LOCKE
N’oublions pas que nous cherchons l’existence personnelle. Si nous la cherchons , nous supposons que nous ne la possédons point ; et si nous la cherchons dans une perception de rapport, dans le rapprochement de deu.K idées, nous supposons qu’elle n’est renfermée ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux idées,, prises séparément; c’est-à-dire, en termes philosophiques, que l’une et l’autre de ces idées sont à nos yeux des idées * abstraites.
Tel est le principe nécessaire de la théorie de Locke. D’abord il porte sur un lait faux et opposé à l’expé* rience. 11 est manifeste que l’esprit humain ne débute pas par des idées abstraites, que ce n’est pas à l’aide d’abstractions que nous trouvons la réalité, et la première de toutes les réalités, celle que nous sommes, et que c’est, au contraire, à l’aide d’existences réelles préalablement connues que nous formons des abstractions. La théorie de Locke est donc frappée de ce- premier vice, qu’elle ne reproduit pas le procédé naturel de l’esprit humain. Il y a plus ; cette théorie n’exprime pas seulement un fait faux, mais un fait impossible ; car il est évident que si nous cherchons l’existence sur le chemin des abstractions, nous ne l’y pouvons rencontrer, et que nous aurons beau tourmenter mille idées abstraites, nous ne leur arracherons jamais 1a réalité qu’ils ne contiennent pas.
Quand même l’existence pourrait être le fruit d’une comparaison entre deux idées abstraites, celte comparaison est ici impossible ; car toute comparaison suppose deux termes ; et ici il n’y a pas deux termes, les deux
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Uunies supposés se confoiulaiil réelleinenl en un seul. Enell'el, les ilcu.v idées abstraites <|ue Locke peut ici comparer sont, d'un côté, l'idée je ou moi, et de l'autre, l'idée d'exi's/e/ice. Or, aussitôt qu'on l'ait du moi une idée abstraite, on l'anéantit. Le moi est tout entier dans son existence individuelle ; moi et abstraction -sont deux termesqui se contredisent, le moi emportant l'existence, et l’existence individuelle. Il ne reste donc 'a la place du moi que l'idée abstraite d'être ; et comme celte idée est la même que celle d’existence, il n'y a |)Ius qu'un seul terme, et par const'-quenl il n’y a plus lieu a comparaison ; il n y a plus de perception jK>ssible de rapport, ni médiale ni immédiate.
Voulez-vous être moins rigoureux, et supposer ici deux . termes : quels seront-ils'i' Ce ne seront pas deux idées abstraites, parce qu’elles seraient incapables de fonder aucune réalité; il faut donc que ce suit d'une part l’idée du moi, de latpielle il s’agit de savoir si elle est vraie, en la comparant, avec quoi'/ Avec le moi lui-même, second terme nécessaire du rapport. Mais dans la philosophie de Locke nous n’abordons jamais les choses en ellesmêmes, nous n’allons jamais jusqu’aux objets, nous nous arrêtons toujours aux idées; toute connaissance immédiate est essentiellement idéale. (Juanddonc Locke s'impose la nécessité de comparer l’idée du naoi avec le moi réel, il contredit le principe de son système, et se joue lui-inémc de sa philosophie.
Mais supposons que les lois de son système ne s’opposent pas à celte comparaison, colles de l’esitrit humain résistent. IN’ous ne pouvons pas amener l’esprit
LOCKK
SOUS ses propres yeux, nous n'atteignons pas directenienlle moi, mais seulement ses qualités; nous le concevons, nous croyons 'a son existence, mais il ne tombe sous aucune de nos prises : il ne peut donc constituer l’un des deux termes de la comparaison, si ces deux termes doivent être immédiatement pei(,us.
