‹ Premiers pas dans l'Afrique orientaleChapitre 3 sur 15 · U PREMIERS PAS · texte numérisé non relu

U PREMIERS PAS

lam , les deux sexes s'y trouvent mêlés. Le vendredi, dimanche des musulmans, un crieur parcourt les rues de la ville en menaçant de la bastonnade tous ceux qui négligeront les cinq prières prescrites. A onze heures et demie, le tambour appelle les habitants à la Jami ou cathédrale. C'est une vieille grange blanchie à la chaux. De grossières colonnes enmaçonnerie supportent le toit, qui est trèsbas, et la petitesse des fenêtres ou plutôt des trous qui en tiennent lieu y rend la chaleur insupportable. Il n'y a point de chaire. L'unique ornement qui s'y trouve est une mauvaise image de la Mecque, clouée à la muraille. Les seuls objets d'ameublement sont des nattes déchirées et de vieux coffres où l'on garde les divers chapitres du Coran, liés avec des cordons graisseux. J'entre suivi d'un serviteur qui porte le tapis sur lequel je dois m'agenouiller. En gagnant ma place, j'ai à subir les regards des trois cents assistants rangés en longues files parallèles. Après avoir déposé devant moi mon sabre et mon rosaire, je récite d'abord la prière ordinaire en l'honneur de la mosquée : prenant ensuite le Coran, je lis à haute voix le chapitre de la vache. — A midi le muezzin placé devant le katib ou prédicateur, répète rai)pel à la prière, que la congrégation assise sur ses talons entonne après lui,

Cela fait, chacun se lève et récite pour son propre compte une autre prière qui se termine par la bénédiction du Prophète et par \esalam (salut) sur les deux épaules, adressé à tous les frères en islam. Le katib alors monte dans une espèce de trou pratiqué dans la muraille pour servir de chaire, et de là il nous adresse ces paroles : « Que la paix soit avec vous et la miséricorde d'Allah et sa bénédiction !» — A quoi la congrégation répond par l'organe du muezzin : « Et sur vous aussi soit la paix avec la miséricorde d'Allah ! » — Après diverses formules religieuses toujours sui\ies de réponses et terminées par un second appel à la prière, le prédicateur se lève et d'une voix nasillarde débite son sermon. Puis, ayant pris quelques minutes de repos, se levant de nouveau, il récite Vel-naat ou la louange du Prophète et de ses compagnons. Notre katib, qui exerce aussi l'office déjuge, commet des fautes grossières en prononçant l'arabe, et de plus, il lit son sermon, ce qui ne se fait jamais dans l'islam, si ce n'est en cas de savoir insuffisant du prédicant. Le sermon étant complètement achevé, le clerc, encore plus ignorant que son ministre, prononce un nouvel appel nommé cl-ikamah ; puis, entrant dans le mihrab (la niche), il récite les litanies du vendredi, en faisant face à la congrégation, dont les voix

s'unissent à la sienne. Cette dernière oraison terminée, l'assistance sort et se disperse, ne laissant dans le temple qu'un petit nombre de personnes pieuses qui veulent y prolonger leurs dévotions. Le vieux Scharmarkay, accompagné de son fils, se tient près de la chaire. — Après l'office, il distribue de ses mains des aumônes aux pauvres et se retire ensuite escorté par deux douzaines de fusiliers qui déchargent leurs armes en son honneur.

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