DE LA SECONDE ÉDIIIÜN
raisoniioincnts, plus ou moins heureusem«nt présentés, mais solides en eux-mèmes, qui font pour la cause (le la bonne pliilosopliie, et qui rappelleront peut-être utilement aux générations nouvelles les opinions, disons mieux, les croyances métaphysiques, morales, religieuses et politiques, où s’est formée une partie considérable de la sérieuse et libérale jeunesse de la Restauration.
Voilà les commencements et le berceau de la philosophie nouvelle. Le temps lui apportera des forces. Peu à peu elle agrandira son horizon et ses vue.' D(‘s l’année IHJS, elle présenlera une doctrine complète et bien litie, et comprendra la philosophie tout entière sous ces trois grands chefs, le vrai, le beau et le bien. En ISIO et 1820, elle s’estimera assez forte pour entreprendre une histoire régulière de tous les systèmes de philosophie morale qui ont paru au dix-huitième siècle depuis Locke jusqu’à la r('volution francjaise, dans les diversiîs parties de l'Europe, en Angleterre et en France, en Ecosse et en Allemagne. Plus tard, enfin, de la philosophie moderne elle s’étendra dans la philosophie ancienne; elle remontera jusqu’à l’Orient; elle s’enfoncera dans les ténèbres de la scholastique; elle embrassera tous les âges de la pensée humaine ; elle rappellera tous les systèmes à un petit nombre de principes élémentaires, harmonieux et
U AVKimSSKMliNT DK I.A SKCdAOK KDITIoN
o^|)Os*^, toujours on guoiTo ot inso|iarabl»>s. Ici elle osl encore bien loin de scs derniers dévelo|)|NMiients; elle est renfermée dans l’enceinte de la pbilosophie moderne, et elle commence à [>eint! à entrevoir ranti(|uilé. Mais elle est déjà en possession de toutes les idées essentielles et d’une doctrine bornée mais solide. Klle est assise snr le senseonimun; elle a reniiionsiasine du b(‘an et du bien; elle aime la liberté et la vertu ; elle est tonte pénétrtV de la pensée de ûieu ; elle ne s’élève pas enc(*re bien haut, mais on sent (pi’elle a des ailes.
AVEUTISSKMENT
II»; GLTTE TROISltMK KMTfON.
CeUo tntisièiiie édiliun n'est poini une sini|>le ré- . impression «le la pnicédente. Elle présente ce qui , reste de nf)s premiers cours de philosophie, pendant les années I81t> «*t 1817, sons une forme presque nouvelle et avec un titre nouveau, à la fois plus modeste et plus vrai. Ne possétiant de ces premiei's cours que des rédactions d’élèves, nous n’avons pas jugé à propos de conserver à ces rédactions abrégées et imparfaites l'apparence et le nom de leçons, tandis qu’en réalité on ne mettait sous les yeux du lecteur que des extraits souvent bien secs. De ces extraits, soigneusement revus et corrigés, nous avons tiré des morceaux séparés , dont l’ohj*‘t commun et l’iiannonie paraissent suflisam-
<111 AVEKTISSKMhN I
ment, grâc e aux deux programmes placés à leur tète. Ainsi dtïgagé, il nous semble que ce volume a moins mauvais air, et qu’il conduit plus rapidement aux lecjons do l’année 1 X 18 , qui contiennent un enseignemént véritable, une exposition régulière avec de justes développements. Ces Promirrx Essais mar- (|uenl les divers degrés jtar lesquels nous en sommes arrivés là, et il les liuit considérer comme une préparation laborieuse à notre livre du Irai, du Beau et du Bien .
On trouveia ici en effet, sous des formes differenles, le mt’mie c^sprit, la même méthode , les mêmes vues fondamentales.
L’esprit cjui y règne c\st celui qui anima nos dernières comme nos premières lec;ons, qui paraît dans tous nos ouvrages, et »jue nous espérons bien retenir tant que nous serons capable de penser, tant que notre cœur n’aura pas cessé de battre, et que notre main pourra tenir une plume; c’est-à-dire une foi profonde dans la liberté, la responsabdité et la spiritualité de l àme humaine; une morale fondée sur réternelle distinction du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et non sui' les calculs incertains de l’intérêt, aussi éloignée d’un mysticisme, énervant »[ue d’un stoïcisme inapplicable; une esthétique qui voit dans le beau la forme du bien, et partout recberche et recommande l’idéal; une théodicée qui.
I»E CETTE TROISIÈME ÉDITION ix
nioiilant à Dieu par l’hommo, et par l’homine inidlecluci et moral, aussi bien que par l’univers, donne à rimmanilé un père, à la vertu et au crime un Uîinoin et un juge; en un mot une philosophie radicalement opposée à la philosophie de la sensation, qui domina en France i)cndanl le dix-huitième siècle, et que, dans les commencements du dix-neuvième, nous avons rencontrée toute-puissante encore.