Ainsi on ne peut comparer le moi réel et l’idée du moi. De plus, quand cette comparaison serait possible, il est clair qu’elle renferme une pétition de principe. Car que cherchons-nous’? notre existence : mais, je le répète, si nous la cherchons, il faut supposer que nous ne l’avons pas ; si nous la cherchons dans une perception de rapport, il faut supposer qu’elle n’est pas déjà contenue dans l’un ni dans l’autre des deux termes. Or, ici, l’un des deux termes la contient, car l'un de ces deux termes est précisément ce moi réel que nous cherchons.
Pressé entre toutes ces diflicullés, Locke est réduit ’a tirer le moi de la seule idée du moi, et il a recours pour cela ’a la théorie de la représentation. Il prétend que, de même que l’idée d’une copie suppose l’original, de même Pidée du moi suppose le moi lui-même.
5lais pourquoi toute copie suppose-t-elle l’original? Parce (jue la copie le représente. Pourquoi la copie représente-t-elle l’original? Parce qu’elle lui est conforme. Vérilions toutes, ces métaphores en les appliquant a l’idée du moi et au moi lui-mêmec
Si l’idée du moi peut donner le moi, c’est que l’idée du moi le représente, lui est conforme. Mais d’abord il est démontré que l’idée ne ressemble qirà une idée, et que l'idée représentative du moi est une chimère.
Mettons que cette théorie soit aussi exacte qu’elle l'est peu ; je prétends encore qu’elle renferme une pétition de principe: car, si l idée du moi représente le moi, pour savoir qu’elle le représente, il faut que nous sachions qu’elle lui est conforme; et pour que nous sachions qu’elle lui est conforme, il faut que nous connaissions le moi préalahlement. Or, je le répète, nous cherchons le moi, il ne faut donc pas le supposer ; nous le cherchons dans la conformité de l’idée du moi avec son objet ; mais la connaissance de cette conformité suppose la connaissance préalable du moi, sanslaquelle cette conformité ne pourrait être reconnue. Nous avions donc ce (pie nous cherchions, nous possédions le moi, et c’est h l’aide de cette connaissance que nous pouvons admettre ou rejeter la conformité de l’idée; au lieu que d'après Locke ce serait la connaissance préalable de la conformité (le l’idée et de son objet qui nous devrait révéler la réalité même de cet objet.
Égaré sur la route des abstractions, Locke tombe nécessairement dans le scepticisme, mais il y tombe sans s’en apercevoir; car Locke croit à l’existence personnelle, en dépit de sa théorie de la certitude, en dépit de son système de la sensation et de la réflexion comme sources uniques de la connaissance; il croit au moi, mais il n’a pas le droit d’y croire ; le scepticisme est déjà dans ses principes; il n’attend pour en sortir que des esprits plus hardis et plus fermes qui osent ou qui sachent l’en tirer. Cés esprits audacieux se sont trouvés : vous comprenez que je veux parler de Berkeley et de Hume.
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nfrnKELEY
Reid est le preniier qui ait fait voir dans Berkeley et dans Hume des disciples lidèles mais sévères de Locke, et qui ail prouvé que les maximes les plus célèbres de Hume et de Berkeley sont des conséquences nécessaires de la théorie des idées. 3Iais, selon nous, Reid a eu tort d’accuser Berkeley de n’avoir pas été aussi loin que Hume en partant des mêmes principes , et de n’avoir pas détruit l’esprit au même titre qu’il détruisait la matière.
Voici en effet l’argument de Berkeley contre la matière : Nous ne connaissons, dit-il, que des idées, et nous ne pouvons connaître la matière que par leur moyen. Or, comment les idées nous feraient-elles connaître la matière? A celte condition qu’elles la représentent, et quelles lui soient conformes. Berkeley, avant Reid, détruisit aisément le prestige de cette représentation et de celte conformité, en prouvant que les idées ne peuvent ressembler qu ”a des idées, et que. par conséquent, il n’y a rien en elles qui ressemble à ce qu’on appelle Ja matière. C’est ainsi qu’il démontre que la matière n’est pas. Cette démonstration était si aisée, que Reid, en parlant de la doctrine de Berkeley, remarque avec raison qu’il y a beaucoup moins de force ’a l’avoir su tirer des principes de Locke, que de courage a avoir osé produire au grand jour une doctrine si évidemmerrt contraire au sens commun.
