DO LANGAGE
L’école de Condillac, et une fausse théologie qui croit ramener l’homme a Dieu èn l'avilissant, se réunissent pour soutenir que l’homme est de sa nature si impuissant, qu'il ne pense qu’a l’aide des signes. Mais il est aisé de les convaincre toutes deux d’une pétition de principe.
L'institution des signes et du langage repose essentiellement sur la puissance de l’esprit humain sans laquelle l'institution serait stérile et n’aurait même jamais été.
Toute institution présuppose une puissance qui la fait être ; puis, réagissantsurla puissance même qui Va faite, elle la développe, l’étend, de sorte que celle-ci paraît en
nu LANGAGE
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<1('pcndre. Mais comme c'est elle qui a créé rinstitutlon q\ii la fortifie, il est vrai île dire que c’est à elle-même <|u’elle doit réellement tous ses progrès.
11 est absurde de dire que l’homme ne pense qu’au moyen de signes, si l’on n’ajoute qu’il n’a des signes que parce qu’il pense. Les signes ne créent point nos facultés; c’est au contraire notre activité volontaire et libre qui les crée ; c’est donc de cette volonté productrice qu’il faut nous relever, et non des signes qui n’en sont que les produits.
Pourquoi l’animal ne pense-t-il pas? parce qu'il n’a pas de signes, dit-on ; mais je demande pourquoi il n’a pas de signes. C’est parce qu’il ne pense pas; et il ne pense pas parce qu’il ne veut-pas; n’aÿant pas d’intention propre, il ne conçoit pas ce que c’est qu'une intention ; il ne peut donc attacher une intention, c’est-a-dire un sens, a un son ou 'a un luouvemeut matériel.
li'homme est une force libre ; l’a est le titre de sa dignité, l’origine ou du moins la condition de toutes ses connaissances'. Si l’homme n'était pas une force libre, il ne pourrait ipie ce que peut l'animal, c’est-à-dire que la nature déterminerait en lui des impressions confuses qu’il apercevrait à peine et des mouvements instinctifs. Parmi ces mouvements, il faut compter le langage primitif, tout signe involontaire et irréiléchi. Quand ces signes irréfléchis et involontaires seraient aussi riches qu’ils le sont peu; quand l'imagination systématique
' Voy<;z, plus haut, An(tly8e de la cùnnaissance sinstble, et Du fail de
êrience.
l’RKMIEUS ESSAIS. — ANNÉE 1817
leur prêterait les caractères dout ils sont absoliiinent dépourvus; si parfaits qu'on les suppose, considérés en eux-mêmes, ils ne pourraient jamais servir de moyen de rappel ou de communication à la [K>nséc : ils ne seraient même jamais des signes, si l'iiomme n’avait (|uelque pensée à leur donnei’ a signilier, ou plutôt s'il n’avait le pouvoir de se les approprier et d'abord de les apercevoir; car tout ce qui est inaperçu est insignifiant et nul. Or la condition essentielle de toute apcrccption est un exercice quelconque de notre activité personnelle. Où manquerait l'action intérieure, défaillerait l'aperception, et il n’y aurait rien pour nous. En vain l’animal en nous pous-serait des cris, exécuterait mille mouvements ; ne sachant rien parce qu'il ne se saurait pas, ne se sachant pas parce qu'il n'aurait jamais ni agi ni vohlu, il ne saurait jamais ni que lui, ni, a plus forte raison, (pi’un autre que lui, a exécuté un mouvement extérieur, encore bien moins qu’il a voulu l'exécuter, et que ce mouvement exprime un sentiment, une idée. Ce n’est donc pas la puissance de la parole et du signe qui produit les miracles qui nous accablent aujourd'hui, et dans l’éclat desquels le signe et la parole cachovit leur origine. Car, ôtez la volonté et l’intelligence, cette puissance mystérieuse du signe se réduit 'a rien. Restituez la volonté et l’intelligence, c’est-à-dire la personne; laissez-lui apercevoir ces cris, ces gestes, qui, tant qu’ils lui sont étrangers , sont insignifiants en euxmémes;. elle les aperçoit; bientôt elle va les répéter par la vertu qui est en elle: par là elle se les approprie, les rend significatifs pour elle, qui les comprend parce