‹ Premiers essais de philosophieChapitre 44 sur 59 · CASUISTIQUE MORALE · texte numérisé non relu

CASUISTIQUE MORALE

grave, publique ou privée, qu’une lutte s’engage entre l’honneur et l'intérêt, entre la passion et le devoir ; ii l’instant tes jeux de l’esprit s’évanouissent, toutes ces savantes combinaisons, inventées dans l’ombre d'un cabinet ou d’une école pour se passer de courage et de vertu, ne fournissent pas la moindre ressource ; l’homme, aux prises avec l’intérêt, n’échappe au crime que par un elfort généreux, par la résolution intrépide de faire son devoiff advienne que pourra.

La loi du devoir oblige tous les hommes, sans aucun regard non-seulement a leurs intérêts présents, mais eiiëore à leurs intérêts futurs. Dieu existe, nous le croyons fermement et nous espérons en une autre vie ; mais quand nous approuvons une action généreuse, quand nous voyons un grand citoyen se dévouer pour la - patrie, nous ne songeons pas d’abord aux récompenses divines ; le sentiment de l’admiration s’empare immédiatement de nous, et nous disons qu’il a bien fait de rem plir son devoir. D’autres considérations surviennent et se mêlent à ce premier motif, mais sans se confondre avec Ini; il demeure distinct, et domine tous les autres.

CASUISTIQUE MOKALE, LIBERTÉ, COBSClËi>iCE.

La loi du devoir est l’épreuve et comme la pierre de tbuclic à laquelle il faut soumettre les actions faites ou

à faire, pour savoir si elles sont bonnes ou mauvaises. Otez cette loi, d’où voulez-vous que les actions tirent leur qualité morale? Il n'y a plus rien de bon et de mauvais en soi ; tout dépend des conséquences, et nous voilà condamnés à toutes les incertitudes de l'empirisme. C'est pourquoi le premier problème de la morale était celui-ci : Y a-t-il ou n’y a-t-il pas une loi qui oblige tout agent moral? Cette loi une fois reconnue et établie, le reste suit naturellement; négligez de la poser, et tout l’édifice s’écroule.

Mais la loi morale, dans son abstraction sublime, ne nous suffit jias. .\ cette hauteur, elle surpasse tellement toutes les circonstances de la vie qu’elle s’y applique difficilement. Pour la mettre en rapport avec nos besoins, il lui faudrait, au dessous d’elle et comme à son service, une règle assez générale pour l’exprimer fidèlement, assez pratique pour s’appliquer directement a toutes les circonstances possibles et y introduire en quelque sorte la loi. La découverte de cette règle est peut-être ce qu’il y a de plus nouveau, de pins ingénieux, de plus sûr dans toute la morale de Kant. 11 l’énonce ainsi ; Inlerrogez-vous vous-même, et voyez si, en généralisant te motif de l’action que vous allez faire, vous pouvez le considérer comme un principe de législation universelle.

Ainsi supposons que vous ayez la tentation de dérober, de tuer, de vous tuer vous-même, de trahir vos serments, et cela pour tel ou tel motif, quel qu'il soit : pour savoir si vous devez faire cette action ou ne pas la faire, si elle est bonne ou mauvaise, ser-

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