Maintenant cette argumentation pouvait-elle se tourner contre l’esprit? Pas le moins du monde; car Berkeley n'admet pas l’esprit sur la foi d’une idée qui le re présente et lui est conforme. C’est d’une tout autre
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manière (jiio Berkeley coneint des idées ii l'esprit. 11 ne recoiinail que des idées, et ces idées n'onl d'autre e.\islence que la possibilité d’élre a|K'rrues: ce sont des perceptions; or, des perceptions n’e\istent que dans un être qui perçoit; cet être (|ui perçoit les idées, c’est l'esprit.
Berkeley ne nie pas la loi <iui nous fait conclure des modes au sujet ; mais il prétend que les modes dont il s’agit n’ont pas de sujet matériel, et que ces modes, étant nos idées, nos perceptions, n'attestent autre cliose qu’un être percevant, qui est nous-même.
Ce n’est pas tout ; non-seulement la loi des substances est reconnùe dans Berkeley, mais sans elle tout son système tombe en ruine.
Mais H y a ici une double dil'liculté. Il faut vous exposer le système de Berkeley en lui-même , et aussi vous prouver que ce n’est pas là une invention de mon esprit. Pour ne pas trop fotiguer votre attention en lui imposant ’a la lois ces deux dillicultés, je les diviserai : j’exposerai à ma manière le système que j’attribue à Berkeley; je ne chargerai mon exposition d’aucun texte, me réservant ensuite de vous montrer que le système exposé est bien réellement celui de l’évêque de (doyne.
J’irai plus loin ; je supposerai qu'après avoir lu les objections qu’on lui a faites Berkeley vient en rendre compte et se justilier. Et vous, je vous prie, supposez de votre côté (ju’il se contente pour cette fois du langage austère delà raison, et qu’il écarte cette éloquence et ces grâces qui lui mériteraient déjà le nom du Platon, ou du moins du Malebranche de l’Angleterre, quand son
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système ne reproduirait pas en partie celui du philosoplie français.
« Je n’aperçois dans la pliilosopliie de mon temps, vous dirait üerkeley, que l’athéisme et le matérialisme. Je viens défendre la cause de Tàme et de Dieu, de la vertu et de la vraie science, contre ces doctrines impies et extravagantes, en leur substituant une doctrine qui établit, d’une manière aussi facile que sûre, l’cxistenci* de Dieu et l’existence de l'ânie.
« Pour élever un système, il faut deux choses : des matériaux et un instrument.
« D’abord quels sont mes matériaux ‘i Je ne cherche l)ointà innover; je prends mes principes dans l’école régnante.
« N’est-il pas convenu que les objets de l’esprit, dans la connaissance, sont des idées? Locke ne pose-t-il pas ce principe, que l’esprit n’aperçoit immédiatement que ses propres pensées? (’e principe est universellement admis ; je l’adopte ; je ne demande pas d’autres éléments, d’autres matériaux que les idées.
« Mais avant de vous montrer comment, avec ces simples matériaux, j’élève tout l’édilice de la connaissance, permettez-moi d’examiner comment, avec ces niêmes matériaux, vous avez élevé le vôtre.
« Selon vous, la plus certaine connaissance, celle dont vous faites le plus de bruit, celle avec laquelle vous détruisez toutes les autres, est la connaissance d’un certain être que vous appelez la matière. Si vous connaissez cet être, vous ne pouvez le connaître que par l’intermédiaii’(! des idées ; car l’esprit n’aperçoit immédiatement
l'IlEMlKRS ESSAIS. — ANNÉE 181C
(|uc les idées. Or, je soutiens qu’en partant de ce principe vous n’arriverez jamais légitimement a la matière.
