‹ Premiers lundisChapitre 20 sur 72 · M. :fiaérard, notiee BortG. ballot · texte numérisé non relu

M. :fiaérard, notiee BortG. ballot

sites fondamentales, et que Génin a eu la légèreté de railler, a servi de base, quinze ans plus tard, aux travaux si précis et si solides de M. Burguy .

« Gustave Fallot, dit ce savant grammairien (et je citerai le passage tout entier, comme exposant bien l'état actuel et dernier de la question), Gustave Fallot fut le premier qui essaya de débrouiller le chaos des formes dialectales de la langue des trouvères; par malheur pour la science, la mort vînt le surprendre au milieu de ses travaux, et son ouvrage resta imparfait. Néanmoins ses données sont en général fort exactes, et j'en ai souvent profité.

« Les règles grammaticales étaient les mêmes pour tous les dialectes de la langue d'oïl: tous, sans exception, étaient régis par la même grammaire.

« Après avoir posé cette règle générale, Fallot divise le vieux la ngage français en trois dialectes principaux, qu'il nomme non point du nom d'une province dans laquelle ils fussent exclusivement parlés, mais du nom de celle dans le langage de laquelle leurs caractères se trouvent le plus saillants, le mieux réunis et le plus complètement en relief : normand ^ picard, bourguignon.

« On a prétendu que cette division était beaucoup trop générale ; quant à moi (c'est M. Burguy qui parle), je n'ai rien trouvé qui pût justifier ce grave reproche. Fallot, ne l'oublions pas, avait l'intention d'écrire une grammaire générale des dialectes français et non pas d'un dialecte particulier; il a donc été obligé de gêné-

raliser autant que possible, s'il ne voulait pas accumuler une masse de particularités locales et secondaires, qoi auraient fait de son travail une indigeste composi* lion • Sans doute, le dialecte de chaque province^ de cbaque canton môme, mériterait un traité à part et en fournirait aisément la matière ; j'espère que le jour n'est pas éloigné où nous posséderons cette collection aussi intéressante qu'utile. Fallot avait reconnu que les caractères distinctifs du dialecte de telle province se retrouvaient, avec quelques différences secondaires, dans les dialectes de plusieurs autres; il a fait de celuilà une espèce de type auquel il a rapporté les autres. Je me range à sa manière de voir, et j'ajoute avec lui que les limites des trois dialectes picard^ normand et ùaurguignon, ne correspondaient point avec exactitude aux limites politiques des provinces dans lesquelles on les parlait. »

C'est là, après quinze ans d'intervalle et dans des études encore si mobiles, une confirmation remarquable, et qui montre que Fallot avait eu le coup d'œil supérieur. Ce jeune savant, mort en 1836 à Tàge de vingtneuf ans, n'eut point la satisfaction de publier luimôme ses recherches : ce furent ses amis qui prirent ce soin et qui donnèrent son livre, resté inparfait, en 1839.

J'ai nommé Génin : il est un de ceux qui s'étaient le plus occupés, dans les dernières années, de ces questions de vieille langue ; il y portait du savoir, de l'es-

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prit, de la pasBion, et il avait sn piquer l'attenftion an public. Il faut dire que s'il arencoirtré juste queilqnefois, il s'est trompé souvent. Quand une fois une idée Ta saisi, il n'en démord plus. Il a parié de Fallot comme d'un homme qui s^égare et fait fausse roiirte ; il a raillé cette classification par patois, par dialectes. En général, Génin, dans ces questions de langue et d'érudition, aimait à prendre «quelqu'un à partie, 'cela ranimait : finge tibi aâversarium quemdam. Il ne manquait pas d'en rencontrer sur sa route. Nodier, par exemple, cet homme de tstiii de grâce f^ d'esprrit, *maîs étranger aux vraies méthodes, et qui, « dans tout ce qui tient à rétude des langues, s'est fait remarquer par de bonnes intentions plutôt que par de bons ouvrages » (la définition est de 'Génin), s'était écrié dans un accès d'enthousiasme pour le simple, comme en ont les littérateurs des époques blasées : « Les patois ont donc une grammaire aussi régulière, une terminologie anssi homogène^ une syntaxe aussi arrdlée que le par grec d'Isocrate et le pur latin deCicéron. Moins snj^ aux caprices de la mode, ils s^ont peut-être en général plus harmonieusement^ plusTationnellementcompo-* ses. » C'était *une boutade. Génin la lui rendit et an delà, et, opposant loiftaffle ^ houtade, se dédlara contre les patois et en proclama l'étude inutile. "^Par une singulière contradiction, il combaltait en même temps M. Ampère pour avoir tenté de reconnaître ek <l'établir des règles de syntaxe qui eussent tiré la

