DE LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE
mêmes une imparfaite image ; l’amour envers le rémunérateur de toute vertu, le dispensateur de toute grâce Si je voulais vous expliquer brièvement toute l’existence humaine, je vous dirais qu’elle est reufermée dans ces deux grands mots : devoir et espérance.
' tlK LA HIILOSOPniE DE l'iIISTOIRE *,
La vie de l’humanité se compose d’un certain nombre de grands événements qui se suivent, mais dont chacun, considéré en lui-même, forme un tout distinct, un drame plus ou moins long qui a ses commencements, son progrès et sa fin. Ces différents drames sont les différentes époques de l’humanité. Retracer chacune de ces époques, c’est la fonction de l’histoire. L’objet • propre de riiistorien est l’étude de faits particuliers dont il tente de découvrir l’enchaînement et les justes causes. C’est surtout a la recherche et k l’examen de ces causes que l’historien doit s’attacher, s’il veut traiter son sujet et seulement son sujet. Dépasse-l-il ce cercle, il tombe dans des généralités vagues : ses réflexions, pour s’appliquer ’a tout, ne s’appliquent a rien, et son ouvrage manque de caractère. D’un autre côté, les couleurs de
* Voyez, sur le culte intérieur, le cours de 1818, leç. xti, p. 423.
* Ce sont ici les premières pages qui, depuis Condorcet, aient été écrites a.
parmi nous sur ce grand sujet. Nous l’avons traité de nouveau dans la II* sé- ^ rie de nos cours, tome 1*’, paMim, et parlirulièrcinenl leç. xi*. ' '
l'historien, c'esl-u-diro la manière dont il décrit les événements, doivent être, comme ses idées, c’est-k-dire la manière dont il les e.vplique, particulières et locales, puisqu’elles se rapportent k quelque chose de particulier ; chargées de rendre la vie au passé et de reproduire la réalité, elles doivent s’empreindre de ce qui constitue la réalité et la vie : elles doivent être individuelles et déterminées. C’est k ce prix-lk seul qu'elles seront brillantes et fortes, et en même temps naturelles, et que l’historien pourra être peintre et poète sans sortir de son sujet, sans manquer k la gravité de ses fonctions, ou plutôt précisément parce qu’il ne perdra de vue ni ses fonctions ni son sujet.
Ainsi la muse de l’histoire parcourt les temps, et va de générations en générations, d’époques en époques, les reproduisant successivement avec fidélité et révélant les véritables causes qui , dans telle époque, préparèrent tels événements et leur imprimèrent tels caractères. L’histoire explique et elle peint. .Mais quand elle aura expliqué et peint toutes les époques de l'humanité les unes après les autres, ces tableaux et ces leçons n’auront retracé et éclairé qu’une succession de choses particulières : cette succession forme un ensemble qu’on appelle ordinairement l’bistoire universelle. Mais est-ce bien là une vraie histoire universelle? où est l’idée d’universalité dans une simple collection plus ou moins considérable? où est l’unité dans une multiplicité plus ou moins étendue? J’ai lu toutes les histoires ; je sais tout ce qui s’est passé parmi les hommes; je sais ce qu’ont été Rome, la Grèce, la