« J’ai des idées, je puis, quand il me plaît, en les examinant, m on rendre compte. Je vous avoue (|ue j’ai beau les examiner, je n’aperçois dans mes idées que des idées, et il m’est impossible de rien découvrir derrière elles.
« Mais, dites-vous, ces idées .sont des copies, et toute copie suppose un original. C’est là une métaphore. Quand j’ai vu un tableau et que j’en vois un autre qui lui ressemble, je puis dire de ce dernier qn’il est la copie d’un original; mais si je n’avais vu qu’un seul tableau, pourrais-je soupçonner qu’il peut avoir un original que je ne vois pas, à moins qu’une main supérieure, dont l’autorité soit incontestable, n’ait mis au bas que c’est une copie '!
« Mais quand je supposerais que l’idée représente un original, que nous ne voyons pas et qui est caché à nos yeux ; quand je supposerais que l’idée a la merveilleuse propriété de nous révéler qu’elle n’est qu’une copie, comment expliquer le secret de cette représentation ? On ne représente qu’à titre de conformité. Si l’idée représente un objet, c’est ipie l’idée lui est conforme. Quoi de plus absurde qu’une idée toute spirituelle représentant un être qui est matériel 1 Mais si ridée n’est pas conforme à l’objet, elle ne le représente donc pas; et si elle ne le représente pas, elle ne peut nous en donner aucune conrtaissance certaine.
« Mais quoi, dira-t-on, vous anéantissez la substance matérielle? Que veut dire ce mot substance? c’est le
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soutien et le sujet de qualités ; or, en partant de la théorie des idées, j’ai aisément détruit toutes les qualités que vous attribuez au\ corps; d’où il stiit que chercher la substance des qualités, après avoir prouvé que les qualités n’existent pas, c’est chercher la substance de rien. Faites bien attention ’a ceci : je ne nie pas la loi qui nous lait conclure des qualités au sujet ; mais, ayant nié les qualités dont vous parlez, je ne puis admettre letir sujet: ainsi, ni les qualités n’existcnl, ni, a plus forte raiSon, le sujet qui les soutient.
« On ose accuser ma philosophie d’être une |)hiIosophie sceptique. Je soutiens qu’au contraire c’est la vôtre qui pousse au scepticisme; car, ne permettant d(i croire à la réalité extérieure qu';^u prix de plusieurs absurdités systématiques, elle condamne à la nier; la mienne n’admet, il est vrai, comme la vôtre, que des idées, mais elle établit invinciblement les conséquences raisonnables et légitimes de ce principe qjii nous est commun.
« Je ne nie- pas qu’il n’y ait du blanc, du rouge, des couleurs, du mouvement, quel(|ue chose d’agréable et de désagréable ; mais je prétends <jué toutes ces choses ne sont qu’autant que nous les apercevons, c’esr-à-dlrc qu’elles ne sont pour nous que des idées.
« Ainsi, je ne nie pas l’existence extérieure; je nie seulement l’hypothèse d’un monde qui existerait indépendamment de nos pensées.
« Mais il ne me sulïit pas d’avoir détruit l’erreur ; mon but, comme je vous l'ai dit, est d’établir d’une manièr»! certaine et inébranlable Dieu et l’ânie humaine.
Ui
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« Si VOUS me dcmaiulez comment des idées seules je lire ces deux {{landes cei liludes, les deux vraies réalités, je vous dirai : Vous avez écrit (|uel(iuej)art celte plirase, dont vous n’avez su lirer aucun parti ; (jiiv r\(\êen existe (jueu tant quelle est ajierçiie. dette plirase se trouve dans le second livre de Locke et elle est répétée au (piatrièine.
n Savez-vous tout ce (jui est contenu dans celte |)io- . position? Elle suppose le principe (jui conclnl des qualités au sujet. EnelTel, direqueloiile idée n’existe qu'en tant (pi’elle est aperçue, n’est-ce pas dire en tant qu’elle est aperçue par uiÿ être capable de l’apercevoir?
