BEATTIE, CAMI'BELE, D. STEWART
d’autant plus probable que, dans uft chapitre sur la mémoire, lleattie traite de l’identité de notre existence. La conscience ne serait ici qu’un synonyme de-suggestion naturelle.
Un autre compatriote et disciple de Reid a été plus loin. George Campbell, dans un ouvrage intitulé: La philosophie de la rhétorique, Edimbourg, 1776 passant en revue nos diverses facultés afin d’en tirer les lois générales de l’éloiiucnce, s’exprime ainsi à l’occasion de la conscience, livre 1", cliap. ii, de la Conscience ; « C’est « la conscience qui apprend 'a chaque homme qu’il « existe j et non-seulement elle lui apprend qu’il existe, « mais elle lui apprend qu’il pense, sent, voit, juge, -etc.» Cette phrase renferme un renversement bizarre de l’ordre naturel. La conscience ne commence point par révéler le moi et ensuite les modifications du moi; tout au contraire elle nous découvre d’abord nos modifications, et ensuite, ou plutôt en même temps la conscience ou une autre loi de notre nature nous donne le moi.
11 était réservé à M. Dugald Stewart d’éclaircir cette difficulté et de distinguer-uettement dans l’opération de la conscience deux actes séparés. Voici comme il s'exprime dans les JE’ssai'.'i philosophiques, Edimbourg, 1810, au chapitre du système de Locke sur les principes des connaissances humaines- : « Suivant nos meilleurs pbilo- « sophes (M. Dugald Stwart entend probablement Reid,
' PhiloKphy of Rhetoric. Ccl excellent lÎTré mériterait bien il'étre traduit pour accompagner les belles leçons de Clair, écrite-" dans le même e-pi it.
‘Traduct. française, pagcs9l-92.
80 PREMIKUS hSSAlS. — ANNÉE 1810
<( Beattie et Campbell), c’est la consdenec qui nous ré- « vêle notre existence; mais à la rigueur il n’est pas « vrai que notre proprp existence soit l’objet direct et « immédiat de la conscience. Nous avons la conscience « d(!S sensations, des désirs, des pensées qui all'oclent « le moi, et non pas du moi lui-même... .Au moment où « une sensation a lieu en nous, nous apprenons deux « choses ; r l’existence de la sensation ; 2° notre pro- « préexistence comme être sentant; en d’autres termes, « le premier exercice de la conscience implique néces- « sairement la croyance, non-seulement do l’existence « présente de ce qui est senti, mais encore de l’existence «présente de ce qui sent et pense, c’est-à-dire de « l’exislencc présente de cet être que je désigne par le « nom de je ou moi. Le premier fait, la sensation, est « seul du ressort de la conscience ; le second, notre « propre existence, nous est connue par une suggestion « naturelle (le mot de Reid est ici placé a dessein : il « semble que M. Dugald Stewart veuille éclaircir les pa- « rôles de son illustre maître), postérieure h la sensa- « tion, mais qui lui est si étroitement unie , qu’il n’est « pas .surprenant qu’on les ait confondues souvent l’une « avec l’autre, et qu’on les ait rapportées au même prin- « cipe, à la conscience. »
Dans un autre ouvrage, le second volume des Éléments de la philosophie de l'esprit humain, publié en 1814, M. ü. Stewart revient sur la loi des substances, et sa théorie antérieure lui paraît si exacte, qu’il ne change rien, même à l’expi;cssion ; il se contente de rapporter le passage des JFssfljs philosophiques, que nous venons de