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LE ROI JÉRÔME

dans Tescadre de ramiral WillaumeZi séparé tout d'ua coup de l'escadre par une tempête, rejeté vers les côtes de France, serré de près par l'amiral Keith» il se détermine à tout plutôt que d'admettre qu'il puisse amener son pavillon. Un matelot qui sait les parages s'offre pour essayer d'entrer le Vétéran dans le petit port de Goncarneau. La côte est hérissée de récifs; jamais navire de ce tonnage n'a risqué pareille aventure. N'importe! le prince ordonne au pilote breton de prendre la barre du gouvernail et de mettre le cap sur Goncarneau. On réussit, on entre, on a échappé par ce coup hardi à l'escadre anglaise qui se croyait assurée de sa capture. Et c'est ainsi que le prince Jérôme, à peine âgé de vingt-deux ans^ acquérait l'estime des marins. L'empereur le nommait contre-amiral.

A. la fin de 1806, il n'y avait plus de grandes choses à tenter sur mer : l'empire était tout du côté du continent^ mais sur le continent tout entier. L'empereur décida que le nouveau contre-amiral passerait, avec le grade de général de brigade, dans Tarmée de terre. Il lui confia 25,000 hommes de troupes bavaroises et wurtembergeoises, avec lesquelles le prince Jérôme s'empara de la Silésie, et rendit à la grande Armée, alors en Pologne, d'utiles services : « Le prince Jérôme, disait l'empereur dans un de ses bulletins, fait preuve d'une grande activité et montre les talents et la prudence qui ne sont d'ordinaire que les fruits d'une

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longue expérience. » — Le 14 mars 1807, Napoléon nommait son jeune frère général de division, et le 4 mai il écrivait au roi de Naples, Joseph : a Le prince Jérôme se conduit bien, j'en suis fort content, et je me trompe fort s'il n'y a pas en lui de quoi faire on homme de premier ordre. Vous pouvez croire cependant qu'il ne s'en doute guère, car toutes mes lettres sont des querelles. Il est adoré en Silésie. Je l'ai jeté exprès dans un commandement isolé et en chef, car je ne crois pas an proverbe que pour savoir commander il faut savoir obéir, n

La campagne de Prusse donna au prince Jérôme une occasion de prouver la bonté naturelle de son codur. Ce fut lui qui introduisit dans le palais, dans la chambre de Napoléon, malgré les défenses, madame de Hazfeld dont le mari était en jugement et allait être condamné à mort : voir Napoléon, c'était obtenir la grâce.

Bans la recomposition de l'Europe qui fut la conséquence des derniers triomphes, Jérôme, âgé de vingttrois ans, épousa, le 7 août 1807, la princesse Catherine de Wurtemberg, et fut roi de Westphalie. Il dota son royaume des institutions françaises, et gouverna avec une bienveillance, une modération qui lui concilièrent les cœurs. En 1 809, quand la guerre se ralluma en Autriche et que l'Allemagne entière tressaillit, une insurrection se tenta en Westphalie, autour de Cassel; mais il la maîtrisa aisément, il la réprima sans

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trop de rigueur, €l put ensuite "prendre sa part assignée dans les combinaisons de cette formidable campagne. En 1812, Napoléon songea à tirer parti de son zèle, de son dévouement, et à mettre ses talents de chef à répreove, en lui confiant le commandement de toute l'aile droite de la grande Armée qui allait franchir le Niétnen. Après tes premières opérations dans lesquelles nn illustre historien de ce temps a reconnu que le jeune prince « n'avait commis aucune faute, » un conflit fâcheux s'éleva, sur lequel ce n'est ni le moment ni l€ lieu d'insister. Le jeune général en chef, qui ne Tétait plus, crut qu'il y allait de son honneur de vol de se démettre. Le même point d'honneur qui fait faire de grandes choses interdit quelquefois d'y participer.

Et ici, francbissant les années pénibles, on n'a qu'à noter le bon sens avac lequel le roi Jérôme apprécia la situation que lui faisaient les événements de 1813 : « Roi par les victoires des Français, disait-il, je ne saurais l'être encore après leurs désastres. » Mais oc serait faire injure à sa mémoire que de louer la fidélité avec laquelle il s'exécuta, sans prêter un seul mstant l'oreille aux fallacieuses promesses par lesquelles on essayait de le détacher. « Lorsque le tronc est à bas, disail-il encore, les branches meurent. »

Revenu à Paris, subordonné à des déterminations supérieures, aux regrets de n'avoir point combattu une dernière fois devant la capitale dans la journée du

30 marSy il quitta la France à la première Restauration. Il était à Trieste lorsqu'il apprit le retour de l'Ile d'Elbe : il se déroba aussitôt à la surYeillance dont il était l'objet^ s'échappa sur une frégate napolitaine et arriva à Paris à temps pour entrer en campagne. Sa conduite^ en cette année 1815^ pour être bien simple, n'en mérite que plus d'être appréciée. Savoir être roi est chose difficile ; savoir ne plus l'être après l'avoir été est chose plus difficile encore. Le prince Jérôme, par droiture de cœur, y réussit. A son retour en 1815, ce n'était plus un roi, ce n'était qu'un frère de l'empereur, un soldat de la France. Lui qu'on avait pu trouver trop susceptible en 1812, il accepte le commandement d^uue division d'infanterie dans le 2® corps commandé par le comte Reille, et qui lui-même est sous le commandement de Ney. 11 fait son devoir dans les terribles journées des Quatre-Bras et de Waterloo; blessé, il continue de lutter; il se bat simplement, vaillamment, dans ce bois accidenté d'Hougoumont dont chaque arbre est pris et repris avec tant d'acharnement pendant tout le jour; le soir, il rejoint rhèroïque et désespéré Capitaine dans le carré de la vieille garde, où l'âme guerrière de la France s'est comme réfugiée; et il entend cette parole qui, en un tout autre moment, eût réjoui son cœur : « Mon frère, je vous ai connu trop tard. »

On n'a pas à suivre le prince Jérôme dans les longues années de la proscription et de l'exil. On n'y relèvera

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