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TÎeilie langue de cette coDditiou iix^iilière propre aaz patois.. 11 ^dit quelgue part ^ue k premier auteur du mal est M. RajQOuard. C'est ie coatrepied de ce qu'il fallait dire : M. Raynouard est le premier auteur et promoteur du bien qui s'est £ait et qui se coutinue'en cette branche de la linguistique. Gérnu pourtant a rendu des services; il a contribué, par l'édition et la traduction qu'il en a données, et |>ar rencadrement un peu artiâciel qu'il y a mis, à populariser parmi les lettrés la Chansùu de Moland. Il lui a môme créé, à force de bonne volonté, un auteur distinct, Théroulde, l'abbé Thérookie ou le père de cet abbé ; il en a presque fait quelqu'un. Mais c'est surtout dans ce qu'il dit de la laague pour les siècles suivants, pour la fin du xiv** et pour le XV® siècle, dans cet âge de la farce de Pathelin^ qu'il a eu de bonnes observations de détail, et qu'il a ressaisi par endroits le 01 de la tradition. Il a proposé, notamment, sur la prononciation de nos pères, tout un système ingénieux, tantôt plausible, tantôt contestable *. Dans son livre des Récréations philologiques^ on trouve, dit M. Littré, « une érudition quelquefois paradoxale, souvent beureuse, toujours spirituelle. » En un mot, -Génin a quelquefois raison avec esprift sur des joints particuliers \

1. On est .poortftnt amené à penser qae le contestable l'emporte -^daoB ce système sur le plausible^ quand on Ut l'examen critique qa'«Q a fait H. Goessard dans la Bibliothèque de C École des Chai^les^ 2* série;, t. il, p. 1S9, iSB.

SL ^'(honneur d'avoir, le premiec, afipliqtté la critique UttéraÎM

Il est temps de signaler le progrès qui s'est fait depuis Fallot dans ces intéressantes études. Je le rapporterai volontiers au nom de M. Littré, non pas que je veuille attribuer tout Thonneur ou môme le principal honneur (jusqu'ici) à ce savant aussi équitable qu'éminent, qui, intervenu depuis une dizaine d'années seu« lement dans cels questions, repousserait un éloge excessif, mais parce qu'on lui doit d'avoir enfin un pont régulier établi entre la philologie d'outre-Rhin s'appliquant aux langues romanes et la pratique française. Il a, depuis quelques années, dans d'excellents, et parfois admirables articles (je ne crains pas de risquer le mot) du Journal des Savants^ analysé les travaux des Diez, des Fuchs, et tout récemment ceux de M. Burguy, en y joignant ses propres vues et remarques. Il nous met à môme de bien mesurer les pas qu'on a faits et ceux qui restent à faire, auxquels il est en voie autant que personne de contribuer.

Avec ces savadts d'outre-Rhin, M. Littré a un rapport essentiel de ressemblance. II pense avec la plu-

pi\)prement dite à nos vieux monuments, étant compromis cbex Génin par trop de paradoxes et de partis pris^ on doit lui savoir gré surtout d'avoir amené deux excellents esprits, M. Magnin et M. Vitet^ à s'occuper après lui des mômes sujets et à y répandre, en le rectifiant, de justes, d'agréables lumières. Ce que ces deux hommes de goût ont écrit sur la Chanson de Roland laisse peu à dire à ceux qui viennent après. — H. Francis Wey, dans son ffwtoire des révolutions du Langage français (1S4S), avait très-bien parlé, avant Génin, de quelques épisodes où figure Roland soit dans a Chanson de Roncevaux, soit dans celle de Gérard de Vienne»

