DE CETTE TROISIÈME ÉDITION
christianisme la place de ses dogmes , et touU;s ses prises sur riuimanité. Elle lui offre une tàme à la fois pleine de misère et de grandeur, pour y asseoir ses enseignements sublimes; une morale généreuse, pour la couronner de ses divines espérances; un Dieu qui est une 'personne comme la peisonne humaine, avec l’infinité de plus, et peut ainsi porter la trinité chrétienne. Disons-le encore une fois : la philosophie la pins pure n’est point une religion : mais le christianisme est sa religion, comme elle est la philosophie du christianisme quand il sc place, ainsi qu’il le fait souvent, dans’ les limites delà raison naturelle. La philosophie spiritualiste a précédé le christianisme, mais elle en a beaucoup profité, et elle serait bien ingrate si elle ne reconnaissait ce qu’elle lui doit, comme aussi le christianisme doit beaucoup à là philosophie dans ses indispensables prolégomènes, dans son exposition et dans ses explications. La philosophie ne croit point s’humilier en avouant qu’elle est faite pour quelques-uns, et ne suffit point au genre humain. Le christianisme, àson tour, n’a qu’à gagnera reconnaître qu’il y a dans l’homme nu besoin immortel de libre réflexion qu’il est impossible de déraciner, qui a commencé avec le premier homme, et ne finira qu’avec le dernier, qui, attaqué outrageùsemeiit ou petitement tracassé, ne sait que trop ren-
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<lre guorrc pour giiorro, et ipii, loyalement aeeeplé, s’apaise et s’érlaire, et peut, dans le elininp où il s’exerce, porter des l'riiils hientaisants.
Mous parlons ici du jdiis prol'ond de notre cœur : jamais nous n’avons l•èvé de nnnpiacer dans l’hiiinanité le christianisim* par la pliilosopliie. Nous avons toujours considéiv un pareil rêve eoimnc la chimère la plus dangereuse, propn* seulement à souleviM' des lenipèles elTroyahles et stériles (pii s»> terminent par ramener l’esprit humain au |)oint même dont on était paili, à savoir, la distinction /•termdle (U l’étiMiielh' eoc'xislence tle la religion et de la philosophie.
(à»mbicn de fois n’avons-nous pas dit. écrit, répété sur tous les tons : gardons du dix-huitième siècle l’imlépendanco ; voilà notre conquête'; mais ci'lte indépendance, eniployons-la tout anirenient. Comme, eu politique, nous partons du besoin et d«' ranioiir de la libel lé pour déCemlre la monareliie <>t l'aristocratie, ces deux couti-e-poids nécessaires de la démocratie dans une vieille nation comme la nôtre, héritière du plus glorieux passé epi elle rajeunit sans cesser 5 di' même, puisque c’mi l'sl fait de bi foi naïve di' nos pères, il nous faut partir de la philosophie pour comprendre la religion, pour honorer, pour aimer le christianisme, |Mmr souhaiter qu'il s’affermisse et qu’il se réjiande. et répande avec lui
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la plus siiblinu; pliilosophie. Le résumé le plus pur (le ce qu’il y :« d(^ meilleur dans h* Pliéd(m et le Timée, dans les MédiUttimn , dans la Conndixmnce de Dim et de soi-mèiue, dans les plus beaux eliapiln*s d(^ la Critique de la raison pratique, ce résumé-là <‘st tout entier dans les premières pa<res du catéchisme de Bossuet, et ce caU'chisme est la nourriture des pauvres d’esprit, de l’enfant, de la femme, du pâtre et de l’ouvrii'r, tandis que la Connuissaiiee de Dieu et de soi-même, les Méditations, le Phédon et le Timée, surtout la Critique de la raison pratique, s’adressent à bien peu d’individus dans l’espèce liumaine.
Tels ont toujours él(! nos p<‘nsé(’s, nos st*ntimciils, notre lanjïajî»; publie i‘t privé. Ici, dès son berceau, la philosophie nouvelle couvre le ebristianismedes hommages les plus sincères et les plus anécluetix ; <dle se. (îomplait à l’appeler eu témoignage de ses vérités les plus chères ; souvent meme elle lui ein|truute ses expressions; enfin, déjà elle met en pratique, pour son compte, cette alliance que tant de fois nous avons invoquée, avec une constance infatigable, dans la chaire, à la tribune, dans tous nos ouvrages; alliance trop désiiable jiour que nous en désespiîrions jamais, et dont aujourd’hui nous saluons l(’s tardifs mais iuduhitables symptônuîs avec une joie reconnaissante*.
' Saisissons coUe oivnsioii |Knir l•('n^!l•c un jmhlic hmnmacn ^ l‘ar-
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Sans trop prolonger cet At'eriixH'iiienl , nous de-f vons au moins signaler rapidement la méthode ici employée, la méthode d’observation appliquée à ^ Tâme humaine, cette méthode psychologique fon- L dée par Descartes, suivie et recommandée par Reid ■* et par Kant, profondément ignoiée de Condillac et . de son école, et dont le téméraire abandon a •précipité, de nos jonrs, la philosophie allemande d'a- Ikird dans des spéculations ambitiens<^s et hypothétiques, et bienlüt dans les plus tristes systèmes (pii ont déshonoré et perdu pour qtiehpie tem|)s an déjà du Rhin la cause de la philosophie.
