M. VICTOR HUGO ET CHARLES X
minutieuses et confuses; la voix de l'opposition, qui sort des entrailles de tout gouvernement non despotique, n'avait pas de quoi se faire jour. Au théâtre, elle devenait volontiers une clameur ; on pouvait en craindre Téclat faute d'issues naturelles el suffisantes, et Tapplaudissement montait assez haut pour sembler une explosion. Ainsi le Mariage de Figaro fut un éclair de la Révolution française, quoiqu'après tout, l'éclair n'apparaisse que quand l'orage se forme ou est formé. Mais de nos jours, dans notre France constitutionnelle, sous la Charte de Louis XVIII, et avec la solidité assise et les progrès croissants de nos institutions perfectibles, qu'y aurait-il de pareil à redouter d'un drame historique? Ce que l'histoire consacre, ce qu'elle imprime dans ses livres, professe dans les chaires, et invoque à tous moments dans les discussions de l'une et l'autre Chambre; ce que les journaux répètent et portent à la fois sur tous les points du pays, cela même deviendrait-il dangereux au théâtre, sous un point de vue tout impartial, et à travers le prisme purificateur de l'art? Et d'ailleurs, si le poète avait rappelé au roi qu^en l'état actuel des esprits, une pièce de théâtre, composée avec conscience et venue d'un certain côté littéraire, ne devait produire, par sa chute ou son succès, qu'un résultat bien étranger assurément à toute passion politique, le roi aurait bien pu, sans doute, à demi-voix et avec un sourire, prononcer ce terrible mot
de romantisme; mais il eût été facile de démontrer à sa m. 20
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bienveillante atteAiion, que cea débats sont aa fond bien moins fri?(des, mftme sous le xan;^ort politique, qu'on ne pourrait le penser. Las dea querelles de parti, presque saturés des discussions parlementaires, bien des esprits, jeunes, ardents et généreux,, sans déserter leurs devoirs comme citoyens et sujets, ressentent un vif besoin de ces distractions nobles et légitimes, qui se sont liées de tout temps à la gloire de la France et à la splendeur du trftne. Ils aspirent aux jouissances de Tart, si puissantes à ccmcilier et à purifier les âmes, que de longs ressentiments ont aigries ; et s'ils paraissent commencer en cette voie une sorte de révolution, celle-là du moina se passera tout entière dans la région des idées, dans le domaine de la poésie, et c'est d'ailleurs presque seulemex^deTépoque de la Restauration qu'elle date^ et par des hommes de la Restauration qu'elle est tentée* Puis, quand Tandenne littérature est partout ; qu'elle occupe les places, les Commissions, les Académies; que le gouvernement s'en rapporte à ses décisions ea toute matière littéraire où il a besoin de s'éclairer ; quand, il y a quelques mois à peine, une pétition, signée de plusieurs auteurs classîqtàês les plus influents, et tendant à obtenir pour eux le monopole du Thé&tre-Français, est venue mourir au pied du trône ; n'y aurait-il pas, de la part du gouvernement du roi> peu de convenance et d'adresse à frapper d'interdiction la première œuvre dramatique composée depuis ce temps par un des hommes de la jeune iitlé-