‹ Premiers essais de philosophieChapitre 5 sur 59 · pnEMlKnS ESSAIS. — ANNKK I 81 G · texte numérisé non relu

pnEMlKnS ESSAIS. — ANNKK I 81 G

véf‘ sans la roronnailre, à savoir, coninicnt ronoiir <>sl la loi universelle et nécessaire de notre nature.

Oui, Messieurs, si Descartes a |)osé le vrai principe, les consé(|ueiices de Hume, de lierkelev et de Malebranclie sont irrésistibles ; si la conscience ou la sensation, aidée du raisonnement, peut seule donner le monde, il y faut renoncer et en désespérer à jamais ; nous sommes condamués sans retour a l’éftoïsme le plus absolu.

Il n’v a qu’un seul moyen d’en sortir et de retrouver nos semblables et l'imivers ; c’est de renvoyer la conscience et le raisonnement aux objets qui leur sont ]>ropres; de recbercher quels sont les principes qui gouvernent la croyance universelle relativement au monde et a ses lois, cl de leur rendre leur autorité- naturelle. Car enfin nous croyons tous a la réalité extérieure ; notre croyance n'est pas anéantie, parce que ni la conscience ni le raisonnement n’en peuvent rendre compte; il faut seulement qu’elle vienne de principes dilférents , mais aussi certains, puisqu’ils sont aussi une partie constitutive «le notre nature. C’est a un de ces principes de la nature humaine qu’il faut s’adresser pour atteindre le monde.

Quand je touche un corps, j’éprouve une modification intérieure, agréable ou pénible, c’est la sensation; et je juge qu’il y a quelque chose hors de moi qui n’est pas moi, et dont l’existence est indépendante de la mienne; ce jugement instinctif a été appelé perception par Reid et ses disciples.

Tout homme capable d’examiner avec un peu d’attention ce qui se passe en lui dans l’opération du loucher, peut reconnaître ces deux phénomènes; ils

Discouns D’OUVKniURE 13

sont tous deux réels, mais distincts l’un, de l’autre f il n’y a entre eux aucun lien logique, et le raisonnement ne peut IVanchir l’abîme qui les sépare. Chacun d’eux a sa vertu qui lui est propre ; la sensation révèle l’étre sentanf; la perception, le monde sensible. Qui les confond, bouleverse toute la croyance bumaine; qui anéantit la perception, anéantit le monde, ou s’impose la nécessité de le construire avec la sensation seule, c’est-'adire que. pour réparer une faute grave, il faudra recourir ’a une faute plus grave encore, inventer après avoir détruit, et combler par des hypothèses le vide que laisse dans l’esprit humain la perception évanouie. Ainsi, les pliilosophes réduits à la sensation ont été contraints de lui supposer une force représentative, en vertu de laquelle nous pouvons croire au monde extérieur, sans l’avoir vu, sur la foi de son simulacre, de son idée. Telle est la théorie et l’origine philosophique de l'idée. Sans doute on ne se trompe pas quand on remonte ’a l’anti(iuité et au péripatétisme pour rechercher la, source de cette célèbre hypothèse; mais quand on en a retrouvé quelques traces dans l'émission des espèces, on n’a pas encore atteint sa racine la plus profonde. Je ne nie point que l’hypothèse ancienne n’ait influé sur la moderne; je ne nie point (jue celle-ci ne reproduise quelques parties de la première ; mais je pense qu’elle a surtout son origine dans les principes mêmes de notre philosophie. Si quelques disciples de Locke matérialisent l'idée, on ne peut faire ce reprodie à Malebranche, ’a Berkeley, à Condillac ; leur idée est spirituelle comme l’amc à laquelle elle est intimement unie, et elle dérive véritablement de l’ambition

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de tout expliquer avec la sensation, aidée du raisonnement. Au reste, ni l’idée materielle ni l’idée spiriluelU* ne suppléent à la perception, et dans l’un et l’autre cas la vertu représentative de l’idée est une chimère. Spirituelle. comment représenterait-elle la matière et ses <pialités? Matérielle, comment représenterait -elle le froid et le chaud , le sec, l’humide, la résistance ? Une image matérielle est une métaphore qui ne peut s’appli- <pier qu’aux apparences visibles; l’esprit humain est alors réduit au sens de la vue, lequel ne donne point la réalité extérieure. Mais je veux que, matérielle ou spirituelle, elle représente les corps avec leurs (pialités. Nous connaissions donc antérieurement les corps pour juger qu’elle les représente fidèlement! Autrement, comment le savons-nous? Avons-nous vu l’original pour juger que l’idée est nue copie fidèle, pour juger même que c’est une copie ? ou l’idée est-elle non-seulement une représentation , et une représentation fidèle , mais a-t-elle <‘ucore la singulière, autorité de nous enseigner qu’elle est tout cela? Je n’insiste pas: il est prouvé que l’idée est une hypothèse vaine ; mais né serait-il pas injuste de l’accuser d’avoir introduit le scepticisme qui existait avant elle? La philosophie moderne était sceptique dès là <pi’clle n’admettait d’autre évidence naturelle que celle de la conscience et du raisonnement. L’hypothèse des idées n’est point une machine imaginée pourattaquer et renverser le monde, mais au contraire pour le relever et le défendre : elle n’était point destinée à détruire la perception, mais à la suppléer, comme je l’ai dit, quand la perception eût été détruite, et servir de rempart con-

DISCOURS D’OUVEllTUHU Ir,

tre lo scepticisme ; rempart impuissant qui ne remplace point le véritable, celui que la nature a mis elle-même <lans rentendemenl de tous les hommes, qui ne peut être ébranlé que par le sophisme, et qui, eu, tombant, entraîne nécessairement toutes les réalités extérieures.

