laminoir.

Le laminoir consiste en deux cylindres métalliques , placés horizontalement et superposés. On fait tourner ces cylindres avec des vitesses égales et dans les sens indiqués par les flèches de la

figure 143. Les cylindres peuvent être placés à des distances différentes l'un de l'autre; mais, une fois réglés, ils conservent un écartement constant. On leur donne un écartement moindre que l'épaisseur de la plaque métallique que l'on veut étirer. On présente alors cette plaque aux cylindres, dans leur intervalle, après l'avoir amincie sur un de ses bords, afin qu'elle puisse s'introduire d'une petite Fig. 113. quantité entre les deux cylindres. La plaque engagée entre les cylindres est obligée de suivre leur mouvement, et de s'étendre de manière à ne conserver que l'épaisseur égale à leur écartement. On la repasse ensuite de nouveau entre les cylindres que l'on a rapprochés davantage, et l'on obtient ainsi des feuilles de plus en plus minces.

Quelques métaux peuvent être étirés à froid , d'autres ont besoin d'être portés à une température élevée.

Pendant cet aplatissement forcé de la lame , le métal éprouve un changement notable dans sa disposition moléculaire , changement

qui altère souvent beaucoup ses propriétés physiques et surtout sa malléabilité : il devient plus dur et plus cassant, et, si Ton voulait continuer le laminage, les feuilles se gerceraient ou se déchireraient infailliblement. On dit alors que le métal s*est écroui. On liii rend sa ductilité primitive, en le chauffant au rouge et le laissant ensuite refroidir lentement; cette opération s'appelle recuire le métal. Les molécules reprennent sous l'influence de la chaleur leurs positions respectives normales, et on peut ensuite faire passer de nouveau les lames sous le laminoir.

La malléabilité n'a pu être constatée que sur les métaux que Ton a obtenus agrégés et à Tétat de pureté ; car la présence de certaines matières étrangères, même en quantité très-petite, altère considérablement leur malléabilité.

Les métaux, dont la malléabilité et la ductilité ont été bien con* statées, sont les suivants :

Argent, Or,

Cadmium , Palladium ,

Cobalt , Platine ,

Cuivre , Plomb ,

Étain , Potassium ,

Fer, Sodium ,

Mercure , Zinc.

Nickel,

L'or et l'argent présentent une très-grande malléabilité : on peut s'en convaincre par les feuilles excessivement minces qu'obtient le batteur d'or. La minceur de ces feuilles est telle, qu'il en faudrait superposer plus de dix mille pour former l'épaisseur d'un millimètre.

Certains métaux peuvent être obtenus sous la forme de fils trèslins. Les métaux malléables sont les seuls qui présentent cette propriété, mais ils doivent posséder, en outre, une certaine ténacité^ u6n de ne pas se rompre sous l'effort de la traction qu'il faut exercer pour les étirer en fils.

La filière consiste en une plaque d'acier dans laquelle sont pratiqués des trous circulaires de diamètres de plus en plus petits. Les bords de ces trous sont aiguisés. On donne à la tige métallique que l'on veut étirer un diamètre un peu plus grand que le trou le plus large, le trou n** 4 de la filière. L'une de ses extrémités est effilée en pointe de manière à passer par cq trou n» 4 ; on saisit cette extrémité avec une pince, et, en tirant avec force, on fait passer la tige tout entière à travers le trou. La tige sort nécessairement allongée

et amincie/ on la fait passer successivcnoent à travers les trous n"' 2, 3, 4, qui ont des diamètres de plus en plus petits.

Les métaux s'écrouissent pendant cette opération , comme dans le laminage , et on est obligé <de temps en temps de les recuire pour leur rendre leur ductilité primitive.

Les métaux très-purs et certains alliages peuvent être ainsi étirés en fils très-fins. On ne peut cependant pas obtenir des fils d'une finesse extrême ; il arrive un moment où ils ne présentent plus assez de ténacité et se rompent sous Teffort qu'on est obligé de leur appliquer pour les faire passer à la filière.

