DU FAIT DE CONSCIENCE
sysicmc, renlrons dans la conscience, et recherchons tons les caractères sons lesquels la pensée se manifeste.
Onand je descends dans la conscience et que j’y étudie la vie inlellecinelle , .sans y rien ôter coinine sans y rien ajouter, j’y reconnais trois éléments, trois éléments, dis-je, ni plus ni moins, <|ui s’y rencontrent tons et toujours, simultanés quoi(|ue distincts, constituant la pensée dans leur conqile.vité nécessaire, et la détruisant dès que l'un des trois vient à manquer.
I. D’abord, dans tout fait iutéllecluel, dans toute connaissance, je m’aperçois moi-même comme le sujet de ce fait, de la pensée, de la connaissance. Sans le moi, enelTel, le moine connaît rien, ne sent rien, ne se rappelle rien, n'abstrait rien, ne cmnhine rien, ne raisonne sur rien. Il peut bien y avoir la matière d’une peuséni, d'une sensation, d'un jugement, d’un souvenir, d'un rai.sonliement : mais le moi n’en sait rien et n’en peut rien savoir s'il n’est pas et ne se sait pas lui-même. Le moi est doue réléinenl nécessaire de toute pensi'e.
Dira-t-ou que le moi c’est la pensée même, c’est-’adire la sensation, le jugement, le raisonnement, etc,, réunis dans une unité collective qu’on appelle moi? .Alais je sens et je sais, cerliss'nnd scienüâ et clamante conscienthl, que le moi n’est pas seulement un lieu logique et verbal, inventé pour exprimer l’imion de mes |HMisées, mais quehpie chose de réel qui les unit et en forme une chaîne continue, en tant cju il est dans chacune d’elles. .Je sens et je sais fort bien encore que le moi n’est pas plus une circonstance, un degré d’une pensée particulière, (pi'il n’est le lien verbal de plusieurs
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pensées. Je sais «ju'il n'est pas vrai qne la sensation, ou le souvenir, ou le désir, arrivés a certain degré de vivacité, deviennent moi, mais que c’est moi qui constitue la sensation ou le désir, en m’ajoutant ’a un certain mouvement, a de certaines alfections qui ne s’intellectualisent en quelque sorte, et ne deviennent pour moi sen- , sation ou désir qn’autant que j ’en prends connaissance Le moi est l'esprit s’apercevant Ini-méme dans son activité redoublée en elle-même et l'ormant ce qu’on appelle la conscience. La conscience n’est pas une faculté particulière qui aper(,oit d’un côté ce qui se passe de l’autre ; il n’y a pas une scène isolée où se passent les événements intellectuels, et vis a-vis, quelqu’un dans le parterre qui les contemple: ici, pour ainsi dire, le parterre est sur la scène; car il n’y a vraiment de vie intellectuelle qu’autant qu’elle se manifeste et s’apei(;oit.
Le moi doit agir pour se manifester et s’apercevoir, et il peut agir de deu.v façons très dilférentes : ou l’activité du moi s’exerce sans que le moi prévoie son résultat et y con.senle ; ou elle s’exerce parce que le moi y consent et qu’il en connaît les conséquences. L’activité spontanée et l’activité rélléchie sont les deux formes de l’activité personnelle ’, et on ne peut négliger l’une ou l’autre sans retrancher quelque chose de cette force intérieure qui est le moi. , ■
La réflexion suppose la liberté, car nul ne réfléchit qui ne veut le faire ; et, d’un autre côté, la liberté, au
* Plus haut, cours ile 1816, CondUlac, p. 155-140.
• Sur la sponlanéitu et la réncïion, voyez déjà cours de 1816, pages 179- .18*2, ci le ri'agoieni qui suit consacré à celte importanle dislindion.
DU FAIT DK CONSC.IKNCE
moins dans son degré le plus élevé, suppose la délibération et le choix, c’esl-a-dire la réllexion. La réflexion, mère et fille de la liberté, est un acte libre qui produit des actes libres. .\u milieu de ce monde de forces étrangères qui combattent l’activité du moi et qui l'entrainent, la réflexion s’arrête, et, selon une expression célèbre, se pose elle-même. La réflexion, ou le moi libre, est un point d’arrêt dans l’infini. Le moi. dit Fichte, se pose lui-même dans une détermination libre; ce point de vue est celui de la réflexion ; le moi se pose parce qu’il le veut, et c’est vraiment ii lui-même, a sa détermination libre, qu’il doit son existence la meilleure.
3Iais la détermination libre qui accompagne et caractérise la réflexion, est précédéeou mêlée d'une négation. Four que je pose le moi, comme dit Fichte, il faut que je le distingue du non-moi ; or, toute distinction implique une limitation, une négation. Maintenant est-il vrai que nous débutions par une négation ? et n’y a-t-il rien avant la réflexion et le fait au développement duquel Fichte a pour jamais attaché son nom? Toutes nos recherches sur nous-mêmes sont réfléchies, et notre sort est de chercher le point de vue spontané par la réflexion, c’est-à-dire de le détruire en le cherchant. Cependant, en s’examinant bien, il n’est pas impossible de saisir la spontanéité .sou^ la réflexion. Dans l'instant même de la réflexion, on sent, sous cette activité qui rentre en ellemême, une activité qui a dû se déployer d’abord sans se réfléchir. Chose fatale à la psychologie, mais inévitable ! L’action primitive de la pensée se redouble sans doute dans la conscience, mais elle s’y redouble faible-