« Si les idées n’exislcnl qu’en tant (ju aperçues par un être qui les aperçoit, l'a où il y a idée il y a un être apercevant ; or, j’ai des idées, il y a donc (pieUpie chose dans quoi elles existent et qui les aperçoit : ce t]uel(|ue chose, c'est moi. Ile l’existence des idées, je conclus l’existence certaine d'un sujet (]ui les aperçoit Ce sujet est-il matériel? Oui, si les idées sont étendues et matérielles; non, si les idées ne sont pas telles, et elles ne , le sont point. Ce {pieh|ue chose (jui soutient mes idées, et (jiii n’est pas matériel, je l’appcMle esprit, âme.
« Voil'a donc ràmc humaine établie d’une manière aussi sûre (pic facile. E'âme humaine est le sujet de mes idées ; mes idées me sont connues par une intuition directe, cl, du moment que je connais ces idées, il m’est impossible de ne pas cônclure que je suis leur .soutien, leur substance.
Il Celle explication si simple dn i)rincipe des substances révèle infailliblement l’âme humaine. Cm' autre
lîKIlKlM.EY
application du mémo principe révèle aussi certainement Dieu.
« Examinons comment nos idées existent en nous. Sommes-nous maiircs de toutes nos idées? pouvonsnous a volonté rai)peler celles-ci, chasser celles-là, etc.? Mon, dans une foule d’occasions nous reconnaissons que telle ou telle idée nous arrive malgré nous. Ces idées n’existent qu’en tant qu’aperçues par mon esprit, et elles en sont pourtant indépendantes, pnisipi'elles me modifient malgré moi-méme.
« L’idée n’existe qu’en tant qu’aperçue. Or, si celles que j’a|>erçois et qui sont mon ouvrage m’attestent l’existence de mon âme, celles que j’aperçois, il est vrai, mais qui ne sont pas mon ouvrage et qui ont une existence indépendante de moi, ne pouvant cependant avoir par elles-mêmes une existence indépendante, doivent dépendre d’un esprit, dont elles sont l’ouvrage et dans lequel elles existent. Ces .idées supposent un être qui est leur substance, comme je suis la substance de celles que je maîtrise, ipie je domine, (pie je modifie a mon gré. Cette substance de l'idée aperçue par moi, mais indépendante de moi, c.’est Dieu.
« J’ai donc établi Dieu, comme j’ai établi l ame humaine. Ces deux grandes vérités sortent de cette seule proposition, universellement reconnue, si féconde, .et (pii pourtant est restée stérile entre vos mains, à savoir: que l’idée n’existe qu’eu tant qu’aperçue.
« Remarquez bien le caractère des procédés (]ue nous venons d’employer. , . . .
« Nous ne percevons immédiatement que des idées ;
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or, les idées n’ont pas d’existence indépendante; donc (le ces idées je conclus a un sujet réel dans lequel elles existe.nl. Ce sujet, je. ne le connais pas; j’y crois sans le connaitre, sur la foi du principe des siihslances, sur la foi de cette proposition : ipic l’idée n’existe (|u’en tant (|u’aperçue. D’où il suit qu’imiiu'-dialement nous ne connaissons que des pliénoniènes. mais (|ue niédiatemenl et sur la foi d’un principe certain, inconleslaltle, nous atteignons la réalité.
« Ainsi l’àme existe ; son existence est invinciblement attestée par celle de ses idées.
« J’ai anéanti la matière, nous ne percevons que des id(ies, et tout ce (pie vous aviez attribué à la matière doit être attribué aux idées. Ouebpics philosophes avaient imaginé dans ce (pi’ils ai)|iellent la malÜTC deux sortes de qualités, les qualités premières et les ipialilés secondes. Celte différence est une illusion. Les qualiti's premières Ont le même caractère que les qualités secondes. Or, ([ucl est le caractère des ipialité's secondes’.’ Les (jualités secondes ne sont pour nous (|uc les causes in connues de nos sensations.
