‹ Premiers essais de philosophieChapitre 18 sur 59 · I.EIB.NITZ · texte numérisé non relu

I.EIB.NITZ

« leur, lumière, qui sont plus difliciles h comprendre.

« En distinguant le sujet' de ses qualités, il n’est pas « merveilleux qu’on ne puisse rien concevoir de parti- « culier dans le sujet. 11 le faut bien, puisqu’on a séparé « les attributs ; ainsi demander quelque chose de plus « dans le spjet que ce qu’il faut pour concevoir que c’est « le même sujet, par exemple, qui entend et qui veut.

« qui imagine et qui raisonne, c’est demander l’impos- « sible et contrevenir ’a la supposition qu’on a faite en « concevant séparément le sujet et ses qualités. »

.Ainsi, loin que la notion de substance soit diillicilo i) acquérir, c’est elle qui se présente d'elle-même à noire esprit. Nous ne concevons pas d'abord la couleur, la forme, l’étendue, mais quelque chose d étendu, de coloré et qui a une certaine forme. Ce n’est pas d’abord la chaleur, la lumière, le savoir, c'est le concret chaud, luisant. savant, que nous apercevons. Donc la notion de substance est impliquée dan;s toutes nos acquisitions primitives. Mais quand on a^s^aré ce que la nature ne sépare pas ; quand on a abstrait les qualités du sujet et le sujet des qualités; quand, par exemple, dans un objet réel coloré, on a mis d'un côté l’être, et de l'autre la couleur, il ne reste plus que des abstractions; on prouve alors facilement que l'être ainsi obtenu n’est qu’un mot, et l'on plaisante a son aise de ce substratum inconnu et mystérieux que les philosophes mettent sous la couleur, Mais en vérité on rit alors de soi-même et de ses propres fictions. Encore une fois, ce qui nous est donné, .c’est le concret, à savoir, quelque chose de coloré. Le- concret seul existe réellement; vous le détruisez, vous le parta-

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goz en deux abstractions ; certes, alors, la réalité n’existe plus; x'ous en avez fait deux abstractions; et, parce que vous ne trouvez ni dans l'une ni dans l’autre rien de réel, vous vous écriez que la sub.stance n’existe pas. Il faut dire qu’elle n’existe plus, car vous l’avez détruite, et il n’est pas merveilleux, comme dit Leibnitz, qn après l’avoir retranchée vous ne la retrouviez point. Vous créez des abstractions, puis vous leur demandez la réalité.

Je ne puis quitter Leibnitz sans arrêter un instant vos regards sur sa méthode.

Je l’ai dit souvent, et on ne peut trop le redire : l’abstrait se tire du concret, et c’est une méthode absolument opposée à celle de la nature que de chercher la réalité, c’est-a-dire le concret, dans l'abstrait. A plus forte raison, on ne peut tirer la notion de l’être, s’il s’agit de l’être réel, de la notion du possible. 11 est évi- <lcnt que la nature nous fournit d’abord les réalités, <|u'ensuite, par abstraction, de ces réalités nous tirons la notion du possible. Leibnitz suit la marche inverse. Savez-vous, ce que c’est que l’être pour Leibnitz? C’est le complément du possible, l’actualité de la possibilité. Leibnitz bouleverse ainsi l’ordre naturel des idées. Il procède comme les géomètres qui, au lieu de tirer d’un solide donné des surfaces, des lignes et des points, construisent lé solide avec des points, des lignes et des surfaces. Aujourd’hui encore des philosophes, éblouis par l’éclat des découvertes mathématiques et frappés de la certitude qui règne dans cet ordre des connaissances humaines, croient qu’on peut introduire