$ 253. Ténacité. — La ténacité des métaux est la propriété qu'ils possèdent de résister à des efforts assez considérables sans se rompre ; elle varie beaucoup suivant les métaux. Pour apprécier la ténacité, on prépare avec les différents métaux des fils ayant exactement le mémo diamètre, c'est-à-dire ayant passé finalement par le même trou de la filière. On suspend des longueurs égales de ces fils à un point fixe, et on attache à l'autre extrémité un plateau que l'on charge successivement de poids de plus en plus forts. On peut alors déterminer exactement le plus faible poids qui opère la rupture. Il est clair que l'on pourra regarder ce poids comme mesurant leur résistance à la rupture , ou leur ténacité.

On trouve ainsi que les métaux ont des ténacités très-différentes. Le tableau suivant donne les poids les plus faibles qui ont déterminé la rupture de fils de 2 millimètres de diamètre. Ce tableau ne renferme que des métaux malléables; ils y sont rangés dans Tordre de leurs ténacités décroissantes :

Fer 250 kil. Or 68 kil.

• Cuivre 137 Zinc 50

Platine 125 Étain 16

Argent 85 Plomb ". . . . 12

La ténacité des métaux est une des propriétés qui influent le plus sur leurs applications techniques ; elle varie souvent beaucoup dans le même métal , suivant sa pureté et suivant la manière dont il a été travaillé. Aussi , trouvet-on des valeurs très-différentes pour la ténacité d'un même métal, lorsqu'on expérimente sur des fils de même diamètre , mais de qualités différentes.

Proprléié« physiques des métaux.

§ 254. Nous allons donner ici quelques notions sur la manière dont les métaux se comportent avec les métalloïdes, et sur

les propriétés générales des combinaisons qu'ils forment avec ces corps.

Action de Voxygène sur les métaux.

§ 255. Tous les métaux ont été obtenus combinés avec l'oxygène, mais leurs affinités pour ce corps sont très -différentes. Les uns, tels que le potassium et le sodium, se combinent directement avec Toxygène même aux températures les plus basses; les autres, tels que Tor et le platine, ont une affinité pour Toxygène tellement faible, qu'ils ne se combinent directement avec ce corps dans aucune circonstance et qu'on n'obtient leurs oxydes que par des moyens détournés. Les premiers retiennent l'oxygène aux plus hautes températures » tandis que les seconds l'abandonnent facilement quand on chauffe leurs oxydes.

L'affinité des métaux pour l'oxygène peut être appréciée par plusieurs moyens :

4» Par la manière dont ils se comportent avec l'oxygène gazeux, aux diverses températures ;

2** 'Par la facilité plus ou moins grande avec laquelle on ramène leurs oxydes à l'état métallique ;

3** Par l'action décomposante qu'ils exercent sur un liiéme oxyde dans diverses circonstances. L'eau est l'oxyde sur lequel 09 les fait agir ordinairement. Certains métaux décomposent l'eau , même à la température de 0^; d'autres ne la décomposent d'une manière notable qu'à des températures supérieures à 50 ou 60^; quelquesuns exigent pour cela une température de 400®; d'autres ne réagissent sur la vapeur d'eau qu'à la chaleur rouge, ou même à des températures encore plus élevées; il en est, enfin, qui ne décom: posent l'eau à aucune température réalisable dans les fourneaux de nos laboratoires ;

4<* Par l'action décomposante que les métaux exercent sur l'eau en présence des acides énergiques. Un grand nombre de métaux décomposent l'eau , à froid , en présence de l'acide sulfurique : d'autres , au contraire , ne la décomposent pas dans cette circon' stance , même quand on élève la température. Cette propriété ne dépend pas seulement de l'affinité, plus ou moins puissante, que les métaux possèdent pour l'oxygène; elle dépend surtout de l'affinité basique de l'oxyde métallique pour l'acide (§ 69).

§ 256. On a divisé les métaux, sous ce point de vue , en six sections.

