‹ Premiers pas dans l'Afrique orientaleChapitre 9 sur 15 · Î48 PREMIERS PAS · texte numérisé non relu

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dant deux journées entières. A neuf heures du soir, enfin, nous atteignîmes un kraal. Notre bagage fut prompîement déchargé , nos bêtes de somme furent parquées pour la nuit, et nous, transis de froid, nous nous enfonçâmes sous nos couvertures, sans songer à souper. Nous avions marché pendant près de quinze heures.

Le lendemain, vers midi, après avoir vainement adressé un second message au gerad Adan , nous vîmes arriver la sixième femme de ce dignitaire, Dahabo, sœur du vaillant Beuh. Sa présence déconcerta nos hôtes, trop fiers pour consentir à être protégés par une femme. Cette princesse, âgée d'environ trente ans, ressemblait passablement d'ailleurs à une bohémienne. Elle était grossièrement habillée, mais son air était gai et sa démarche vive. Elle ne montra aucun embarras lorsque je la saluai , et elle reçut avec une joie bruyante le présent très-opportun que je lui fis d'une belle toba neuve. — A quatre heures, nous vîmes revenir enfin notre messager. Par son organe, le gerad nous reprochait de ne nous être pas immédiatement rendus chez lui, et, comme gage de sa sincérité, il nous envoyait son bâton de commandement, espèce de sceptre noueux, long de deux pieds, qui était peint en rouge, noir et jaune.

Le 20 (léeenibre, à la pointe du joui", nniva, monté sur un petit poney, Sherwa, fils aîné et héritier présomptif du gerad. Depuis trois jours , il avait été envoyé au-devant de nous par son père; mais il craignait les Gudabirsi autant que ceux-ci le redoutaient eux-mêmes, et très-probablement il avait rôdé autour de notre camp jusqu'à ce qu'il fût bien certain d'y trouver une entière sûreté. Nous le reçûmes avec politesse, et, en retour de cet accueil, il déclara qu'il voulait faire goûter son miel, dans sa tente, à son oncle Beuh, avant de lui permettre de nous quitter.

Comme nous finissions de charger nos bêtes de somme, on s'aperçut que la bride d'une mule manquait. Sherwa en ordonna la restitution immédiate, parce que, disait-il, tout ce que possédait l'étranger de son père appartenait de droit au gerad. De notre côté, nous menaçâmes de jeter un maléfice sur le village. De ces deux moyens réunis , il résulta que la bride fut promptement retrouvée. Ce fut le premier et le dernier larcin commis à notre préjudice dans le Somali. Je n'ai pas toujours été aussi heureux au milieu des pays les plus civilisés.

Partis à huit heures du matin , nous arrivâmes assez promptement à la limite de la vallée, où un sentier bien battu nous annonça

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que Jious allions ({ulllei' lo désert. A quelques milles plus loin, nous nous trouvâmes au pied d'une masse de rochers fortifiés qui surgit brusquement au-dessus du sol de la plaine. Ce lieu, nommé Jannah-Siri, est l'objet de plusieurs croyances superstitieuses. Ceux qui vont dormir sur le sommet du rocher y subissent, dit-on, l'influence de l'esprit malin. Dans un avenir plus ou moins prochain, Ilarar sera détruit et Jannah-Siri deviendra une cité florissante. Quoi qu'il en soit, j'exécutai l'ascension et ce fut une imprudence, car on s'imagina aussitôt que je voulais étudier les moyens de construire un fort, et le bruit se propagea jusqu'à lîarar avant que j'y fusse arrivé. Sur la plate-forme de Jannah-Siri, ombragée par de vénérables sycomores, nous trouvâmes des restes de rempart ainsi que des puits et des maisons en ruine, refuge d'un chat-huant et de bon nombre d'oiseaux de proie.