r.KlBMl'Z Ull

dans la pliilosuphio la même certitude en y introduisant la méthode géométrique. Que dirait-on d’un homme qui voudrait transporter cette méthode, dans l'anatomie, dans la physiologie? Eli bien, la psychologie est une physiologie à sa manière. Les faits physiologiques et les faits psychologiques sont, il est vrai, très-différents; mais ils se rencontrent en ce point que ce sont également des faits,’ et qil'ils tombent également sous l'observation. Il y a environ un siècle que les sciences naturelles ont été débarrassées de la fausse méthode cpii entravait leur marche, et <|ui arrête encore parmi nous les sciences philosophiques. Suivons les conseils et les exemples des sages qui ont osé étudier l'hoiiunc comme un objet d’histdire naturelle. La méthode géométrique a trahi les efforts et le génie de l^eibnitz. et n'a produit entre ses mains puissantes qu'un édifice, sublime il est vrai, mais dont les fondements manquent de solidités Leibnitz a allié toutes les méthodes comme tous les systèmes, et on trouve (juelquefois dans ses écrits uiu! admirable et'profonde psychologie; mais il est certain que la méthode qui domine chez lui est la méthode des géomètres. Aussi llanschius, son ami et son disciple, voulant publier la pure doctrine de son maître, l'exposa en un traité de géométrie métaphysiciiic sous ce titn? : Prindpin LeibuUdi more qeomelrko tkmouxtnita '. Wolf ’ a continué l'œuvre d’Ilanschius. Wolf, c’est en (pielque sorte Leibnitz devenu professeur; le génie de l'invention lui manqui‘, mais il le remplace jiar celui de

* I/ouvragv. t'sl «le I7'28, iii-8*.

100 PRKMIERS ESSAIS. — ANNÉE 1816

l’ordre et de l’arrangemenl systématique. H a élevé k la idiilosophie de Leibnitz un monument admirable sans doute par l’art qui en a ordonné toutes les parties, mais où l’oa cbercberait en vain la vraie méthode, le véritable esprit philosophique,, c’est-a-dirc le sentiment de la réalité>

. Il était impossible que, dans un siècle livré a la discussion et au doute, dans un pays où Lessing disait : « Si Dieu m’oilrail la vérité ou la recherche de la vérité, ce n’est pas la première que je choisirais;» il était, dis-je, impossible que la philosophie s’arrêtât au point où l’avaient laissée Leibnitz et Wolf.' Aussi, en quelques années, l’harmonie préétablie, les monades èt le principe de la raison suhisaute furent attaqués de toutes parts; et bientôt ces grandes hypothèses. filleS du dix-septième siècle, et qui ne convenaient plus au dixhuitième, firent place a une philosophie nouvelle sortie de l'esprit nouveau.

PIIIKISOl'BIË DF. KA.NT '.

Avant d’entrer dans l'èxposition et la discussion du système de Kant, je dois vous prémunir contre les erreurs qui pourraient m’échapper. J entends mal la langue du philosophe de Kœnigsherg, et ceux mêmes qui l’entendent le mieux ne comprennent pas toujours la doc-

* Voyez, sur I 3 phtiosopliic de Kaiil, les le^ns de 1820, où Kant csl examiné avec autant de soin et d étendu'’ que Hetd en 18Î9 oU.ocke en 182*J.

KANT

li'ine que cette langue exprime ou enveloppe. Les compatriotes et les contempoitiins de Kant ne 'purent d’abord saisir sa pensée : il fallut que Reinhold le révélât presque ’a l’Allemagne plusieurs années après que son grand ouvrage avait paru. Ainsi il ne serait pas étonnant qu’un philosophe qui fut d’abord presque inaccessible ’a ses compatriotes eût été mal saisi par un étranger. C’est d’ailleurs la première fois qu’en France on essaye de transporter la philosophie kantienne dans l’enseignement pbblic. J’ai donc besoin de toute votre indulgence, et votre indulgence c’est avant tout votre attention.

(Le professeur fait connaître les auteurs où il a étudié le système de Kant . lloru, Kuntii opéra, Lipsiæ, 4 vol., 1796-1797 ; Kinker, Essai d’une exposition succincte de la Critique de la raison pure, traduit du hollandais, par L. J. F., Amsterdam, 1801 ; Villers. Philosophie de Kant, Metz, 1801; M. de Gérando, Histoire comparée des systèmes de philosophie, 3 vol., 1804, t. II, p. 167; Âncillon, Mélanges de philosophie 'et de littérature; Paris, 1809 V)

.Attendez-vous ’a trouver ici deux choses eu apparencti contraires : une vive admiration pour le gmiie de Kant, et en même temps une médiocre estime pour son système. Je ne connais de supérieurs à Kant que deux hommes dans l’antiquité, Platon et Aristote, et deux hommes aussi parmi les modernes. Descartes et Leibnitz ; et cependant je combattrai toutes ses coircliisious.

