I.KIBSITZ
tout d’une manière parfaitement claire est la grande monade, Dieu, qui connaît tout parfaitement parce (]u'il est la source et le principe de tout.
Voil'a, en substance, le système de Leibnitz. Je ne m’arrêterai |>as 'a vous présenter des objections contre ce système. (îeux de vous qui seraient impatients de connaître ses endroits faibles peuvent consulter Rayle, article Rorarius, et surtout Euler, qui, dans ses lettres a une princesse d’Allemagne, a exposé le système de Leibnitz avec sa netteté ordinaire, mais avec une sévérité excessive.
Je me contenterai de demander ’a Leibnitz, tout cela étant supposé vrai, comment il est parvenu ’a le savoir. Qu'est-ce que Leibnitz? Une monade humaine. Celte monade ne connaît que scs cbangenients internes et ses représentations. Je lui accorde que ses représenlations représentent, ce que je pourrais fort bien lui nier; mais enlin, que représentent-elles? Ce ne peut être que l’action des différents êtres, qui, nous l’avons vu, rayonnent en quelque sorte sur la monade; elles relu’ésentent donc, si on le veut, des ohénomènes, mais certes elles n’apprennent rien des cires eux-mêmes. Est-ce d’après nos représentations que nous savons que les monades sont simples? Mais qu’est-ce que la représentation d’un être simple? En vérité, si Leibnitz n'a pom' noint de départ que ues représentations, il n’est guère admis ’a parler avec tant de sécurité de la nature des êtres et de leurs relations essentielles.
tîepcndant personne ne s’est exprimé avec plus de force sur l’existence des substances. On ne trouv(‘ nulle
<jr« PREMIliRS ESSAIS. — A.\NÉE 1810
part mieux décrite la notion de la substance et de ses modifications. Leibnitz combat vivement Locke, qui nie la substance par cela seul qu’il n’en a pas l’idée.
Voici quelques passages des Nouveaux essais sur V entendement liumaiu:
« La substance* n’est pas si obscure qu’on pense ; on « en peut connaître ce qui se doit et qui se connaît en « autre chose. La considération de la substance est un « point des plus importants et des plus féconds de la « pbilo.sopbie. »
Citons un nouveau passage qui fait beaucoup d’honneur à la justesse d’esprit de I.eibnitz. Quand ce grand homme est séparé de son système, il est impossible d’avoir plus d'exactitude :
« Selon Locke®, nous nous accoutumons par inadver- « tance à parler de ce qui n’est qu’une collection d’idées « simples comme d’une seule idée simple ; et ainsi « nous supposons quelque chose qui les soutient, où « elles subsistent et d’où elles résultent. On a raison de « penser ainsi, et nous n’avons que faire de nous y aca coutumer ; nous n’avons que faire de le supposer, « puisque tout d’abord nous concevons plusieurs attri- « buts d’un même sujet, et ces mots métaphoriques de « soutien, de substratum, ne signifient que cela; de « sorte que je ne vois pas pourquoi on s’en fait une dif- « ficulté ; au contraire, c’est plutôt le concretum, comme « savant, chaud, luisant, qui nous vient dans l*«sprit, « que les abstractions ou qualités, comme savoir, cba-
' Édit, de Raspe, in-4’, p. 102.
•f'jid., P 170.