I.Kr.lTIMlTÉ DE NOS MOYE.NS DE CONN.UTRE
Pour inlirmer la certitude de l’existence des ob jets do nos connaissances, on dit que les principes qui nous les donnent, étant des principes subjectifs, ne ])euveut avoir une autorité objective.
Entend -ou jiar subjectif ce qui est relatif à tel sujet, et par objectif ce qui est absolu? Alors, il est faux que nous ayons obtenu l'objectif par des principes subjectifs. Qu'est-ce que le principi' de causalité, par exemple? Le principe de cau.salité est l’impos.sibilité de ne ps appliquer eu tous les cas pssibles, et partout où un phénomène (|uelconque parait, le rapport nécessaire d’effet à cause. Mais ce rappet nécessiiirc, nous l'avons obtenu en faisant abstraction du moi. Le principe de cau.-alité n'est donc point subjectif, dans ce sens qu’il n’est point relatif à tel ou tel sujet inilividuel. Ainsi, quand ce principe nous fait concevoir l’existence de Dieu, nous ne croyons pas alors à l'absolu sur la fui du relatif, à l’objectif sur la foi du subjectif; mais nous croyons à l'ab.solu sur la foi de l’absolu, à l’objectif sur la foi de l'objectif.
Si ou entend par subjectif tout ce qui e.st interne, et jiar objectif tout ce qui est externe, il est vrai de dire on ce sens que nous croyons à l’objectif sur la foi du subjectif. Mais comment .serait-il possible que nous connussions les existences externes par un principe qui ne fût pas
PROGRAMME DU COURS
interne? C’est moi qui connais; je suis un être déterminé qui ne connais et ne puis connaître (|u'en moi-mènie.
Un principe ne perd pas son autorité parce qu'il apparait dans un sujet déteiminé. Ue ce iiu’un principe absolu tombe sous la conscience du moi, il ne s'ensuit pas iju'il devienne par là relatif au moi. L'absolu apparait nécessairement dans le déterminé, runiversel dans l'individuel , le nécessaire dans le contingent, la [X'rsonne intelligente dans le moi, riiommc dans l'individu, la raison dans la conscience, l'objet dans le sujet.
MOIIAIL.
DIVISION ET CLASSIFICATION DE NOS RECUEltCHES M0I1AI.E:S.
DIVISIOS.
Toutisi les questions morales sont renfermées dans les trois questions suivantes ;
1” Quels sont les caractères actuels des principes moraux?
2* Quelle est leur origine?
3" Quelle est leur bïgitimité?
Les (leux premières questions considèrent les princiiies moraux en eux-mêmes dans le sujet où ils résidi'nt. C’est ici la morale pro|ireinent dite.
La troisième question les considère relativement aux conséquences qui en dérivent et aux objets qu'ils nous découvrent. C'est ici la religion, bien entendu la religion naturelle.
CUS.'lnCATIOS.
1“ 11 faut traiter la question de l'état actuel des principes moraux avant celle de leur état primitif ; car, en commençant par rccbercher leur état primitif, on pourrait bien n’obtenir qu’un faux primitif, qui ne rendrait qu'un actuel hypothétique, dont la légitimité serait seulement la légitimité d'une hypothèse.
2* Il faut traiter la question de l'état actuel et primitif de nos connaissances avant celle de leur légitimité ; car les deux premières questions appai'tiennent au système subjectif, et la troisième au système objectif, et l’on ne connaît l’objet que par le sujet.
On ne va donc point de la religion à la morale, mais do la morale à la religion ; car si la religion est le complément nc'cessaire de la morale, la morale est le fondement nécessaire de la religion.
rnEMIERS ESSAIS. — ANNÉE 1817
l'SYCIIOl.OGIE MODALE.
Étal actuel.
Question de la rlassificatiun du nos principes moraux.
Classilicatinn de nos principes moraux d'aprûs la distinction de leur contingence et de leur nécessité.
Tiiéoaie DES raisciPES MOBaDx cottTiiiGEXTS.
Dans la classe des princijtes moraux t'ontingenLs, on peut ranger des faits qui ne sont point des principi's, mais des sentiments, des mouvements, des instincts, que leur variabilité rapproche des principes moraux contingents.
Lt's instincts moraux sont relatifs à l'expansion, comme la pitié, la syinpatliie; ou rclatils à la concentration, comme l'horreur du malaise, l'amour du bien-être, l'amour de soi.
Les principes moraux contingents ne sont que la passion généralisée, l’instinct érigé en prim-ipc rationnel.
Les principes généraux qui se rapportent à l'instinct d'expansion forment ce qu'on peut apjMder la morale du sentiment, morale mobile et non obligatoire. Morale de la pitié, de la sympathie, de la bienveillance considérée comme sentiment.
Les principes généraux qui se rapportent à l'amour do soi constituent le système de l’amour-propre, la morale de l'intérêt, morale mobile et non obligatoire.