* Vuyoz sur ces dilTéronts auteurs )n Icç. de

lui PREMIERS ESSAIS. — A^■^•ÈE 1810

mes criliques u’aiïaililiront mon admiration, ni mon admiration n’alîaiblira mes critiques.-

Pour l)ieu comprendre Kant, il faut se rappeler le.s circonstances où il se trouvait. Leibnitz avait détruit la pbilosopbie de Locke en montrant qu’elle ne pouvait rendre compte des principes les plus élevés de la nature humaine. Il avait mis'a la place une pbilosopbie systématique qui n’était guère qu’une méprise sublime sur la portée et sur les limites de la pbilosopbie. Kant entreprit de se placer entre Locke et Leibnitz. Locke,* dit-il, donnait trop a la sensibilité, et Leibnitz aux idées; Locke s'ensualisait les idées, et Leibnitz intellectualisait les sensations. Kant crut trouver la vérité en réunissant les deux pbilosopbies.

L’intelligence ne peut rien sans les sensations, et sans l’intelligence les sensations sont comme si elles n’é'taient pas. 11 faut qù'il y ait quelque chose qui sollicite et quel(|uc chose qui soit sollicité. Ce qui sollicite, c’est la matière, et ce que la matière sollicite, c'est la forme. Isolées, elles ne sont rien : réunies, elles composent l’expérience. C’est dans l’expérience que consiste la réalité, maisune réalité purement phénoménale. Kant ne prétend pas en obtenir une autre. Selon lui, ou peut aller, il est vrai, des phénomènes à l’être, mais par des lois de la raison, appelées transcendantales, parce qu’elles dépassent la portée de l’expérience, et subjec- ' tives, parce qu’elles tiennent ’a la constitution du sujet pensant. Dans ce cas, elles n’ont de force que pour ce sujet et dans seslimites. Toutes les conclusions qu’on peut tirer de ces lois doivent être subjectives, comme

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leurs principes. L'âme, la nature, Dieu, sont donc des • conclusions a la fois invincibles et vaines : invincibles comme étant l’expression nécessaire des lois de l’esprit humain, vaines comme n’étant que ces lois elles-mêmes transportéès hors de nous par une force qui nous est * propre, et, comme dit Kant, objectivées en vertu d’une puissance purement subjective.

Personne, depuis Aristote, n’avait fait une revue des lois de l’esprit bumain aussi vaste, aussi profonde, aussi exacte. Il n’y a qu’un malheur, c’est que la scène que ’ ces lois nous'ouvrent, et nous ouvrent nécessairement, est fantastique. Quand on a lu la Critique de la raison pure, on est dans l’état d’un homme qui, après avoir fait le plus beau rêve du monde, sent que tout cela lui échappe et n’est qu'un rêve. <

Kant est bien différent de Locke; et pourtant ils ont un rapport essentiel, à savoir, l’impossibilité d’aller légitimement, celui-ci au delà des idées, celdi-là au delà des phénomènes. « i

Le phénomène est pour Kant ce que fidée est, pour Locke, l’objet immédiat de l’esprit, la seule incontestable. La difficulté est de passer outre.et 9*alier jusqu’aux êtres. • •

Pour, aller de l’idée à l’objçt réel, Locke a le dogme de I^jpbissance représentative de l’idée, Faute de ce dognàie commode, Kant s’arrête au mondé phénoménal, à l’expérience. La grande différence entre eux, c’est que Kant reconnaît toutes les grandes lois, toutes les grandes idées que Locke repousse ; noais Kant, les concentrant dans le sujet, n’en fait aucun usage réel, et toutes ses

. richesses ne lui servent pas plus que la pauvreté ilc Locke, paupertina pliilosophia, coinine avait dit Leibnitz.

