Journal des Savants, 1856, p
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tratné^ l'œuvre de Raynouard n'en esl p» OKMns eeile d*un homme d'un éminent taten^ si l'on ne veut pas lui concéder le génie. »
Nous n'avons rien à ajonter après de tels imffrages. En résumé, Raynouard, dans son patriotisme méridional, a eu une prétention excessive, à la fois ingénieuse et bizarre, qui d'ailleurs, même lorsqu'elle es^ détruite, laisse subsister le mérite positif da reste de son travail, il faut payer les éclairs de génie, surtout de génie philologique, par ces singul^tés et ces outrances de système.
Fauriel, qui arectifté Raynouard, qui l'a réfuté avec avantage sur plus d*un point, et qui était un esprit bien plus ouvert et plus philosophique (Raynouard était sartout doué d'une grande sagacité philologique pratique), a eu sa part de système aussi, ou du moins de pcévention. Il a trop accordé peut-être aux grandes compositions provençales, qu'on n'a pas, ou dont on n'a qu*an petit nombre, et il a trop peu accordé certainement aux grandes compositions narratives des trouvères, qui se sont conservées. Dans maint cas douteux, pour cette branche de l'épopée, il a mis l'invention trop absc^ument du côté de ses troubadours, qui ont déjà pour eux la palme lyrique ; et, comme l'a dit Guillaume Schlegel, « il veut que la France méridionale, féconde en créations poétiques, ait toujours donné à ses voisms et qu'elle n'en ait jamais rien reçu. » Mais que de sagesse d'ailleurs! quelle étendue I quelle impartialité
dans h discussion de ees questions d'origine I qaelle rîclie connaissance comparée des langues, quelle anar lyse ingénieuse et fine dés procédés inhérents à l'esprit ha main t comme il a pensé à tout ! comme on sent que ce qu'il sail*, il ne le sait pas^ d'hier I La manière (ï& crire et de composer de Fauriel lui a nui ; il cherchait toujours, il n'en finissait jamais. Pour ces études de littérature de moyen âge, il s'était leyé plus matin que tous, et il n'arriva que tard, aprèfs beaucoup^ d'anr très, ie jour que Raynouard alla pour la première fois à la Bibliothèque impériale pour y compulser les manuscrits provençaux, ce fot Fauriel (il se trouvait là par hasard) qui lui montra à» lire, à déchiffrer les premières lignes du premier manuscrit. Sismondi, qui s'occupait également des littératures du Midi, venu à Paris au commencement de l'année ^81 3, écrivait à un ami, le 26 de janvier :
9 Ce matin, j'ai fait une visite à M. et madame Guizot... M. Guizot m'attendait pour me conduire chez Fauriel, qui estun ami de Benjamin (Constant). Fauriel travaille depuis trois ans à une histoire des troubadours et da leur influence sur le renouvellement des littératures du Midi. Il fait son traTail en conscience, avec beaucoup de savoir, et en rassemblant d'immenses' matériaux. Son livre pourrait être meilleur que le mien, mais il a un défaut, c'est qu'il ne k fera pas ; il n'a jamais rien publié, et il est incapable d'amener rien à terme. Le nombre de jeunes gecAs qui ont été ainsi doués par la fée
Guignon est considérable; ils ont de tout, invention, esprit, travail, mais ils ne savent pas circonscrire leurs forces ; ils veulent faire entrer l'univers entier dans chacune de ses parties, et meurent à la peine. Benjamin est de ce nombre ; il ne fera jamais rien qui soit digne de son esprit...»
J'ai voulu vous lire tout le passage, qui est piquant. Quoi qu'en dise Sismondi, Fauriel mena à terme quel« ques-uns de ses travaux ; mais il ne les acheva points en effet, à titre d'écrivain : ce fut comme professeur qu'après 1830 il fut mis en demeure par ses amis, par M. Guizot alors ministre et qui le connaissait si bien, de débiter de vive voix ou de lire par ca* hiers ce qu'il hésitait à considérer comme définitive* ment écrit et comme digne d'être imprimé en corps d'ouvrage. Depuis sa mort, ses excellents Cours sur Dante, sur la Littérature provençale, ont paru, et il est donné à tous aujourd'hui de puiser à cette science si vraie, si désintéressée, si profonde, oii la sagacité et la circonspection se combattent ou concourent avec une honorable candeur.
Les résultats de renseignement de M. Fauriel suc ces origines des langues modernes, et en tant qu'ils s'appliquaient à la langue et à la littérature des trouvères, nous ont été présentés d'une manière plus nette et plus vive, par un des anciens maîtres de cette école, M. Ampère, qui a été, à quelques égards, un Fauriel plus jeune et plus dispos. M. Ampère a cru môme que
moment était venu pour lui de donner, sous le titre A* histoire de la formation de la Langue française j une pèce de grammaire de la langue d'oïl ; c'était un peu t^ bien que Conrad d'Orell, de Zurich, eût déjà frayé voie (i830). Des imperfections de détail, des inadvertances d'exécution qui ont été relevées par des cri- -tiques gens du métier ^, des généralisations trop hâ- -tives, ne sauraient enlever à cette Histoire et au Cours professé par M. Ampère (dont une première partie seulement a été imprimée] le mérite qui tient à la justesse des vues et des directions, à l'ingénieuse fertilité des aperçus.
