CONSCIENCE
sou temps en Allemagne, et défendue avec le plus beaa talent par M. Jacobi. M. Jacobi voulait arracher Thomme au joug des formules, et sauver l'originalité et la puissance de l’instinct. Selon lui, la détermination morale' a’est pas préalablement soumise à une loi, même à celle du devoir ; elle est immédiatement et spontanément produite par l’enthousiasme. Cette morale est directement opposée à celle de Kant, et celui-ci la combat à outrance. Ici peut-être excès des deux côtés, et des deux côtés aussi grande part de vérité. 11 est certain, et voilà ce qu’a très-bien vu M. Jacobi, il est certain que l'intuition spontanée nous découvre d'abord le bien, comme le beau, comme le vrai. La réflexion, venant après l'enthousiasme , convertit ses inspirations en formules , et ainsi le bien, obligatoire de sa nature, devient une loi impérieuse, absolue^ à laquelle il nous faut obéir, comme Kant l’établit admirablement, dès que nous la connaissons, quelles que soient nos dispositions présentes d’esprit et de cœur. La soumission à l’ordre moral ne peut être le fruit d’un mouvement d’enthousiasme ; d’ailleurs, on n’est pas toujours en verve d’enthousiasme, et il faut toujours être prêt 'a obéir a la loi *.
A cette occasion, Kant examine celte maxime, si fort à la mode dans le siècle dernier, qu’au lieu de prescrire le devoir il faut en insinuer le goût au moyen d’ouvrages agréables. 11 combat cette maxime, et les éducations de sentiment qui substituent au principe
* Sur M. Jacobi cl ce qu'il y a de vrai et de (lél'ectueux dans la morale du senlimonl, voyez le i.'ours de ( 818 , leç. xiv*.
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(lu devoir celui du plaisir, et prétendent mener, par des sentiers semés de fleurs, a la pratique diflicile (lu bien. C’est là, qu’on me p(îrmette de le dire, ce qui mettra éternellement l’éducation publique au-dessus de l’éducation privée. Il y a toujours dans l’éducation privée je ne sais quoi d’individuel, de capricieux, d’excessif en sévérité ou en complaisance. L’enfant se sent soumis à un régime arbitraire qui ne lui inspire point de respect. On essaye , comme on dit , de prendre les enfants par les sentiments, c’est-àdire par ce qu’il y a de plus variable et de plus inconstant. Au contraire, il faut leur inculquer l’idée du devoir en les soumettant de bonne heure à des règles inflexibles. Tel est le mérite de l’éducation publique : elle nous met tous de bonne heure sous l’empire d’une loi commune, qui ne fléchit ni devant la prière d’une mère , ni devant le crédit d’un père, et qui commande à la fois et aux maîtres et aux élèves, Kant entre à cet (‘gard dans des considérations où il serait trop long de le suivre, mais que nous recommandons à tous ceux qui s’occupent de la plus belle de toutes les sciences, celle de l’éducation des hommes*.
« O devoir, s’écrie Kant, devoir, mot sublime qui n’offre l’idée de rien d’agréable ni de flatteur, et qui ne réveille que celle de soumission ! Malgré cela, tu n’es
' Sous .nvons depuis bien souvent développé celte même pensée, par exemple dans le Vapport sur l'initruclion publiqui en A Uemagnc et particu- Hèremeni en l’rutee, .V édit., l. I", p. 81-82, et dans la Defenee de l'Univereité et de la philosophie, t. Il" de l.a V‘ .série de nos ouvrages consacrée à rinstriiction pulilique.
Dli SOUVERAIN BIEN
point terrible et menaçant; tu n’as rien qui eiTrayeet qui rebute l’àme. Pour émouvoir la volonté, tu n’as d’autre puissance que celle de déployer une loi, une ldi simple, qui 'd’elle-même s’établit et s’interprète. Tu forces au respect jusqu’à la volonté rebelle dont tu né parviens pas à te faire obéir. Les passions qui travaillent sourdement contre toi sont muettes et honteuses en ta présence. Quelle origine assez digne de toi t’assigner? Où trouver la racine de ta noble tige? Ce n’est pas dans les penchants sensuels que tu repousses avec fierté. Ce ne peut être que dans ce sanctuaire où l'homme se trouve élevé au-dessus du monde sensible, affranchi du mécanisme de la nature, et où résident sa personnalité, sa liberté, son indépendance. ' »
L’homme est un être moral en tant qu’il a conscience d’une loi a laquelle il doit obéir sans égard aux circonstances, quelles qu’elles soient.
Il est évident que si nous devons, nous pouvons; ainsi nous sommes libres par cela seul que nous sommes soumis à une obligation. De plus, nous avons une aperception immédiate de notre liberté, et, quoi qu’en dise
* Villers, Philosophie de k'anl. p.381. '
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Kant, cette aperception immédiate emfiorte une certitude invincible. La liberté est ^ tout ensemble un fait de conscience et une conséquence oécessaire de la loi morale.
Les actions en elles-mêmes sont des faits qui n’ont aucun caractère moral. Il n'y a qu’un principe antérieur et supérieur qui puisse leur imprimer ce caractère, et ce principe ne peut être que la loi morale ellemême.
C’est dans l’intention de l'agent, dans le motif de sa détermination, que réside toute la moralité de l’acte. Nul autre motif que la soumission volontaire au devoir ne peut être reçu comme motif moral : tout au plus y peut-on joindre, comme motif secondaire, le désir du contentement de soi-même, le plaisir de la conscience.
Cette simple et mâle doctrine est contenue dans la première partie de la Critique de la raison pratique, intitulée Analytique, que nous venons de faire connaître dans ses points essentiels ; la seconde partie , appelée Dialectique, contient les conséquences rationnelles qui découlent de la première. Vous serez bien aises de trouver ici un aperçu général de ces conséquences, un libre et rapide abrégé de la dialectique morale de Kant.
Quand nous avons obéi 'a la loi morale qui nous est imposée, le témoignage de notre conscience, le contentement de nous-méme nous suflit-il, et n’y a-t-il rien en nous qui réclame encore ? Non ; le contentement de nous-même n’est qu’un plaisir négatif qui ne suffit pas