Cependant Kant, en plusieurs passages, semble admettre quelque chose de plus que les phénomènes. Je * n’aflirme pas, dit-il, qu’il n’y ait pas quelque chose sous le phénomène, mais ce quelque chose est X pour nous, quoiqu’il ne soit pas tout à fait O. Si Kant eût dit qu’il ne connaissait pas la nature de ce quelque chose, mais seulement son existence, et que nous n’eu pouvons rien ' savoir sinon qu’il existe, a la bonne heure ; mais son système va plus loin ; il exige qu'au delà des phénomènes toute existence soit une pure hypothèse, qui serve a diriger l’essor de l’entendement, mais sans aucune valeur hors de l’enceinte de l’entendement. D’où il suit qae c’est O et non pas X ([ue Kant aurait dû mettre sous les phénomènes, et que cet X est à la fois un correctif iihpuissant et une infidélité manifeste aux principes de la Critique.

Souvent Kant reproduit les arguments mêmes dt! Locke et de Hume.

Locke, pour détruire la substance, demande ce qu’elle est indépendamment de ses qualités. Hume avait aussi demandé ce que c’est que le moi pur, indépendamment des perceptions. Kant répète sans cesse la même question. Kinker, p. 104 et 105 : « Quoique notre âme se retrouve toujours la même dans tous les actes de la pensée, il nous est cependant impossible de savoir si, hors de la pensée et telle qu’elle est en elle-même, elle conserve cette ipséité, et si l’existence de notre âme est seule certaine, tandis que celle des êtres (|ue nous

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nous représentons comme hors de nous n’est <ju’incertaine. Tous les êtres que nous connaissons se réduisent a des phénomènes, ét notre âme, comme objet de notre ;sens intérieur, n’est aussi pour nous qu’un phénomène, c’est-'a-dire une chose qui nous parait telle dans le temps, et rien de plus. »

Hume avait élevé un étrange argument contre la spiritualité de Tàme. « Vous, disciples de Locke, disait Hume, vous ne devez pas admettre des esprits ; car vous ne pourriez les conclure que des idées, et vous n’avez pas d’idée d’un esprit. Mais quand même vous auriez une telle idée, si, par votre loi d’inhésion, vous donnez à certaines idées un sujet d’une certaine nature, pourqüoi ne donneriez-vous pas un sujet de même nature aux autres idées, puisque les idées se re.sseniblent toutes'? >> Kant a fait usage de cet argument d’une manière dil’fé; rente. L’âme et le corps ne sont connus que comme des phénomènes : or ces phénomènes se ressemblent en ce ipi’ilssont connus seulement dans le temps et dans l’espace ; ils ne sont donc pas bien différents, puisqu’ils sont soumis aux mêmes lois et qu’ils rentrent sous les mêmes catégories et dans la même forme de cognition. Kinker, p. lOC : k Quand nous pensons, nous pensons en un lieu, et nos pensées se succèdent <lans le temps. Il nous est impossible do concevoir une âme qui pense autrement qu’en tel ou tel lieu, et dont les pensées ne se succèdent pas dans le temps. Ainsi la perception de notre âme, et par conséquent notre âme elle-même, se présente a nous dans les mêmes formes de cognition <|ue notre corps. »

l’RKMlERS ESSAIS. — ANNÉE 181G

Si nous en croyons M. Ancillon, dans ses Mélaïujes tie liUérature et de philosophie, Essai sur l’existence et sur les derniers syslèmes allemands, l'idéalisme transcendantal et subjectif de Kant, déjà si profondément sceptûjue par lui-même, aurait produit des syslèmes d’un scepticisme plus déclaré, et fort semblables a ceux de Ilerkclcy et de Hume.

Kant n'avait reconnu (pie des phénomènes. Selon lui l’objet n’existe qu’aperçu par le sujet, et le sujet n'existe qu’aperçu par lui-même.