« Mais des causes, des puissances ne peuvent exister (pie dans un sujet; l'idée de cause, de puissance, suppose donc un être -puissant, soutien de toute cause, de toute puissance.
« Vous voyez combien ma philosophie est sinqile. Je me sers des éléments que vous m’avez fournis vousinêmes; et, après avoir montré que les connaissances (pie vous tirez de ces élémepts sont des chimères, j’en tire des connaissances certaines, Dieu et l’âme, a l'aide
BERKKLEY
(l’un principe, d’un instrument, que je liens de vous. Le scepticisme est donc détruit ; et les deux grandes réalités de la nature. Dieu et l’âme humaine, sont rétablies. »
Tel est le système de Berkeley : il supposel’idée comme élément et le principe des substances commè instrument. Il est parfaitement lié dans toutes ses parties. 11 reste à prouver qu’il appartient réellement a Berkeley.
Nous allons entrer dans des citations qui seraient bien arides si un vif intérêt ne s’attachait toujours a la recherche de la véritable pensée d'un esprit supérieur.
J’ai copié plus de cinquante passages de Berkeley qui contiennent le système que je vous ai exposé. Je ne veux pas vous mettre sous les yeux tous ces passages, je me bornerai aux plus importants.
Les deux ouvrages les plus connus de Berkeley sont : les Dialogues d'Hijlas et de Pbilonoüs, et Alciphron ou le Petit philosophe, dont on possède des traductions fran- (.-aises', qui sont bien loin de reproduire l’élégance de l’original anglais. Mais un des premiers et des plus remarquables écrits de Bérkdey est celui qui a pour titre : Traité concernant les principes de la connaissance hth maine, Treatise concerning lhe principles of tiuman
* Dialogues entre Hytas et PAi7onoü«, dont le but est de démontrer clcUrement la réalité el la {lerfection de l'entendement humain, la nature irirorpo^ relie de l'âme et la providence immédiate de la divinité, contre Jes sceptiques et les athées; 1 vol. in-12, Amslenhm, 1750. — Alciphron, ou le Petit philosophe, eu sept dialogues, à la suite desquels est une nouvelle théotie de la t*i- , non; 2 vol. in-12, La Haye, 1754. — On a traduit aussi les llecherches sw' les vertus de Veau de goudron, où l’on a joint des réflexions philosophiques sur divers autres sujets; 1 vol. in-12, Amsterdam, I7i5.
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knowled(je'. La forme on est pins syslématiqiie ; la pensée S V présente avec moins de grâce, mais avec pins de de netteté et de précision; c’est la surtout qu’il faut étudier lîerkelej. Ce traité, publié à Dublin en i7lU. excita la plus vive attention et commença la renommé<! de l’auteur; malheureusement il n’a pas été traduit en français, et il est.presque inconnu parmi nous.
Il y a une très-forte ressemblance entre les premières lignes de cet ouvrage et celles du premier écrit de t.oiidillac. Les deux auteurs posent également eu principe que l'esprit humain n’aperçoit immédiatement que ses propres idées. t]ondillac commence ainsi sou ouvrage sur VOri(jiiie des connaissances humaines : « Soit que nous nous élevions dans les cieux, soit que nous descendions 'dans les abîmes, nous ne sortons jamais de nous-méme, et c’est toojoui’s notre propre pensée que nous apercevons. »
Voici le premier paragraphe ih; l’ouvrage de berkeley; « Il est évident U tout homme qui examine attentivement les objets de la connaissance humaine, (|ue ces objets sont des idé(!s, quelles qu’elles soient, et quelle que soit leur source. »
Avec les idées, berkeley n’admet que l’esprit.