Quel service n'a donc pas rendu a la science le philosophe qui, dissipant le prestige d'une représentation illusoire, détruisit sans retour l'hypothèse de l’idée, et acheva d'arracher les vains appuis par lesquels la philosophie moderne espérait soutenir le monde, pour le rétablir sur sa hase naturelle! Reid est le premier qui ait dégagé la perception de la sensation qui l’enveloppe, et qui l’ait placée au rang de nos facultés primitives. Le règne de Descartes finit a Reid; je dis son règne, non sa gloire, qui est immortelle. Reid commence une ère nouvelle; il est le père de cette école célèbre, qui, libre du joug de tout système, ne reconnaît et ne suit d’autres lois que celles du sens commun et de l’expérience, où la sévérité des méthodes, le génie de l’observation intellectuelle, l’élévation des principes et des caractères, semblent héréditaires depuis llutcheson, Smith et Reid, qui se présentent les premiers, suivis deRcatlie eide Fergusori, jusqu’au métaphysicien illustre qui soutient aujourd’hui si dignement la haute réputation de leurs talents et de leurs doctrines, M. Dugald Stewart.

>ous sommes assurés qu’il existe un monde réel distinct de nous-mêmes : une de nos facultés naturelles, la perception, nous le persuade. A celle notion de l’étendue se rattachent plusieurs autres notions de la plus haute

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importance; je veux dire les notions de l’espace, du temps, de la snlistance cl de la cause.

Il n'y a rien, .Messieurs, au-dessus des »]ue.stions qui

s’ouvrent maintenant devant nous : si c’est la le déses-

poir de l’esprit luiinain, c’est la aussi son plus noble exercice, et la grandeur de la matière surpassi; encore sa dinicullé. Les questions de l’espace, du temps, des substances et des causes, sollicitent naturellement la curiosité de tous les bommes; il n’y a pas d’esprit Un peu noble qui ne se sente attiré vers elles par un cbarine secret et irrésistible, et qui n’aspire à percer leurs ténèbres majestueuses. Elles ont occu|>é les plus grands hommes depuis Platon jusqu'à nos jours ; elles ont fatigué le génie des modernes les plus illustres, de INewton et de Clarke, de Leibnitz et de Kant. .Mais le génie luimême est faible quand il veut franebir la borne des connaissances bumaincs. .\u lieu de rechcreber, avec le secours de la réllcxion, quelles sont dans notre entendement les notions dont nous avons parlé, trop souvent ils ont voulu savoir tpielle est la nature même de leurs objets, laquelle nous est profondément impénétrable, et ils se sont perdus dans des abîmes de controverses inutiles. Ceux qui ont évité cet écueil ont été se briser contre cet autre écueil de la philosophie moderne, célèbre par tant de naufrages, l’ambition du principe unupie. .Ainsi, dans la seconde partie de la question de la perception externe comme dans la première, nous retrouvons toujours la même source d’erreur; c’est toujours l’orgueil qui nous égare, l’orgueil si peu fait pour l’homme! Connaissons-nous nneux, et soyons moins té-

mcraires. C’est un délire quedcvoiiloirs’éleverau-dessus de l’humanilé; c'est un ridicule étrange que de vouloir substituer ses vues a celles de la nature. Abandonnons les questions insolubles; et celles que nous pouvons résoudre, ne tentons pas de les plier à la mènre explication.

Les questions de l’espace, du temps, des substances et des causes ont donné naissance a une multitude dr recherches intéressantes, mais dont il est impossible de vous parler ici dignement. Comment resserrer eu quelques lignes des discussions qui naturellement fuient toute limite, et qui, même ramenées h leurs légitimes bornes, sont encore si vastes et si compliquées? .A’e pouvant donc vous présenter que des discussions superlicielles, j’aime mieux les écarter tout ii fait; et sans essayer de soulever le pesant fardeau des difficultés et des disputes (jue les siècles et les écoles ont entassées sur- CCS grands problèmes, je me contenterai d’indiquer les solutions que j’adopte, et de parcourir cbacunc des notions qui nous occupent, en les marquant des traits principaux qui les caractérisent. Si cette analyse est exacte et fidèle, malgré sa rapidité, elle atteindra le but que je me suis proposé.

L’étendue que la perception me révèle dans l’opération (iii toucher estime étendue limitée et contingente ; mais, il l’occasion de celle-ci, je conçois et il m’est impossible de ne pas concevoir une étendue immense, dans laquelle je suis forcé de placer tous les corps que mes sens aperçoivent et tous ceux que mon imagination peut fomier; étendue impérissable, que la pensée même ne peut détruire, qui survivrait à l’anéantiissement de l'univers, et,

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