Fichte comprend aisément que si l’objet n existe qu’aperçu par le sujet, l'objet n’a pas de véritable existence, et il ne reconnaît d’être réellement existant que le sujet. Et certes Fichte n’a pas tort, si Kant a raison. Aussi, loin de dé{,miser sa doctrine, Fichte la proclame hautement. ainsi (pie berkeley, llemarquez la marche et le progrès régulier du scepticisme. La philosophie critique ne produit pas tout d'abord le scepticisme universel. On commence par épargner le moi. En elfet, la dernière réalité que nous mettons en doute, c’est nous-mêmes. M. Ancillon et M. Villers attestent que Fichte réduit toute la science, ce qu’il appelle la science de la science, à ce principe : A = A, moi= moi. M. Villers cite un ouvrage de Fichte intitulé : Destination de I hoinme, composé de trois parties : douter, savoir, croire. Quand Fichte arrive au savoir, il nie ipie nous sachions rien du monde extérieur. M. Villers a donné la traduction de cette seconde partie. C’est un dialogue qui a une singulière resscmblanci! avec celui d'ilylas et de Philouoüs et pour le fond et pour la forme. Un philosophe transcen-

ACAUÉMIK I>K HEnLlN

doutai y argumente contre un philosophe empiriste. H jrose en principe, comme Berkeley, que nous ne percevons pas directement les objets, mais seulement nos propres manières d’être : ce principe une fois admis, le réalisme est vaincu et le non-moi détruit.

Suivant HI. Ancillon. M. Schelling aurait été plus loin en suivant les mêmes traces. Il aurait montré que l'existence du sujet est tout aussi conditionnelle que celle de l’ohjet, puis(|ue le sujet n’existe qu’en tant qu’aper\,u par lui-même. 11 ôte donc la réalité substantielle du sujet au même litre que f ichte avait détruit celle de l’objet, et il n’admet d’être véritable, d’être qui ne soit pas un pur phénomène, que l'être absolu et éternel. Dieu.

C’est ainsi que le système du moi absolu de Ficbte et celui de l’unitc absolue de M. Scbelling devaient sortir de la philosophie critique, qui ne reconnaît avec certitude que des phénomènes, comme le spiritualisme exclusif de Berkeley et le nihilisme de Hume étaient sortis de la philosophie de bocke, qui n'aperçoit directenient que des idées.

ACADKMll: UK UhllLIII. — AKAI.VSC DK UEtX MKMDIIIKS UK SIKItl.tA.

*. ASCIKLOS. — d'iKE OPIBIOX d'iIKMSI K lilILlS.

Nous avons vu l.ocke ébranler les réalités. Berkeley détruire la nature extérieure, et Hume la personnalité humaine. 3Iais Hume et Berkeley ont discrédité Locke ; l’idéalisme, dans ses conséquences, a, trahi le vice de ses principes; le scepticisme s’est ruiné lui-même; et le bon sens écossais a fait justice de la subtilité anglaise.

li« l'RKMlKIlS KSSAIS. — ASNKK.lSUi

>'ous avons vu ensuite en Allemagne l'icféalisme sui vre la même marche et arriver aux mêmes résultats; nous allons voir aujourd'hui une école allemande qui, comme celle d’Edimhourg, a rétabli la réalité sur des fondements solides; nous voulons parler de l’Académie de Berlin.

C'est un spectacle admirable et bien consolant poulies amis de la philosophie que celui de deux écoles séparées par la distance des lieux, par. la différence des hiœurs et du langage, qui s'accordent et se réunissent dans le bon sens et la droite raison.

Au dix-huitième siècle, il n’y avait pas d'université à Berlin comme il y en a une aujourd’hui ; mais Berlin possédait une Académie fondée par Leibnitz, dont Leibnitz avait été quelque temps le président et le secrétaire, en rédigeant les mémoires à lui tout seul et y représentant dans le degré le plus éminent toutes les classes, toutes les sciences.- Cette Académie, qui compta tour à tour Leibnitz, Euler et Lagrange, formait vers la Un du di.x-huitième siècle une véritable école, qui joue relativement à l’école de Kant le même rôle a peu près que l’école écossaise relativement a l’école anglaise. Toutes deux sont égaleihent éloignées d’un empirisme grossier et d’un idéalisme outré. Il y a cependant cette différence entre les deux écoles, que celle d’Edimhourg a un caractère plus marqué, une méthode plus arrêtée, un esprit dominant ; au lieu qu"a Berlin il n’y a guère qu’une tendance commune, chacun travaille de son côté, mais tous s'accordent ii repousser ce qu’ils appellent l’euipirisme français et l’idéalisme allemand.

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