RELIGIO.N
L’absolu apparait dans la conscience, mais il y apparaît indépendant de la conscience et du moi ; et c’est à ce litre qu’il oblige la pei-sonne morale, qui est en nous comme un fragment de la nature morale uni- Yerselte.
L’absolu n’ébnt pas relatif nu moi, a une valeur légitime hors du moi qui l’aperçoit, mais qui ne le constitue pas.
Examen de la distinction de la raison spéculative et de la raison pra-
PHüGRAMME DU COURS - 211
li(|iic. Unité (le la raison, et réfutation do la doctriiio'do Kant sur la vals’ur différente des prinei))es spéculatifs et des principes pratiques.
En métaphysique, les principes absolus de causalité, de finalité, de substance et d’unité nous ont conduits à la cnnnaissance de Dieu comme cause intentionnelle, une et substantielle; quatre principes absolus nous ont donné l'èlre absolu, Dieu.
En morale, nous avons reconnu deux principes absolus, le prineipe du bien et du devoir, et le principe du incriti' et du démérite. Ces deux principes, qui apparaissent à ma conscience comme absolus, ont, comme les premiers, une portée objective, et me révèlent des existences placées hors de moi. Rii n de jjIus naturel et de plus légitime, puisqu'ils n'appartiennent pas au moi. Comme on a admis, en métaphysique, la légitimité des principes absolus, il faut admettre de môme, en morale, la légitimité de principes qui sont de la même nature.
Examinons quelles sont les conséquences rigoureuses qui découlent des principes absolus de la morale; voyons quelles existences nouvelles ils nous manifestent, ou quels caractiu’es nouveaux ils im])riment à celles que nous avons déjù obtenues. Antérieurement à la morale, nous avons obtenu Dieu, cause pi-emière, substantielle et une, à l’aide de quatre principes qui avaient leur fondement psychologique dans la puissance causalrice, l’unité et la substance du moi. Mais non-seulement je suis une cause substantielle et une, je suis encore un être moral. 11 m’est donc impossible de ne pas transporter dans l’auteur suprême du mon être un nouveau caractère. Dieu n’est plus seulement pour moi le créateur du monde pbysitpie, mais le père du monde moral. L’auteur d’un cüe juste et libre ne peut être une fatalité aveugle ; en lui doit résider la justice à son plus haut degré et dans son modèle accompli.
Ce n‘c.st donc pas, à parler rigoureusement, la volonté divine qui me révèle la loi du devoir, c’est la loi du devoir qui me révèle la justice de la volonté divine.
Nouvelle application du principe do causalité, de finalité et de substance. Dieu, substance et raison première et dernière de. la justice, idéal de la sainteté, saint des saints.
Retour sur l’univers. Obscurité profonde de. l’univers san.s la siqvposition d’un Dieu juste.
Quand, détournant les yeux du spectacle de l’univers, je les reporte sur moi-même, la justice divine m’apparait dans le principe de justice qui est au fond de ma conscience. Je me dis que Dieu ayant fait le
PREMIKFIS ESSAIS. — ANNÉE 1817
momie, a dii le faire d'après les lois de la justice suprême ; de sorte que le monde estérieur, fùt-il encore plus obscurci livré à plus de désordres apparents, en présence même de ces désordres, le principe absolu de la justice, rapporté à Dieu, me ferait dire avec confiance: Ce que je vois et ce que je ne vois pas, tout est non-seulement pour le mieux, mais tout est bien, parfaitement bien, car tout est ordonné ou permis par une cause juste et toute-puissante.
laî principe de justice, transporté de moi à Dieu, fait luire la justice sur l'univers ; le jugement du mérite et du déinérib', transporté de moi à Dieu, me fournit de nouvelles lumières. Le jugement du mérite, porté |iar la personne morale, prononce que la vertu est digne du bonheur. Ce jugement, étant ab.solu, a une valeur absolue. Une fois que Dieu est conçu par moi comme un être moral souverainement juste, je ne puis pas ne jias concevoir que le principe absolu du mérite et du démérite ne remonte à Dieu lui-même ; car Dieu est une nature morale, ou plutôt c'est la nature morale elle-même; il répugne donc que le principe du mérite et du démérite ne soit pas en lui.
Le principe du mérite et du démérite, ainsi transporté de moi au Dieu juste , impose en quelque sorte :\ ce Dieu juste et tout-puissant l'obligation de rétablir l'harmonie légitime du bonheur et de la vertu, troublée ici-bas par l'enchainement fatal des causes extérieures. Dieu peut la rétablir, s’il le veut, et il ne peut pas ne pas le vouloir, puisqu'il est souverainement juste, et que lui aussi juge absolument que la vertu mérite le bonheur. Conception de l'autre vie.