Un rencontrera déjà dans ces Premien Kssaix l’é- . cleclisme. la chose et le mot, avec sa juste porti'e et dans sa vraie nn'sun;, c’est-à-dire comme une ln(•thode historique , supposant une philosophie avan- > céc, capable de discerner ce qu il y a de vrai et ce '
qu’il y a de faux dans les diverses doctrines, cl, apn*s/ ? les avoir épurées et dégagées par l’analyse et la dia-
clicvuque île Viim, qui, son hrau discours ^ur saint Augustin, pritnomv à l inauguration de la fêle doü écoles le 27 novembre 18T>5. n >i noblement défendu la vraie philosophie, et daigné citer, dans une cliiiiri* cbrélicnne, iK)lre humble livre du I rai, du Beau et du Bien. Itenicrcioiis aussi M, Tahhc Marct, doyen de la Faculté de Üiéologic de rAcadémio de « Furis,..qui, en ouvrant les cours de celle faculté, u hieii voulu rccoiinaîlre nos efforU et ik)s inlentions. L’rnivcrsilé n’a pas ouhiiéque, pour la défense de ses études et pnrlicuiiLTCmeiit de ses cours de philosophie.
révêque do Troyes n’a pas craml de hraver des iuimitié's puissaulod, et rAcadéniic française est encore émue tlo la parole si tnlénnic. si lÜ'éraie, si chrétiemie lie M^^l'évéqwc d’Oiléans.
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lectiquc, de leur faire à toutes une part légitinnî dans une doctrine meilleure et plus vaste.
Nous n’insisterons pas sur bien d’aiitre.s théories dont ces fragments contiennent le germe et la première expression. Nous nous bornerons à en indiquer quelques-unes.
Citons d’abord, sans la développer, celte distinction de la spontanéité et de la réflexion dont plus tard nous avons tiré des conclusions si (^tendues et si consolantes : la spontanéité, que nous appelons ici le "énie de la nature bnmain»!, tandis que la réflexion est seulement le génie de quelques hommes; l’une, qui prévient partout et surpasse le raisonnement, inspire et soutient riiiimanité, y fait naître et y conserve toutes les grandes croyances; l’aiitre, qui quelque- ^ fois ébranle ces croyances, et quelquefois aussi les t confirme, et transforme la foi primitive en une ferme et solide conviction ; celle-ci, qui est en (jnelque sorte l’innocence de l’esprit; celle-là, qui en est la vertu, achetée par bien des combats et souveni pré>céd(:(> de bien di's fautes.
Il est encore un point auquel nous altaclions la plus grande importance, et qu’il nous (*st impossil)|e de ne pas toucher en quelques mots : nous voulons parler de la théorie de la cause, et parlieulièremeuf de la substance et de l’ètre. Partout ici on verra <|u’il n’y a point de substance et d’être en soi; que l'être '
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en soi, c’est le néant; que tout être, s’il t!st. esl déterminé; que sa perfection est dans celle de ses déterminations; qu’il n’y a pas plus de substance sans (|ualités que de qualités sans substance, que toute substance, et la substanre suprême et infinie comme celles qui eu dérivent, ne nous est connue que par ses qualités et scs attributs, où son essence se manifeste alors même qu’elle n’y est point épuisée; qu’aiusi, entre autres conséquences, des attributs contraires attestent des substances contraires que nulle subtilité ne peut confondre, et des attributs intelligents proclament un être intelligent.
Enfin nous avons ici établi pour la première fois ce qui, plus tard, nous est devenu un principe inébranlable, à savoir, qu’il n’y a pas d’intelligence sans conscience, que nous-mêmes nous ne nous savons , intelligents que par la conscience (jue nous en avons; que supposer quelque part une intelligence qui ne se connaîtrait pas, c’est supprimer les conditions mêmes de l’intelligence, telles qu’une saine psychologie les donne, et se jeter dans une hypothèse inadmissible. La conscience est le signe éclatant de l’intelligence; elle est l’intelligence en acte; elle annonce et garantit la personne; eu sorte que, s’il y a de l’intelligence dans le principe invisible des choses et des êtres, comme le démontrq la moindre induction tirée du spectacle
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des choses visibles et de l’clude des êtres particuliers, ce principe est un être intelligent tpii a conscience de lui-même, qui est une personne, qui se connaît et qui connaît ses actes, ainsi que leurs résultats, et n’est pas plus dissipé, effacé, aboli dans l’iufini, que la personne humaine, faite à sou image, ne se dissipe et ne se perd dans l’étendue, il est vrai, bien limitée, de ses facultés et de leur action. Théorie d’une grande portée, qui, bien comprise et fermement suivie, éclaire et renverse les doctrines si différentes, et pourtant analogues, de Plotin et de Spinoza, et de leurs célèbres disciples contemporains, mystiques ou athées.
Terminons comme nous avons commencé : ces Premiers Essais sont les préliminaires du livre du Vrai, du Beau et du Bien. Ils y préparent, et aussi ils le soutiennent. Ils y trouvent leur unité, comme ils y ajoutent bien des traits nouveaux. Puisse le lecteur ne pas séparer ces deux écrits dans son indulgence, et accueillir ces Premiers Essais c.omme il a fait l’ouvrage auquel ils conduisent T
1*' Icvrier 1855.