Première section. — Métaux qui ont la propriété d'absorber l'oxygène à toutes les températures , mémo aux plus élevées , et de

ACTION DE l'oxygène SDR LES MÉTAUX. 243

décomposer Teau , même aux températures les plus basses, en produisant un dégagement abondant de gaz hydrogène. Ce sont :

Le potassium , Le baryum ,

Le sodium . Le strontium ,

Le lithium, Le calcium.

Les trois premiers métaux sont appelés métaux alcalins; les trois derniers , métaux alcalino-terreux.

Deuxième section. — Métaux qui absorbent Toxygène» à la température la plus élevée, et dont les oxydes sont indécomposables par la chaleur seule ; ces métaux ne décomposent plus sensiblement l'eau aux températures très-basses , mais facilement au-dessus de 50®. Ce sont :

Le magnésium, ' L'aluminium,

Le manganèse,

auxquels il faut joindre, probablement , les métaux suivants, dont Faction décomposante sur l'eau n'a pas encore été étudiée avec assez de soin :

Le glucinium , Le lantane ,

Le zirconium , Le didyme ,

L'yttrium , L'erbium ,

Le thorium , Le terbium Le cérium ,

Troisième section. — Métaux absorbant Toxygène à la chaleur rouge , dont les oxydes sont indécomposables par la chaleur seule, et qui ne décomposent l'eau qu'à des températures supérieures à 100®, ,mais inférieures à la chaleur rouge. Ces métaux décomposent Feau à froid en présence des acides énergiques; ce sont :

Le fer, Le vanadium ,

Le nickel, Le zinc,

Le cobalt, . Le cadmium.,

Le chrome, L'uranium.

La température à laquelle ces métaux se combinent avec l'oxygène gazeux , et celle à laquelle ils décomposent l'eau , dépendent beaucoup de leur état de division. Le fer agrégé, même à l'état de limaille, ne se combine avec l'oxygène sec que si on le chauffe au rouge sombre ; tandis que le môme métal très-divisé , que Ton obtient en réduisant les oxydes de fer par le gaz hydrogène à la plus

basse température possible , prend feu quand on \e projette dans l'air, et s'oxyde , par conséquent , à la température ordinaire. Le fer agrégé ne décompose la vapeur d*eau qu'à la chaleur rouge ; tandis que le fer pulvérulent la décompose à une température de 200® environ.

Quatrième section, — Métaux absorbant l'oxygène à la chaleur rouge et dont les oxydes sont indécomposables par la chaleur seule. Ces métaux décomposent la vapeur d'eau avec facilité à la chaleur rouge; mais ils ne décomposent plus Teau en présence des acides énergiques. Cette dernière circonstance tient à ce que ces métaux ne forment avec Toxygène que des bases faibles. Ils forment, au contraire, avec ce corps, des acides qui se comportent comme des acides puissants par rapport aux bases énergiques ; aussi , la plupart de ces métaux décomposent-ils l'eau en présence de la potasse avec dégagement de gaz hydrogène. Cette quatrième section comprend :

Le tungstène , Le titane ,

Le molybdène , L'étain ,

L'osmium , L'antimoine , Le tantale ,

auxquels il faut joindre probablement :

Le niobium , Le pélopium.

Cinquième section. — Métaux absorbant l'oxygène au rouge, dont les oxydes ne sont pas décomposés par la chaleur seule ; ils ne décomposent l'eau qu'aune température très-élevée, et toujours trèsfaiblement. Ces métaux ne décomposent l'eau , ni en présence des acides forts , ni en présence des bases puissantes : ce sont :

Le cuivre , Le bismuth.

Le plomb ,

Sixième section, — Métaux dont les oxydes se réduisent par la chaleur seule à une température plus ou moins élevée , et qui , dans aucune circonstance , ne décomposent l'eau pour s'emparer de son oxygène. Ce sont :

Le mercure, Le palladium,

L'argent , Le platine ,

Le rhodium , Le ruthénium ,

L'iridium, L'or.

§257. Il est utile de remarquer que tous les métaux dont les

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