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SUR LE SÉNATDS-CONSULTE

retour dans la nouvelle voie commandée el imposée. Mais comment cela a-t-il donc pu se faire, se demande-t-on involontairement? comment des circons* tances contraires et sinon menaçantes, du moins trèsdignes de préoccupation, se sont-elles soudainement groupées et assemblées de manière à former non plus quelques points noirs épars çà et là à Thorizon, mais un compacte et redoutable nuage, une barre sombre qui recèle de l'inconnu ? Gela revient à se demander: Gomment l'opinion s'est-elle réveillée ? Un des plus grands politiques, et qu'il est bon quelquefois de relire, le cardinal de Retz faisant le récit de la Fronde, ne peut s'empêcher de se demander, lui aussi, comment de l'état de somnolence et de léthargie où Ton était tombé, où l'on était encore « trois mois avant la petite pointe des troubles» qui faillirent bouleverser tout l'État et l'ordre môme de la monarchie en France, on passa presque subitement à une commotion violente et universelle. Il a décrit en des termes d'une saisissante vérité ces commencements presque imperceptibles, celte lueur, cette étincelle, ce premier signe de vie, ce pouls qui se remet à battre, ce sang qui afflue tout d'un coup au cœur; et aussitôt que s'entendit le murmure et que le tintement se fit, c tout le monde, s'écrie-t-il^ s'éveilla : on chercha en s'éveillant comme à tâtons les lois, on ne les trouva plus, l'on s'effara, Ton cria, Ton se les demanda...» Cet admirable exorde des Mémoires politiques de Relz pourrait s'intituler: Comment les ré-

volutiom eommeneemi: ayons le présenta la pensée poar apprendre comment elles s'évitent.*— Mais ici ce n*est pas au point de Tue du public^ c'est au point de vue du gouverneineat que je me place, et c'est le goaveFnement qui a dû s'e&rer tout le premier et se tâter pour savoir s'il était bien le même ; c'est lui qui a dû s'étonnec de ae plus trouver un matin autour de lui ce qui y était la v«âUe et se de* mander à son tour : Comment se feiè*il que cette opinion qu'il y a quelques mois encore on supposait disciplinée et soumise, et quelque peu sommeillante, se soit tout d'un coup réveillée? -*• Je ne prétends point expliquer tout le phénomène, mais enfin j'en dirai le pea que j'ai pu observer et que je sais, e( cette explication n'est point un hors*d'œuvre, car en montrant comment s'est formée la nécessité de la situation, elle avertit parla même combien il importe pleinement d'y satisfaire. Le temps des présomptions et des imprévoyances est passé. Je ne suis pas un homme politique proprement dit; j'envisage volontiers les choses par le c6té des lettres et de l'observation morale. Eh bien! moi, ami de l'Empire dès le premier jour, voilà ce que j'ai vu, — et ce que j'ai vu sans avoir eu certes personnellement à me plaindre, car, personwellement, j'ai toujours rencontré bienveillance et, je puis dire, égards exceptionnels. Eh bien, donc, préoccupé dès les premiers temps de l'Empire et à l'époque de ses triomphes (c'est assex dans ma nature d'être préoccupé), me posant As lors

LE SÉNATUS-*GONSULTE. 331

^ -demain et de la situation morak des

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^iialier. Combien de fois n'ai*je point essayé^

.as toutes les formes, d'éveiller^ de {«OToquer àeel

égard la sollicitude 1 Mais de qui? et auprès de qui? et

à quel ministre s'adï'esser?àquel confident du prinee?

Tous avaient leur spécialité, et ce qui se rapportait à

ce souci continu et perpétuel de Topinion, à cette ob^

servation de la température morale, si je puis dire, et

à l'action qu'il eût été possible d'y exercer en temps

utile, cette partie vague et flottante de \k politique, et

si essentielle pourtant, ne rentrait dans la sphère ni

dans le département de personne. Chacun àTenvisem'*

blait dire : « Cela ne me regarde pas. »

Et alors, si à quelqu*un des ministres bienveillants que l'on connaissait, dans une conversation de rebcdn* tre, pendant un rare quart d'heure, dans l'embrasure d'une croisée, si l'on s'échappait à dire: «Mais prenez garde ! vous n'avez pas tout le monde pour vous ; bien des fractions de l'opinion vous échs^^nt; la jeunesse

des Ëcoles, par exemple, est demeurée récalcitrante et rebelle ; à trois cents pas da Louvre, vous ne régnez pas ; les hautes Écoles ne sont pas du tout pour vous : et c'est dans ces générations de 20 à 25 ans que se forme en grande partie Tavenir d'un pays, » on répondait (combien de fois ne l'ai-je pas entendu !) : q Ah ! les Écoles ont toujours été ainsi: ces mêmes jeunes gens dans quelques années penseront autrement; et puis, ce n'est qu'une infiniment petite partie de la nation: nous avons pour nous la masse, les ouvriers des villes et des campagnes. — Les Écoles, le quartier Latin, qu* est-ce que cela nous fait? »

Mais si un autre jour, et cela a dû arriver bien des fois, on disait à quelqu'un de ces hommes d'État qui ne comptaient point dans leur spécialité l'opinion, qui n'en paraissaient pas môme soupçonner l'existence et les courants cachés persistants : « Mais prenez garde ! vous n'avez rien gagné auprès des hommes considérables du passé : et ces hommes, tout évincés et déchus quMls sont, ont encore leur clientèle ; ils recrutent de jeunes partisans : vous avez contre vous et d'une façon si déclarée qu'on n'y peut fermer les yeux, vous avez contre vous l'Académie française : ^ c( Ah I bah, s'écriait-on, l'Académie ! de beaux esprits, des rhéteurs, des vieillards, des douairières, qu^est-ce que cela nous fait ? »

Mais un autre jour, on revenait à la charge, on insistait encore, et l'on disait : ic Mais prenez garde I

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