La conception de l'autre vie est aussi absolue que la conception de l'existence de Dieu, que celle de l'existence des objets extérieurs, que celle de notre propre existence. L'absolu est ce qu’il est dans tous les cas; si nous croyons légitimement à notre propre existence, nous pouvons croire au même titre avec confiance à la réalité d'une autre vie, à l'immortalité de l'àme. '
Examen de l'opinion qui fonde rimniortalité de l'àine sur sa simplicité. L’argument est excellent, mais insuffisant. La simplicité est une condition nécessaire et une présomption d'immortalité. Le jugement dù mérite et du démérite prononce seul, d'une manière absolue, que l'âme est immortelle.
Ainsi la loi du mérite et du démérite nous élève à l'immortalité de l’àme, comme le principe moral nous élève à la justice divine; et de même que la conception de la justice de Dieu met l'ordre et la lumière dans le monde, de même la conception d'une autre vie et de l'accom-
rnocnAMME du cours
jilisspmcnt futur de l’haniioiiic lé!;itime de la vertu et du bonheur, nous fait consentir sans luunnure aux misères de «Ue vie. Je conçois que les contradiction dont la vie est semée composent un état passager, et que l’ordre éternel, que me révèlent les principes ab.solus de la justice et du mérite, .sera rétabli dans un autre inonde.
Examen de la question : Pourquoi y a-t-il tant de soulTranacs dans cette vie? ,
Appréciation de la solution de l'optiuiLsme ordinaire, tiré des lois générales du monde et de l'impos-ibilité où Dieu était de faire mieux.
V'raie solution : la lin de l'homme et le but de l’existence humaine n’étant pas seulement le bonheur, mais le bonheur dans la vertu et par la vertu, la vertu en ce monde est la condition du bonheur dans l’autre vie, et la condition de la vertu dans ce monde est la souffrance, plus ou moins fréquente, plus ou moins longue, plus ou moins vive. Otez la souffrance, plus de résignation ni d'humanité, plus de sacriûce, plus do dévouement, plus de vertus héroïques, plus de sublime moral. !\ous sommes soumis à la souffrance parce que nous sommes sensibles, et parce que nous devons être vertueux. S’il n’y avait pas de mal physique, il n’y aurait plus de vei tu possible, et ce monde .serait mal adapté à la destinée de l’homme. Les désordres apparents du monde physique, et les maux qui en résultent] ne sont pas des dévsordres et des maux échappés à la puissance et à la bonté de Dieu. Dieu non-seulement les permet, mais il les veut ; il veut qu’il y ait dans le monde physique pour riiommc un assez grand nombre de sujets de peine, afin qu’il y ait pour lui des occasions de résignation et de courage.
Rapport des lois île la nature extérieure et de notre natnr.,' physique et passionnée qui nous imposent la souffrance, avec la loi morale qui nous commande le courage, dans les desseins d'un Dieu moral qui a fait l'homme dans mie fin morale.
Règle générale : Tout ce qui tourne au profit de, la vertu, tout ce qui donne à la liberté morale plus d’énergie, tout ce qui peut servir au plus grand développement moral de l’espèce humaine, est bon. La souffrance n’est pas la pire condition de l’homme sur la terre ; la pire condition est rabriitissemcnt moral qu’engendrerait l’absence du mal physique. Fin sublime des misères de la vio.
Ij6 mal physique externe nu interne se rattache à l’objet de l’existence, qui est d’accomplir ici-bas la loi morale, quelles que soient se.s conséquences, avec la ferme espérancc'que la récompense ne manquera pas dans une autre vie à la vertu malheureuse. Ij loi morale a sa sanc-
su PREMIF.nS ESSAIS. — ANNÉE 1817
liim Pt sa l'oison en plle-iiièrae; elle est même distincte de celle du inêi'ite et du dcméiite (|ui l’accompagne et ne la fonde point. Mais si le principe du mérite et du démérite ne doit |ioint être le princi|)u iléterminant de l’action vertueuse, il concourt puissamment avec la loi morale,- parce qu’il offre à la vertu un motif légitime et certain de consolation et d’espéi'ancc. Part de la religion, part de la morale.
La morale est la connaissance du devoir et son accomplissement, i|uellcs qu'en soient les suites.
La religion ret la connaissance du devoir dans son harmonie nécessaire avec le lionheiir, harmonii- qui doit être réalist’e dans une autre vie, par la justice et la toute-puissance de Dieu.
L’existence morale tout entière est dans ces deux mots harmoniques entre eux ; devoir et esperam'c.