‹ Premiers essais de philosophieChapitre 53 sur 59 · DES BEUGIOUS DE EA NATURE · texte numérisé non relu

DES BEUGIOUS DE EA NATURE

l’autorité de la famille ou de l’État, voil'a les rites domestiques et les cultes publics.

Rien de mieux assurément ; mais on ne s’est pas arrêté là : non content de prier et d’invoquer les dieux, on a voulu les entendre et les voir ; et de l’invocation on est aisément passé à l’évocation.

Les dieux de l’Olympe composaient entre eux une hiérarchie. Quand on s’était assuré la protection d’une divinité supérieure, on avait par son entremise le secours des dieux subalternes; on pouvait ainsi obtenir l’accomplissement de ses désirs. Pour cela il fallait offrir des présents, il fallait au moins adresser des prières. Quand on prie, on a le désir et l’espoir d’obtenir ce qu’on demande. Ajoutez à ces sentiments naturels le travail de l’iinapination. L’homme demande à son Dieu de lui dévoiler l’avenir; en lui demandant une réponse, il la fait à peu près lui-même, et il se persuade qu’elle lui vient d’en haut; le voil'a inspiré, le voilà prophète. Par une illusion semblable, quand on éprouve Tardent désir de voir un objet absent, l’imagination, enflammée par le cœur, nous représente cet objet, et Ton croit voir et toucher sa propre création. C’est une crédulité toute naturelle; il ne faut pas mettre à sa place de grands calculs, une savante hypocrisie. Le premier qui a fait des miracles, prédit l’avenir, révélé les volontés d’un Dieu, a été dupe de lui-même; il était de bonne foi, et c’est de Ta qu’il tirait son empire. Il parlait ’a des lionimes semblables 'a lui, remplis des mêmes besoins, imbus de la même foi. Sa confiance en lui-même s’en augmentait, et sa force augmentait avec .sa confiance ;

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il était et il se sentait l’interprète et le reprëseniaut de l'esprit des peuples.

Quand une fois on entend les dieux, on peut bieu les voir; et bientôt ou croit pouvoir en procurer la vue a certaines conditions. et à l’aide d’un appareil mystérieux; de là les rites et les cérémonies de l’évocation.

C’est vers la fin du paganisme que l’évocation s’introduisit ou plutôt se dévelopi*a au sein des religions de la nature, qui recueillaient et associaient toutes leurs forces pour prolonger leur agonie. Du mélange fanatique des vieilles traditions de l’.Asie avec les restes d’un paganisme corrompu, se forma dans Alexandrie une secte de théurgie et de magie qu’il ne faut pas confondre avec la philosophie d’Alexandrie, bien que celle-ci ait avec elle plus d’une triste ressemblance. La secte théurgique dont je parle ici naquit du désespoir de l’esprit antique au spectacle de la religion populaire expirante et des progrès toujours croissants du culte nouveaii. Le christianisme éclatait par des miracles; le paganisme voulut avoir les siens. Telle fut la théurgie d’Apollonius de Thyane. 11 faut voir dans les auteurs de ce temps ce qu'était devenu le paganisme philosophique, pour comprendre de quelle folie le christianisme délivra le monde en substituant à des cultes épuisés qui, après avoir été un progrès, étaient devenus un joug insupportable et un obstacle à tout progrès nouveau, un culte épuré, une religion d’intelligence, un Dieu en esprit et en vérité

' Vüvcz le cours (le 1818, Irçon V, e( Fbaomknts drii.o»

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(l'esl une erreur grave de confondre l’iiisioire de la philosophie avec celle de l'esprit humain et de l’humanité. En effet, toutes les pensées ne sont point des pensées philosophiques, a proprement parler, ni dans l'espèce ni dans l’individu. L’homme individuel pense de bonne heure, et ses facultés, dans leur culture la plus imparfaite, portent déjà des idées et des croyances de tout genre. Rien ne lui manque, dans son premier élan, pour atteindre la vérité, ni en lui, ni autour de lui, ni au-dessus de lui. Le monde existe. Dieu existe ; l’homme le sait, et se sait lui-même, s’il possède une seule idée. En contact avec toutes choses, l’instinct intellectuel dont il est doué s’applique ’a tout et va d’abord aussi loin qu’il ira jamais. L’homme, il est vrai, ne débute point par poser des problèmes et par essayer de les résoudre : il voit, il sent, il conçoit et il croit, et dès le premier jour son intelligence se développe de la manière la plus riche et la plus féconde ; mais ce développement est tout spontané. Plus tard vient la réflexion, et avec elle la philosophie. Tandis que l’activité spontanée de l’intelli- «gence se mêle et s’identifie avec les objets auxquels elle s’applique et se teint pour ainsi dire de leurs couleurs, l’activité réfléchie s’en sépare, rentre en elle-même, et là, se prenant comme objet de son action, se demande pompte de ce qu’elle a pensé, comment et pourquoi elle

pense, convertissant en problème ce qui naguère était un fait, procédant avec méthode, quand auparavant elle obéissait à l’instinct, substituant k l’inspiration immédiate des conceptions progressives, et des systèmes aux croyances naturelles. En un mot, la réflexion crée la science où la spontanéité avait produit la foi. C’est la dilîérence de l’abstrait au concret, de l’analyse à la synthèse. Or on ne peut nier que l’abstraction ne soit nécessairement précédée par une opération différente d’elle, que la synthèse ne soit antérieure à l’analyse, et que la foi n’ait devancé la science. La philosophie, lille de la réflexion, est donc un développement ultérieur de l’esprit humain, auquel sert de point de départ et de base un premier développement tout à fait distinct du second, au moins dans la forme. C’est ainsi que se passent les choses dans l'individu ; elles se passent de même dans l'espèce. L'a aussi une révélation immédiate découvre 'a l'intelligence les secrets des êtres, l’éclaire comme d’en haut de lumières admirables, et tout d’abord y appose le sceau des vérités éternelles. Antérieurement a tout système, le genre humain pense, et, par les forces dont il est doué, atteint de lui-méme et spontanément les vérités essentielles, sans le secours tardif de la réflexion et des philosophes. Cette distinction est de la plus haute importance; elle relève la nature humaine, et met déjà de la lumière et de la grandeur autour, de son berceau, en même temps qu’elle laisse paraître un progrès régulier dans sa marche *.

' Sur celle dislinclinn os<cnliellc, voyez plus liaul, cours île 1811!, p. 179-182, el cours de 1817, p. 244, surtout p. 250-258.

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