‹ Premiers essais de philosophieChapitre 51 sur 59 · DE LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE' 3IU · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE' 3IU

un certain point, ne les résolvent d’une manière ou ‘ d’une autre.

Une doctrine s’est élevée au milieu du dernier siècle, vaste comme la pensée de l’homme, brillante comme l’espérance, accueillie d’abord avec enthousiasme, aujourd’hui trop délaissée, et qui sera toujours l’asile des âmes d’élite. Turgot, qui apporta parmi nous la doctrine de la perfectibilité humaine, l'introduisit sans l'établir ' ; et quant a l'homme célèbre qui, sous le glaive révolutionnaire , y trouva la consolation de ses derniers moments, ses pensées, consacrées en quelque sorte par la religion de la mort, sont plus hautes qu'exactes, et résisteraient mal a un examen un peu sévère. Condorcet ne connaît point assez les faits passés, et il les jette aisément dans des classifications arbitraires que briserait la moindre critique. L’objet qu’il assigne aux poursuites et 'a la marche du genre humain se ressent de la triste philosophie de sou temps : ce but est presque tout matériel, en même temps qu’il est chimérique. Condorcet nous promet une vie plus longue sur la terre ; mais ce n'est pas la durée, c’est la dignité de la vie qui en fait le prix, et l'immortalité toute seule ne vaut pas une heure de vertu. Le bonheur n’est certes pas 'a dédaigner, il est permis, il est juste, il est nécessaire de le poursuivre; mais c’est le perfectionnement de noire être, de toutes nos facultés, surtout de nos facultés morales, qui est le vrai but de notre destinée. Voil'a la grandeur qui est le type do toutes les autres grandeurs ; voil'a la »

' Sur Tiirgol, roye* plus haul, p. 140, clc., el n' série, t. 1'% leçon xi*'.

loi suprême sur laquelle se mesurent et s’apprécient tous les mouvements humains, le Hl qui nous peut conduire dans le labyrinthe de l'histoire, l'étoile qui éclaire et guide l’humanité

DES KELIGION8 DE LÀ :IATUHE.

Les premiers regards de l'homme sont pour la nature, pour cette nature tour 'a tour gracieuse et terrible, <pii fait une si grande partie de son bonheur et de sa misère, et influe si puissamment sur sa destinée. C'est l'a d'abord que l’homme trouve Dieu. Plus tard il le trouve aussi dans sa pensée, dans les grandeurs qu’il y découvre, dans l'idéal sublime qu'il y entrevoit. Mais la religion de l’esprit est nécessairement précédée par les religions empruntées au spectacle de l'univers.

Dans le premier âge du monde, l'homme ne cherche pas Dieu par del'a scs signes visibles. Le signe lui est la chose signiliéc. Tout phénomène qui le frappe lui est Dieu. 11 adore les forces diverses qui agissent sur lui, et il les considère non pas comme les ministres de la toute-puissance divine, mais comme cette toute-puissance elle-même. Tout faible qu’il est, et précisément à cause de sa faiblesse, il aspire k communiquer directement avec Dieu. Pour n’avoir pas d’intermédiaire

■ On trouvera un jugement plus dévcloppd sur l’ouvrage de Condorcet dans la leçon i laquelle nous avons déjà renvoyé.

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