Paragraphe II : « Outre les idées ou objets de connaissance, il y a un être réel qui les perçoit;. cet être percevant est ce que j’appelle intelligence, esprit, âme o« moi-même, par Icsijuels mots je n’entends plus une
* Voyez les Œuvres de Berkeleÿ; ihe Work* of Georg» B:rUti$y^ D. Ü. late Biabop of Cloijne in Irehndf 3 vol. in*4“, réimprimés in-8* à I «ondres^ 1820.
BtRKDLEY
idée, mais mi être enlièremenl difTcrent d’elles et où elles exislent, c’est-a-dire où elles sont perçues. »
Berkeley répète sans cesse que les idées n’ont aucune autre réalité que d’être aperçues ; Tkeir essf is
PEIiCIPI. ...
D’où il suit qu’il n’y a pas d’objets des idées, c’est- ’a-dire point de monde matériel. Berkeley se résume ainsi :
Paragraphe VI : « Il y a des vérités si claires, qu’un homme n'a besoin que d’ouvrir les yeux pour, les voir. . . » Ces vérités sont : « Que la voûte éclatante des deux, la parure de la terre, en un mot tous les coVps qui compasent ce monde, n’existent que dans un esprit qui les aperçoit; qu’ils n’ont d’autre existence que la possibilité d'être aperçus ; que, conséquemment, toutes les idées existent actuellement dans moi ou dans quelque autre .esprit créé, ou, si elles n’y existent pas, elles n’existent pas du tout, ou bien elles existent dans l’esprit divin. »,
Paragraphe Vil : « il n’y a pas d’autre substance, d’autre être que l’esprit, c’est-'a-dire ce qui perçoit. »
Paragraphe IX : Berkeley rejette la distinction des qualités premières et des qualités secondes des corps.
Paragraphe XXVII : <f Un esprit est un être simple, indivisible et actif. En tant <pç’il aperçoit les idées, il s’appelle entendement: en tant qu’il les produit ou opère sur elles, volonté. »
Paragraphe XXIX « Quel que soit le pouvoir que j’exercè sur ma pensée, je trouve des idées actuellement perçues par moi, et qui ne sont pas dans la dépendance
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(le ma volonté.., elles ne sont donc pas les créations de mon esprit. 11 faut donc qu'il y ait une volonté ou un esprit qui les produise. »
üans le paragraphe CXXIX, Berkeley se sépare de la théorie générale de Locke, qui identifie la connaissance et ridée. Nous connaissons les esprits, nous n’en avons pas d'idée. L’esprit n’est que le support ou substance des .idées, et quoi de |)lus absurde que de prétendre que celte substance, qui supporte et perçoit des idées, soit elle-même une idée?
Partout Berkeley établit que Ih où on dit olqets des idées, objets des sens, matii're, etc'., il faut dire un esprit suprême. Celte substitution de l’esprit divin a la matière est le but et le résultat de l’ouvrage entier.
Le Dialogue d’HylaS et de Philonoüs, publié en ITl.’â, et l’Alciphron. en 1750, ne sont autre chose (|uç le Traité des principes de la connaissance humaine sous une l’orme plus populaire. 11 n'y a que des idées et des esprits : l'esprit de l'hommci qui est la substance des idées qu’il aperçoit et dont il dispose; l’esprit divin, (|ui est la substance et la cause des idées que l’esprit de l'homme aperçoit et dont il ne dispose, pas. Berkeley se complaît a citer le passage de rap<‘»lre si souvent rappelé par ■Malebrancbe : Dieu est ce en quoi nous vivons, nous nous mouvons et 7ious existons. Le système de Berkeley et celui de Malebrancbe ont sans doute en plusieurs parties de grandes différences, mais ils sont. animés du même génie qui, avant le christianisme, inspira l’immortel auteur du Phédon et de ta République, et ils se rencontrent singulièrement en ce point, qu’ils placent