Enonciation du principe fondamental de la morale de l’intérêt : ne considérez une action à faire que dans son rapport à votre bonheur personnel.
Que tou.s les principes généraux contingents se rapportent en dernière analyse à la sensibilité.
THÊOBIE DD PRUICIFE DE LA HOBSLE.
Qu’il y a en nous un principe moral universel, qui embrasse tous les temps, tous les lieux, le possible comme le réel. Principe du juste et de l’injuste, du bien et du mal. Ce principe éclaire les actions et les qualifie. Celle de nos facultés à laquelle ce principe se rapjwrte, est la raison morale.
Caractère spécial de ce principe : pour l’intelligence, la nécessité, et pour la volonté, l'obligation. De là la loi morale.
Énonciation de la loi morale : fais le bien pour le bien ; ou plutôt.
l'ROGRÀMME DU COURS 209
veux le bien pour le bien. La loi morale s'applique surtout aux intentions.
Le principe moral étant unirersel, le signe, le type extérieur auquel on reconnaît qu'uiie résolution est conforme à ce principe, est l'imposo'bilité de ne pas ériger le motif immédiat de cette résolulion en une maxime de législation universelle. Casuistique morale.
Des différentes applications de la raison morale, c’est-à-dire des différents devoirs. Devoirs envers Dieu, une fois que son existence est connue, devoirs envers les autres et envers nous-mèincs.
Fondement du principe stoïque de l’égalité des devoirs entre eux.
Les devoirs envers nous-mêmes sont aussi vrais, aussi certains, aussi obligatoires que les autres devoii’s, parce qu'ils ne se rapportent pas au moi sensible, mais à l'homme, à la personne morale, qui seule a des devoirs; dans ce sens, on pourrait dire que tous les devoirs sont des devoirs envei-s nous-mêmes.
DE LA LIBEBTé.
Deux preuves invincibles de la liberté : la raison et la conscience.
La loi morale inqdique logiquement une volonté libre. Le devoir suppose le pouvoir. Placé entre la passion qui l'entraine et la loi morale qui lui commande, l’homme doit être pourvu d'une force de résolution volontaire qui puisse résister à l'une et obéir à l’autre. Rapport de la liberté et de la loi dans l’économie do la vie morale.
De plus la libellé est un fait.
Analyse du phénomène de l’action libre.
Distinction de la volonté et du désir. Désir, modification passive de la sensibilité ; volonté libre, force propre de l’homme.
La volonté regarde la vertu, comme le désir regarde le bonheur.
rniscirE du HéRiTt et du DéHéaiTE.
Non-seulement nous aspirons sans cesse au bonheur, comme êtres sensibles, mais quand nous avons bien fait, nous jugeons, comme êtres intelligents et moraux, que nous sommes dignes de bonheur. Principe nécessaire du mérite et du démérite, origine et fondement de toutes nos idées de châtiment et de récompense.
La question du souverain bien n’a pas encore été parfaitement résolue, parce qu’on a cherché à une question complexe une solution unique.
Solution épicurienne : entière satisfaction du désir du bonheur, r. 14
910 I^UKMIEHS ESSAIS. - ANNÉE 1817
Solution stoHiuc ; [larfail arrüm|ilisscineiit tic la loi nioiale.
La voritabL^ solution est dans l'haiinonio de la vertu cl du boidienr mérite par elle.
Mais les deux élénients do la solution ne sont pas égaux. Le boidieur est la conséquence, la vertu est le principe.
QCESTIOS DD DIEX ET DU NiL MOlUE ET PHTSI(}CE.
La somme du bien moral l’emporte incontestablement sur cHlc du mal moral, car la S(H-iété subsiste; et, quoi qu’en dise Kant, le bonheur en général l’emporte sur le mallieur dans la destinée de l'hommi' honnête.
(,’epenilant la vertu condamne à bien des saerifices, car elle n’existe qu’à ce titre que les passions seront combattues et snrmonté-cs.
Quand la sympathie nous entraîne à soulager un infortuné, cette action a quelque chose de délicieux ; car, loin d’être le sacrifice d’une passion, clic est la satisfaction d’une passion, noble, il est vrai, mais naturelle. Beau moral. Mais nous n’avons pas toujours une passion naturelle au .service de la loi morale; presque toujours il faut lutter contre nos affections les |ilus chères. Sublime moral.
Quand le mal physiijuc serait encore plus considérable, quand la nécessité du sacrifice serait et plus fréquente et plus duix‘, il ne faudrait j>as moins s'y soumettre, car la loi morale est indépendante de la sensibilité.
De même, en présenee de la vertu malheurt'use, le principe du mérite et du dé'mérile prononce encore que le bonheur est dû à la vertu.
Situation morale de rhomme sur la tcri'o.
l’àUit primitif.
La question de l'état primitif en morale est la même qu’en métajdiysique, et elle a la même solution.