‹ Premiers essais de philosophieChapitre 8 sur 59 · I.OC.KE * ET 1<E11KKI.EY · texte numérisé non relu

I.OC.KE * ET 1<E11KKI.EY

On rencontre dans Locke un passage qui semble établir le moi delà manière la moins étpiivoipie. Ue dement humain, liv. IV, ch. ix, j; 111 : «Pour ce qui est de

‘ Ainsi, (Ks le flébiil de noire enseignement nous nvons réhabilité, non pasic système cnlier, mais ic principe du syslènic de Hescartes méconnu à la fois par ses parlisaiis tl par ses adveisaires. îious avons développé et éclairci ces premières vues, en 1810 cl IS^O; nous avons «loiiné, en 182'*, une édition nouvelle et complète de ce père de la vraie pliiloso— phic française ; nous avons exposé sa méthode, scs idées fondamentales, la suite cl l’ensemble de ré*cole cailésiennc, cours tic 1820, leç. xi*^; cnfii\, dans les Fragments miiLOsoruiQüF.s, Philosophie niot/frue. cl particulièrement dans les Fruqmenlt de phiîosojfhie carfésienne, nous avons mis au jour plus d'un monument du cartésianisme, jusqu’alors enseveli dans la poussière. dc.s bibliothèques.

* On trouvera un examen plus étendu de la philosophie de Locke, d’abord daP la l'Meçon du cours de 1810, et surtout dans les leçons de 1829.

LOCKE ET BERKELEÏ

notre existence, nous l’apercevons avec tant d’évidence et tant de certitude, que la chose n'a pas besoin et n’est point capable d’être démontrée par aucune preuve. Je pense, je raisonne, je sens du plaisir et de la douleur; aucune de ces choses pent-elle m'être plus évidente (juc ma projue existence? Si je doute de toute autre chose, ce doute même me convainc de ma propre existence et ne me permet pas d’en douter; car, si je connais ' que je sens de la douleur, il est évident que j’ai une perception aussi certaine de ma propre existence que de l’existence de la douleur que je sens; ou si je connais qilc je doute, j’ai une perception aussi certaine de l’existenco de la chose qui doute, que de cette pensée que j’appelle doute. C’est donc l’expérience qui nous convainc (juo nous avons une connaissance intuitive de notre existence et u.ie infaillible perception intérieure (pie nous sommes ipielque chose. Dans chaiine acte de sensation, de raisonnement ou de pensée, nous sommes intérieurement convaincus en nous-mêmes de notre propre être. »

Ce passage est évidemment inspiré par Descartes. C’ost le même argument, ce sont presque les mêihes termes cpii se trouvent dans le Discours de la Méthode et dans les Méditations, ülalheurensement ce passage qui reconnaît: si bien le moi, ne l’établit (juc sur une théorie qui, sérieusement examinée, le détruit.

Selon cette théorie célèbre, nous ne sortons jamais de nous-mêmes: nous n’apercevons directement ni les substances ni leurs (lualités ; les seuls objets des perceptions de l’esprit, ce sont ses pensées; toutes nos connais-

PnEMIEnS ESSAIS — A.V.NÉE 1810

sances roulent sur nos idées; liv. IV, ehap. i", § 1, />e la Connaissuuce' .

Là où il y a idée, la seulement il peut y avoir connaissance; mais à (piellc condition y a-t-il connaissance certaine? Quel est le procédé qui nous jlonne et qui nous garantit la certitude? Où est pour nous la source et la marque de l’évidence, ce critérium du vrai, objet éter- ' nel des vœux et des poursuites des philosophes ? Locke le trouve dans un rapport de convenance ou de discoiivenance entre deux idées.

» Mais il y a deux manières de percevoir un rapport. On peut le percevoir immédiatement ou par l'entrcmisi! d’un troisième terme, qui sert de mesure commune. Cette dilïérentc manière de percevoir un rapport distingue la certitude en dcmionstrative et en intuitive.

Selon Locke, nous avons une connaissance intuitive de notre existence ; nous la devons donc il une perception immédiate d’un rapport de couvenancc entredeux idées.

J'existe. Pour que cette proposition soit vraie d’une vérité intuitive, il y iaut trois conditions : 1° deux idées préalables, qui forment les deux termes du rapport : 2" la perception d’uq rapport de convenance; ô” que cette perception soit immédiate.

D’abord quelles sont ici, dans cette proposition,j'existe, les deux idées préalables appelées a former les deux termes du rapport? c’est l’idée de je ou moi d’un côté, et de l’autre l’idée d'existeuce.

* Toute rar"iimcnlalion qui suit est reproduite, échircic et développée dans l'examen spécial et détaillé de la doctrine de Locke, t. III, de nos leçons de i 82 y, xxi*, xxn* cl xxju* leçons.

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