part d'entre eux que dans la transformation de l'ancien latin, dans ce renouvellement d'où sont nés les quatre idiomes wlgaires, provençal^ français j italien^ espagnol^ il y a lieu de constater plus d'ordre et de régularité qu'on ne le soupçonne d'ordinaire. Dans ce grand choc que les invasions multipliées donnèrent à l'édifice de la langue latine comme à tout le reste, et qui semblait d'abord devoir tout confondre, il estime qu'après tout les influences destructives et dispersives ne prévalurent pas. Il aime à constater les ressemblances entre leprovençalyle français ^ VitalienyV espagnol, les tendances connexes de ces quatre langues. Toute part faite à la corruption, à Tiguorance, il préfère toutefois au mot de barbarie (pour exprimer ce qui s'est passé dans ce sourd et lent travail) les termes plus physiologiques de décomposition et de recomposition, II compare encore ce grand phénomène aux formations géologiques : « Ce ne sont pas, dit-il, des amas çà et là disséminés par l'action turbulente et saccadée de mille courants variables, mais ce sont des dépôts lents et uniformes produits par l'action également lente et uniforme de vastes mers et de grands lacs. » II cherche et retrouve la filiation jusque dans le désordre apparent; il la dégage et la démontre souvent avec bonheur à travers tous les déguisements qui la masquent, et les irrégularités qui sautent aux yeux. Un avantage de cette méthode courageuse^ inquisitive, c'est qu'en insistant pour ressaisir plus peut-être qu'on ne peut

atteindre^ on trouve certainement plus de choses que si tout d'abord On dése&pérait.

M. Diez, de Bonn, qui s*e»t dès Torigine occupé des troubadours, a produit surtout de beaux et consciencieux travaux sur Tétymologie des idiomes modernes néo-latins. Il appartient à cette école qui, cherchant dans une exacte comparaison des langues sorties du centre de l'Asie, des langues indo-eupopéennea, les affinités fondamentales, a eu le mérite de tirer l'étymologie du vague domaine de la divination, et de l'asseoir sar des principes certains. Considérant par exemple un mot commun au français, au provençal, à l'italien, à l'espagnol, il s'attachô à rendre compte des formes qu'il a prises, à suivre pas à pas chaque lettre qui entre dans la composition. « C'est une opération (observe M. Littré) analogue à l'analyse chimique de la substance mise dans le creuset et réduite en ses éléments; le chimiste doit retrouver le poids équivalent. Ici les éléments sont ies lettres, et l'analyse est incomplète et partant incertaine, tant que les éléments n'ont pas été rigoureusement retrouvés. Cette exactitude n'est ^os' sible qu'à une condition, c'esft que chaque langue aura un système qu'elle suivra, et que les permutations ne seront pas indéterminées d'une langue à une autre. Cela est en eifed., et l'expérience le démontre. »

M. Diez excelle en cette sorte d'analyse liaguistiqne délicate; M. Littré l'y suit de près et ïj rectifie souvent.

Il y a mie loi : « L'acoent en latin (vous le savez) est ar la pénultième quand cette pénultième «st longue, t Tante-pénnltième quand ta pénattième est brève. Sh bien, cet aocent latin a ezepoé la pins grande inloence snr la formlïtion de la langue française : il a (mstamment déterminé la conservation de la syllabe mr laquelle il portait, de sorte que les retranohementsj ît les contractions ont agi sur les syllabes non accen-l tuées dans le latin. »

Pour x>ei] qu'on y réfléchisse^ on voit que cela devait dire. Quand on n'écrivait plus, quand on ignorait l'orthographe do mot, quand on ne démêlait plus bien les CAS, les désinences, le mot s'est altéré> s'est déformé, s'est tronqué. Mais autour de quelle syllabe s'est- il ainsi contracté, croqué en quelque sorte (corripere), sinon autour de celle sur laquelle portait Tacceift, l'&me du^mot? Ainsi, du midi an nord, le mot masculus^ par exemple, est devenu : en italien, maschio ; en espagnol, macho; en provcffiQftl^ mascle; en franQais, tna/e; en wallon (c'est-à-dire dans l'extrême français du pays de Liège, faisant pointe entre l'allemand et le flamand), mâie *.

Dans cet esemple parfait et en quelque sorte idéal

(et par malheur tous les mots ne se prônent pas à un tel

rangement), on suit l'altération qui a eu lieu sur toute

la ligne, au gré des prononciations, — j'allais dire des

) mâchoires — plus ou moins souples, faciles, lentes^

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