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COMMENCEMENT DE I/HIST. DE LA PHILOSOPHIE

riche et puissante qui a précédé l’âge de la réflexion et de la philosophie. Dans l’Orient, tout est illumination, vue immédiate, dogme, symbole, mythologie. Sans doute il ne faut pas croire que toute réflexion et toute philosophie ait manqué à l'Orient. D'abord la chose est en soi impossible, ensuite les faits prouvent le contraire ; mais il est certain qu’en général, dans cette première époque du monde, il faut moins chercher des systèmes philosopliiqucsquedes religions. L’intelligence, à son aurore, a déjà tout entrevu, mais à travers un nuage ; et, trop faible encore pour se soutenir contre ces intuitions puissantes, elle s’y abandonne, sans oser ni sans pouvoir les soiimettrcà l’examen et à un jugement méthodique. L’humanité joue alors, en quelque sorte, le moindre rôle dans ses propres conceptions. Gigantesques et démesurées dans leurs objets, elles accablent l’âme humaine au lieu de l'élever et de l’alTranchir. Ce grand univers, et le Dieu <pii est partout, laissent encore trop peu de place dans l’esprit de l’homme à l’homme lui-même. La pensée a déjà une portée immense, mais peu de liberté; et c’est précisément la liberté qui constitue la philosophie. Aussi jetez un coup d’æil sur les monuments qui subsistent de ces vieux âges, vous n’y découvrez guères le mouvement original d’une pensée particulière , mais l’empreinte d’une idée sans nom et presque sans date, si mystérieuse dans son origine, si imposante dans ses formes et dans tout son aspect, que même, à la distance de tant de siècles, la pensée individuelle ose h peine s’y appliquer avec les procédés modernes, l’examiner et l’analyser comme le résultat d’une pensée semblable ii |a nôtre,

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Le philosophe se sent en présence d'un monde qui n’est pas le sien, et qu’il ne peut comprendre qu’a la condition de déposer toutes ses habitudes et de ressaisir, dans le silence de la réflexion, ce sens de l’inspiration qui seul peut nous révéler le secret de la haute antiquité et des inspirations primitives. L’Orient, avec ses religions, son symbolisme universel et ses formidables sacerdoces, appartient au mythologue plus qu’au philosophe. Le philosophe fera donc'bien de s’arrêter peu a l’Orient, et de se transporter d’abord en Grèce, puisque c’est surtout avec la Grèce que commence cette énergie individuelle qui ose regarder en face les dogmes régnants, cette libre réflexion qui fait abstraction de toutes choses, hormis d’elle-même, et se prend elle-même pour son point de départ et sa règle unique, c’est-àdire la philosophie.

DB l'hktoibe de la philosophie.

Que toutes les écoles philosophiques peuvent .se ramener à celles de Platon et d'Aristote.

On peut résoudre le problème du principe des con- • naissances humaines par la raison ou par l'expérience De là deux écoles rivales que représentent excellemment sur la scène de l’histoire Platon et Aristote. Platon est tout entier dans la théorie des idées ; il s’élève sans cesse à l'idéal en toute chose. Ce qui passe ne lui est de rien : il emporte les faits sur les hauteurs de la pensée. Obser-

1)E L'IIISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE c55

valeur exact, Aristote induit scrupuleusement ses principes de faits qu’il constate; et il s'enferme dans l’enceinte du monde. L’Académie et le Lycée contiennent toutes les autres écoles : elles ont partagé l'antiquité et le moyen âge, et leurs doctrines, diversement accueillies selon les temps et les lieux, composent l’iiistoire entière de la pliilosopliie. Peut-on faire un plus grand éloge de ces deux hommes que de pouvoir dire avec vérité que, pendant deux mille ans, l'esprit de leurs semhlahles a marché sur leurs traces, et n’a guère eu d’autre honneur (|ue celui d’entrer plus ou moins profondément dans leur pensée? L’éloge est immense, mais il est incontestable. Platon est un père de l’Eglise; il règne longtemps à Alexandrie cl a Constantinople. Aristote réparait et relleurit sous les Arabes, cl donne naissance à la scholastique. On n’étudiait guère alors que la logique. Les grandes discussions avaient cessé, cl, dans ce silence du génie sur les hauts intérêts de la science, on n’entendait que le bruit sourd et confus de la dialectique péripatéticienne , dégradée par toutes les petites inventions du bel esprit aralie et de la subtilité monastique L (Cependant la question fondamentale reparaît, avec les deux doctrines rivales, dans la célèbre et féconde (pierelle des réalistes et des nominalistes. Au renouvellement des sciences, (piand l’antiquité fut mieux étudiée, Platon et Aristote partagèrent encore les esprits. Aristote est expliqué par Georges de Trébisonde;

' \ oycz sur la pliilosopliie du moyen âge des jugements moins sévères, !!• série de nos coure, t. H, Icç. is, cl suiloul FiiAonrsTs i iiiLosuraïQiKS, l, II, Vhitosaphie sc’iolattique.

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Flalon a pour lui Bessarion et d'autres noms célèbres. Tel était l’état de la philosophie quand Bacon et Descartes parurent.

Entin voici deux hommes de génie depuis Platon et ■Aristote; l’espace intermédiaire est rempli par "des beaux esprits ou par des moines. Si on me demandait quelle est la philosophie de Bacon, je me tairais par respect pour ce grand homme, on je dirais qu'il n’en a point eu. Son but n’était pas d’introduire tel ou tel système, mais la méthode générale qui peut conduire 'a la vérité. Un orateur philosophe a comparé Bacon à une de ces statues qui, placées sur les grandes routes, enseignent par où il faut marcher, mais qui restent immobiles; et Bacon dit lui-méme : « Je ne me propose pas d’éclairer tel ou tel endroit du temple ; je veux allumer un grand llambeau qui illumine tout l’édifice. )> On ne peut pas dire l’école de Bacon, parce que Bacon n’a point en de doctrine qui ait trouvé des disciples et des propagateurs ; toutefois on peut dire que Bacon, sans enseigner un système, recommandant sans cesse l’expérience, engage ’a expliquer tout par elle ; et sous ce rapport il est le chef d’une école particulière, et lui-méme ai.>partient à celle d'Aristote. Aristote était resté vainqueur. Descartes arrive, (jui lui arrache la victoire. Mais qu’a fait le glorieux fondateur de la philosophie moderne’? sans s’en douter, un commentaire de Platon, au point de vue de la science nouvelle. Les types primitifs sont remplacés par les idées innées. I/Âcadémie se relève, et compte d’illustres et nombreux disciples, Aiv nauld, Malebranche,B4)ssuet, Fénelon, et presque tout le

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