DU VRAI -PRINCIPE DE LA MORALE
donc une justice et une injustice réelles et distinctes aux yeux du genre humain. Maintenant qu’on demande : Telle action est-elle juste ou injuste? Les différents peuples pourront varier dans leur réponse. Le sauvage lue son père lorsqu’il est vieux, de peur qu’il ne tombe sans défense entre les mains de l’ennemi; il agit ainsi en vertu de la loi qui ordonne de faire a nos parents tout le bien que nous pouvons leur faire. Nous autres Européens, nous tenons une tout autre conduite. Mais au fond la loi reconnue est la même, l’interprétation seule diffère. Faire a son père tout le bien possible ii’est pas juste ici et injuste là ; le principe est le même partout, et partout c’est un devoir sacré d’y rester fidèle. Mais que faut-il faire pour y être fidèle? Là seulement commencent les différences.
L'inviolable devoir du fils envers le père nous montre toute la différence qui sépare la vraie morale de celle <le riulérêl et même du sentiment. Supposons un père infirme, dur, avare : quel intérêt peut avoir à le servir un fils jeune cl aimant le plaisir? Loin de là, il est poussé par l’intérêt même à abandonner un tel père. L’égoïsme ne peut rendre raison du devoir d’un fils dans ce cas. Le sentiment le pourra , si le fils est sensible et délicat, s’il goûte et recherche l'exquise jouissance qui suit la vertu. Mais s’il est froid et peu sensible, qui l’obligera à se dévouer au service d’un père pour lequel il éprouve une médiocre sympathie? ne répondra - 1 - il pas à tout ce qu’on pourra lui dire, dans le système du sentiment, en déclarant qu’il n’a pas le cœur tendre? et celte réponse ne
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sera-t-elle pas légitime dans ce système?Oui, sansdoute, mais elle ne l'excusera pas à nos yeux ni aux yeux du genre humain, car nous croyons et le genre humain proclame que dans tous les cas possibles un lils doit se dévouer pour son père. Il ne s’agit point ici de savoir si votre père est dur ou bon, commode ou incom- , mode, avare ou généreux, ni si vous êtes tendre ou Iroid : il s’agit uniquement de savoir s’il est votre père et si vous êtes sou lils. Si ce rapport, qui n’est pas susceptible de plus ou de moins, est entre vous et lui, le jugement moral prononce que vous devez le servir. La loi est invariable comme le rapport, et, de même que celui-ci n’est pas de tel fils à tel père, mais de lils ’a père, d’une manière abstraite et absoluet de même le devoir subsiste toujours le même pour vous, par cela seul que cet homme est votre père et que vous êtes son lils.
Telle est la rigueur, la simplicité, l’invariabilité de cette morale qu’elle oblige un fils même qui abhorrerait son i>ère ’a se dévouer pour lui.
Cette morale est supérieure a tous les systèmes; elle subsiste dans le cœur de tous les hommes alors même qu’ils la méconnaissent ; elle les gouverne alors même qu’ils la renient; sa puissance éclate dès que s’élèvent des circonstances ditliciles.
On peut en effet dans son cabinet, et en quelque sorte loin du champ de bataille, se reposer dans des philosophies efféminées, et s’imaginer qu’on peut résoudre d’une manière satisfaisante le problème d’être lionnête sans sacrifice; mais qu’arrive une conjoncture