En même temps <jue nous rompons hautement ici avec cettedéplorahlephilosopliic, où tant de fois nous avons signalé la racine des malheurs de la' patrie, parce qu’en répandant de proche en proche, pendant de longues années, dans toutes les classes de la société française, le scepticisme et le matérialisme, elle a ôté d’avance les fondements nécessaires delà vraie liberté, nous ne donnons point à la philosophie nouvelle des guides étrangers, fût-ce même le sage Reid ou le profond et vertueux philoso|)he de Kœnigsbcrg : de bonne heure nous l’avons placée sous l’invocation de Descartes.
Nous l’avouons, et on le verra dans les premières pages de ce volume : nous ne songions d’abord, en montant dans la chaire de M. Royer-Collard, qu’à porter devant le public l’enseignement que nous tenions de notre illustre et vénéré maître; nous exposions la théorie écossaise de la perception extérieure, et, rencontrant sur notre route l’enthymèine rarté-
\ VkltTlSSK MliNT
sii‘11 : Je penne, doue je suis, nous alii(»ns lui appliquer les critiques que M. Royer -Collai'd avait, emprunti'es à heid. Mais, ayant voulu relire les Mèditatiom avant d'en eondaïuuer le principe, une élude attentive lutns amena à révoquer en doute le sens allrihué au célèbre entliyinème; et ce doul<> nous fut un trait de lumière qui éclaira à nos yeux, d’un jour nouveau, tonte la philosophie moderne et notre propre entreprise. Nous comprîmes (pie la question de la jH^rceplion extérieure ne pouvait être la première (pieslion de la philosophie, et, changeant tout à coup de sujet au bout de quelques leçons et en dé|)it des promesses de noti'e IHscours d’ouverture, la btgiipie et Descaries nous conduisirent à la (pieslion (pii est vraiment la première en date et en importance, celle du moi cl de l’existence personnelle. Nous consacrâmes à ce dii'iicile sujet line ann('*e entière. Rientol, dans nos éludes, à Descartes nous joignîmes IMatoii. (les deux gninds noms, depuis si longtemps oubliés en France, reparurent avec liomieiir dans la nouvelle (icole, et la philosophie française du dix-neuvième siècle rentra dans la voie de celte grande et immortelle philosophie spiritualiste, qui a partagé dans l’histoire les vicissitudes de 1 a pensée humaine, i|ui commence avec Socrate et l'ialon, ranime et soutient la généreuse vieillesse de Cicéron, luit encore pins d’une
UK CKTTIi TUOISIÈMK KDITIO;\ xi
Ibis dans la nuit du moyen âge, sert de flambeau au dix-septième siècle, s’éclipse au di.v-huitième avec Ja force et fa grandeur nationale, et, grâce à Dieu, compte aujourd'hui parmi nous, dans toutes les branches de la littérature, des interprètes nombreux et accrédités.
Entre la philosophie spiritualiste et le christianisme ralliance était facile, ce semble. Pour s’en convaincre, il n’y a (ju’à ouvrir saint Justin et Clément d’Alexandrie, dans l’Église grecque ; chez les l^atins, saint Augustin et saint Anselme, et plus près de nous, Malebranche, Bossuet, Fénelon. Mais expliquons-nous nettement et avec une entière sincérité. Une philosophie, quelle qu’elle soit, n’est point une religion ; et confondre ces deux notions, c’est les altérer l’une et l’autre. La philosophie se renferme dans l’ordre des vérités naturelles, et ne relève, par conséquent, que de la lumière naturelle. La religion va plus loin, et, pour des dogmes surnaturels, elle invoque une autorité surnaturelle. Mais, si elles diffèrent dans leur origine, dans leur portée et dans leur forme, la vraie religion et la vraie philosophie se touchent et s’accordent sur plusieurs points essentiels. 11 ne s’agit pas ici de respects et d’hommages politiques. La philosophie de la sensation, par exemple, pourrait s’incliner mille fois d<*vant le christianisme, sans lui être pour cela moins
i„ AA’KH TISSKMKN r
ennemie; car, en supprimant la libellé, la res ponsabiliu* et la spiritualité de l’Ame, elle supprime le sujet même auquel s’applique le christianisme. Qu’une philosopbie professe ce principe, que l’objet unicjue des poursuites de l’iiumanilé est et doit être la satisfaction des sens, le plaisir, l’intérêt, le bonheur en ce monde ; qu’est-ce qu’une telle philosophie peut avoir à démêler avec, la religion du Crucifié? Supposez encore une philosophie qui, admettant la liberté et 1a spiritualité de l’âme et l’obligation de la vertu désintéressée, ne conçoive Dieu ijue comme la cause et la substance éternelled’où toutdérive, d’oùvient l’univers, elavec l’univers I bumanité, sans mettre dans cette cause et dans celle substance aucun attribut déterminé ni déterminable , ni encore bien moins aucun attribut moral, la conception d’un tel Dieu, ce déisme-là, comme on l’appelle, est radicalement incompatible avec l’essence même du ebristianisme, qui a besoin d’un Dieu vivant cl intelligent, principe et exemplaire du bien et du juste, qui, nous ayant faits à son image, se peut proposer à notre imitation, qui comprend, soutient et console nos combats intérieurs, nos sacrifices, nos défaillances. Au contraire, l’alliance peut être sérieuse et sincère entre la philosophie spiritualiste et le christianisme, parce que celte philosophie laisse au