LEIBNITZ
philosophes, si sa doctrine est le centre de toutes les doctrines, on y doit trouver l'idéalisme. En effet, Leibnitz n’a pas échappé ’a l’idéalisme; mais que dis-je? il n’y a pas échappé ! je fais tort à Leibnitz ; s’il est idéaliste, c’est qu’il veut l'être; il est idéaliste, il le sait, il y consent; loin de cacher l’idéalisme, il le produit au grand jour, il lui donne dans sa philosophie l’autorité d’un principe fondamental.
Si Leibnitz est idéaliste, il sera donc sccptiipie? Non, Leibnitz est supérieur à toutes ses théories, il n’en porte pas le joug. D’abord, il y avait en lui une force de bon sens qui répugnait absolument au scepticisme. Et puis il y a toujours quelque chose de stérile dans le scepticisme ; quelque esprit qu’on mette ’a prouver que rien n’existe, tout est fini quand on a prononcé la fatale parole qu’il n’existe rien. Cette puissance destructive pouvait-elle convenir ’a un esprit aussi inventif, aussi fécond? Leibnitza besoin de réalités sur lesquelles puisse travailler son génie. Il faut que l’âme humaine, que Dieu, que la nature extérieure existent, pour que Leibnitz puisse percer le mystère de leur existence, pénétrer leur nature, saisir leurs rapports et la chaîne secrète qui les unit. Lisez Leibnitz, étudiez son génie, et vous reconnaîtrez que, loin d’avoir quelque tendance au scepticisme, il est au contraire le philosophe le plus dogmatique qui fût jamais. Pénétrez dans le cœur de sa philosophie, à travers toutes les obscurités dont elle est environnée,
(iraruiiilciir le sysléiiic do ce grand lioninio, et nous prions qu'on veuille Lien lire, à eôlé de ec poi trail si faiblement ébauclié, les pages plus sdrieuses de notre flùloira de iu Vhilotofhie, cours de 1829, t. 11, lei;. xii''.
110 l'IlEMIEIiS ESSAIS. — ANNÉE 181 .
VOUS verrez (|iie celte plillosopiiie est riclie, pleine, abondante, et (|ue, loin d oter rien au monde réel, le monde réel parait-à peine lui sullirc. Leibnitz ne sera donc pas sccptupie.
•Mais comment échappcra-t-il au scepticisme? comment s’arrétera-l-il sur cette pente presque irrésistible qui. de la doctrine des idées, conduit au scepticisme?
l'ne vue générale de la plnloso[)bie de Leibnitz vous montrera comment, dans celte pliilosopliie, s’accordent, sans se détruire, l’idéalisine et le réalisme. Pardonnezmoi ces expressions bizarres, mais exactes : nous entrons dans la philo.sophio allemande.
Leibnitz po.se a priori l’existence des monades. Toutes les monades sont simples, la matière même est simple, et voici comment Leibnitz le prouve : nous ne connaissons de la matière que les dilïérenls corps ejui se i)iésentenla nous. Or ces corps sont des composés; tout composé résulte nécessairement de ce qui n’est pas lui; donc les parties conq»osant les corps sont simples, la matière élémentaire est simple, et par conséquent inétendue; ces éléments, par leur combinaison, ne rorment pas une substance étendue, mais seulement, comme dit Leibnitz, le phénomène de l’étendue.
J.es monades ne sont pas seulement simples cl indivisibles : leur nature intime réside dans la force, dans l’activité. Par cela qu’un être est, il est actif. L’essence de la monade est la force, ür toute force est tendance à l’action; cette action est un cbangement interne qui, ne pouvant être anéanti aussitôt qu’il est produit, en détermine un second, et toujours de même, ou du moins