Cependant, les érudits français purs, j'appelle ainsi ceux qui ne se souciaient pas de travaux allemands, des principes généraux de linguistique, et de cette science de formation récente due aux travaux de Guillaume de Humboldt, de Jacob Grimm et de Franz Bopp, mais qui pratiquaient et maniaient les vieux textes et qu'animait le zèle louable de les produire, allaient leur train et étaient à l'œuvre ; avertis et éclairés par l'exemple de Raynouard, ils portaient désormais dans ces publications une exactitude et un désir de précision que les Méon et les Barbazan n'avaient pas connus. Les services que, depuis près de trente ans, n'ont cessé de rendre M. Paulin Paris, qui tient la tôte dans cette
I. Il faut voir deux articles de M. Guessard dans la Bibliothèque de r École des Chartes, t. U, p. 479^ et t. III^ p. 63. En lisant ces articles piquants et rigoureux, on comprendra tonte la difficulté de l'entreprise.
armée de travailleurs, M. Francisque Michel, rinfàtigable pionnier^ qui, pour Tutilité, n'a.pas^eu son pareil, et bien d'autres, M. Jubinal, M. Trébutien^ M. Monmerqué, M. Obabaille, qui surveilla d'abord les textes donnés par Crapelet, M. Le Roux de Lincy, M. de Martonne, M. Edward Le Glay, M. Arthur Dinaux 1 ; en Belgique, M. de Aeiffenberg^ etc« ^, méritent la reconnaissance. Ils publièrent textes sur textes, chansons de Geste, chansons proprement dites, lais, fabliaux, miracles et mystères, tout un fonds de littérature longtemps perdu et ignoré, souvent agréable pour le lecteur instruit, et qui appelle surtout l'attenr tion du critique et du philosophe. La règle que se sont imposée ces modernes éditeurs a été, en général, de reproduire fidèlement le manuscrit qu'ils avaient soas les yeux: règle excellente, mais provisoire. Ils ont laissé à d'autres le soin de discuter à loisir et de recti* fier, s'il y a lieu, les textes. Or, il y a lieu .soitvent. Ge second travail est à faire, et ne sera possible (s'il iF^eâ jamais) que lorsqu'on aura une grammaire et un die* tionnaire complet de cette langue, si estropiée et si
1. Plus récemment. M* Tarbé à Reims^ H. Lozarche à Tours. — M. Edélestand DuMéril, qui a d'autres titres que ceux d'éditeur, a droit d'avoir sa place k paf t.
2. Et môme en Allemagne (car ces laborieux et doctes AUemands se retrouvent sur toutes les voies), M. Bekker a publié, à Berlin, quelques-uns de nos vieux romans de chevalerie. — M. Michelant est allé publier l'un des plus célèbres de ces vieux poômcs à Stuttgart.— En Angleterre, il faut citer, au moins, AI. Thomas Wright, comme l'un de nos plus actifa auxiliaires.
ORIGIJiES DE LA LANGUE. Ii8
cs&sil figurée, même par les copistes du moyen âge. L.'École des Chartes^ de laquelle sont sortis plus d'un de ceux que je viens de nommer^ produi6aît4e savants élèves qui, devenus maîtres à leur tour, ont porté dans oes questions de linguistique nationale un genre de oriUque bien essentielle pour contrebalancer les théories absolaes des Allemands^ Je ike aammerai que le plus spirituel et le plus sûr, M. Guessard, contradk- -teuar net» armé, incisif excellent redresseur du faux, et guide sur tous les points auxquels il a touché*
Un ëamme d'an esprit étendu et d'une noble ambition intellectuelle, Gustave Fallot, le premier chez nous, entreprit de donner à des étodes jusqu'alors partielles, éparses, Iragmentatees, un ensemble, une constitution scientifique, ei de les mettre «en rapport par l'esprit et la méthode avec les travaux des illustres linguistes d'outre-Rhin. « En reprenant le sujet au point où l'avaient laissé M. Raynouard et M. d'Orell de Zurich, aen-seulementil acon2|>lété, perfectionné, agrandi les itecherebefi4e oestdeux savante philologues par une foule d'observations très-fines et très-justes, mais encore il a conçu et exécuté sur les dialectes français un travail dont personne avant lui ne parait avoir eu l'idée ^. » U divisa la langue d'oi/et ia rangea «n trois $>rdncipauK dialectes, le /pkard , le normand ^i le bourguignon. Cette 'Classification naturelle, qui répond à des diver-