‹ Premiers lundisChapitre 38 sur 72 · SUR LE SÉNATUS-GONSULTE · texte numérisé non relu

SUR LE SÉNATUS-GONSULTE

TOUS avez contre vous, ou du moins vous n'avez pas pour vous une Académie sérieuse, rÂcadémie des sciences morales et politiques, quoique vous y ayez infusé et fait entrer par décret une dizaine de vos amis ; mais tout cela s'est vite fondu et noyé dans l'ensemble, et l'esprit général n'est point pour vous ! » — n Bah ! des savants, des théoriciens, répondait-on ; qu'est-ce que cela quand nous avons nos 8 millions de suffrage universel ; quelques discours, quelques écrits de plus ou de moins, qu'est-ce que cela nous fait? »

Mais une autre fois (car on ne craignait pas d'être importun), on disait encore : a Prenez garde ! Tlnstitut presque tout entier tourne et s'aigrit à votre sujet. Vous avez contre vous maintenant une classe de plus, l'Académie môme des Beaux-Arts ; vous l'avez indisposée. » Et l'on répondait : « Ah ! oui, des artistes» des sculpteuFS, des peintres; on regagne toujours ces genslà avec des commandes ; qu'est-ce que cela nous fait ? »

Mais on ne s'en tenait pas là, et il devenait trop clair que, pour une raison ou pour une autre, tout ce qui avait une plume et savait s'en servir d'une manière vive, acérée, spirituelle, venait se ranger dans des cadres opposés, et prenait plus ou moins parti contre vous. N'était-ce point là un danger? un avertissement? une leçon pour devoir prêter plus d'attention à ce genre de mérite, de talent si cher de tout temps à la France, et pour se soucier davantage de la valeur des hommes ? « Prenez garde I disait*on, voilà encore une

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individualité disUngaé^ qui s'annonce et se dessine, et elle se dessine à vos dépens et contre vous. » — « BA 1 répondaii-on, des plumes I nous savons oe que c'est que les plumes ; elles n'en font jamais d'autres ! et puis nous en avons aussi, et de rudes, à notre service. IV •— Oh ! oui, TOUS avez des plumes, et sans vouloir faire tort à <p3«l<|ues-uns des écrivains modérés, sages et honnêtes, qui vous défendent (ce n'était point à ceux»là, d'ailleurs, que vous songiez), oui, vous aves des plumes, et celles dont vous vous vantez, nous les connaissons ! Il y a, sous tous les régimes, des plumes qu'il vaut mieux avoir contre soi que pour soi ; vous n'avez jamais para vous en douter. Et là encore, en présence de tous ces gens d'esprit qui sortaient à chaque instant de terre, dont quelques-uns sortaient même de l'Université, non sans y «voir essuyé auparavant vos hauteurs et vos refus, et qui, armés désormais en guerre, ne vous laissaient paix ni trêve, ne vous épargnaient pas chaque matin les vérités piquantes et parfois les conseils sensés, vous aviez votre grand mot pour toute réponse : « Nous sommes forts ; nous avons pour nous les gros bataillons du suffrage universel ; ces plumes, plus ou moins fines et légères, s'y brisent, et ne les effleurent même pas ; quelques piqûres, quelques escarmouches tout au plus, qu'est-ce que cela nous fait * ? »

1. Ce que je dis là est si peu une fiction qu'un de mes amis, bomme politique et savant, avec qui Je caisse de la situation 8«n«

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Et voilà comment (et je n'ai indiqué qu'une seule "branche, — qu*aurait-ce été si je les avais suivies et examinées toutes une à une}, voilà comment de dédain en dédain, de négligence en négligence, quand on avait le plus beau jeu qu'ait jamais tenu en main Pouvoir public, on a àni par perdre la partie au premier tour» car on est au second ; voilà comment du mépris de toutes ces fractions de Topinion, d'abord isolées entre elles, et de leur addition ensuite, de leur union subite qui s'est trouvée faite un jour contre vous, voilà comment il est sorti un total inattendu ; voilà comment l'opinion s'est réveillée, comment, à travers toutes les difficultés et les obstacles d'élections si tiraillées, si travaillées administrativement, elle s^est fait jour jusqu'à pouvoir vous atteindre et s'imposer à vous.

Après cela, il est vrai que Topinion en f^rance se réveille assez périodiquement tous les quinze ou dizbuit ans. Peut-être se serait-elle réveillée tout de

l«i faire part d'aiUeun de ce que Je viens d'écrire, me dit tout naturellement (et cet ami n'est pas un littérateur proprement dit, €*est un savant dans \*ùtAré dâ dféit et pintdt occupé de soiences tttorales et politiques. II. Gbariea Giraud) t a U m'est arrivé bien «ouvent de donner des avis, et à des ministres de ma connaissance onde ma familiarité ÛJè dire à l*^»ibns < Mais prenèl sarde, vtilà tel et tel fait» t^ indice grave, telle initiative considérable qui, si on la néglige et si l'on n'en tient compte, peut avoir ses inconvénients. » Â quoi il m'était invariablement ré* ftoAdtt d^in certain air t nOn s'en pussem» » Et à chaque observation de ce genre qu'il m'arrivait de faire, à chaque précaution que je croyais devoir indiquer^ on me répondait d'un ton léger et avantageux i «r On ê*€n passeta.»-^ €'68t une variante du Qù*9iHe ï%ue cela nom fait? un autre refrain de la même clianson, »

mêmei quand vous y auriez apporté plus de soins et de ménagements ; mais convenez qu'alors elle se serait réveillée un peu moins indisposée, moins méfiante et de moins mauvaise humeur. De justes et prudentes satisfactions données en détail empêchent les griefs de grossir et de s'irriter jusqu'à l'extrôme.

Quoi qu'il en soit, nous y sommes, et il s'agit, bon gré mal gré, d'inaugurer une nouvelle période,'une nouvelle méthode de l'Empire : la méthode et la période parlementaires . Mettons les vrais noms aux choses . Il serait bien essentiel ici qu'il n*y eût dans les esprits aucune confusion.

Le nouveau sénatus-consulte n'est qu'un commencement. Il tend à rendre au Corps législatif quelquesunes des attributions vitales qui lui manquaient. C'est un instrument dont le Corps législatif aura incontinent à tirer tout le parti qu'il jugera à propos. Ce n'est pas à nous de lui dicter son rôle.

A le prendre ainsi, et vu l'urgence^ vu la prorogation du Corps législatif, qui a pu être nécessaire, mais qui est survenue irrégulièrement et qui a choqué et interloqué ce Corps, vu bien d'autres circonstances que chacun sent assez sans qu'on les dise, il me semblait que le Sénat aurait pu procéder plus vite, motiver son empressement même par la condition fâcheuse qui était faite au Corps législatif, resté en l'air et en suspens, se mettre dès le premier jour avec ce Corps dans des relations d'égards et de bons procédés et, en

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