Lorsque, après une heure de marche, nous fûmes parvenus au sommet d'une éminence, l'aspect du pays changea tout à coup d'une manière presque magique. Devant nous se déroulaient de petites Alpes formant de ce côté le second gradin du grand plateau d'Ethiopie. Les flancs de ces collines étaient ombragés de noirs sapins, tandis que leurs sommets étaient

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couronnés par la rampante végétation des cactus. A nos pieds, dans une vallée profonde, serpentait un ruisseau d'eau courante dont la vue était délicieuse pour nos yeux fatigués de l'aridité du désert. A l'horizon, enfin, derrière une masse confuse de montagnes et de vallons, régnait une longue ligne bleue, si unie, qu'elle ressemblait à la mer vue dans le lointain. Derrière nous brillait le désert, réfléchissant les ardeurs du soleil. — Nous avions atteint les premières limites du pays civilisé, où l'homme, renonçant à la vie pastorale, se livre à la culture de la terre, et cherche dans un travail sédentaire les moyens d'accroître son bien-être.

Les champs, tantôt disposés en terrasses, tantôt enclos seulement par des haies fleuries entre lesquelles circulent de nombreux sentiers, avaient dans leur aspect quelque chose de la rustique Angleterre ; et quand je m'approchai davantage , la vue de la marguerite , du chardon ou de l'aubépine raviva tous mes souvenirs d'Europe. Les villages n'étaient plus des campements temporaires : la hutte du kraal était désormais remplacée par la gambisa, cabane plus solide ^qu'on retrouve dans toute l'Afrique centrale et dont la forme est celle d'une cloche. Son toit conique en roseaux ou en feuilles d'arbre est surmonté par

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rexlmiiilé supérieure d'un poteau central que couronne une gourde ou un œuf d'autruche. Protégées par de fortes haies d'épines, ces habitations sont répandues sur les flancs des collines, dans toutes les directions. Près d'elles sont des bouquets de grands arbres aux branches desquels on voit suspendus, comme des cages d'oiseaux, les cylindres en nattes qui, dans ce canton, tiennent lieu de ruches. La moisson dorée du holcus avait récompensé le travail du laboureur. Dans certaines places, de hautes gerbes couronnées de leurs épis ressemblaient à des faisceaux d'armes et se trouvaient prêtes à être enlevées ; en d'autres endroits, le sol dépouillé annonçait que le moissonneur avait achevé sa tâche. Assis sur des plates-formes de roseaux établies à la cime des arbres, de petits garçons s'occupaient d'effrayer par leurs cris les oiseaux rapaces, tandis que leurs pères coupaient le grain avec de petites faucilles , le battaient en se servant d'un fléau grossier, ou le vannaient dans de larges pelles de bois. Les femmes égrenaient les épis, semblables pour la forme à des pommes de pin , dans des troncs d'arbre creusés de manière à servir de mortiers; ou bien, atin de rendre l'aire impénétrable aux insectes, elles Tenduisaient avec du fumier de vache. Elles disposaient les épis en tas réguliers d'une

belle couleur jaune croisée de raies rouges. Elles rangeaient les tiges, armées de piquants comme l'épi lui-même , pour en faire des clôtures destinées à écarter les cochons sauvages. Tous ces travaux semblaient plaire à ceux qui les exécutaient. Le chant de la moisson retentissait de toute part , et pour nos oreilles si longtemps attristées par le silence du désert, ce bruit confus des habitations humaines semblait être une douce harmonie.

Ayant choisi pour le lieu de notre halte les bords d'un joli ruisseau, nous fûmes promptement entourés par les habitants du pays. Ils étaient sans armes ; et pour la première fois depuis bien des jours nous n'étions point accueillis par des cris assourdissants. Des widads se réunirent pour nous féliciter, et quelques Habr-Awal passant avec une caravane nous donnèrent le salam, en nous appelant cousins. — « Yoyez, s'écria Le Hammal, chez nos amis nous nous égorgeons , et chez nos ennemis nous sommes devenus des fils d'oncles! »

Dans l'après-midi, nous traversâmes encore un canton plein de champs cultivés, de villages et de ruisseaux. Le vent étant violent, La Fin-des-Temps eut occasion de nous citer le proverbe somali : a Le chaud fait mal, mais le froid tue. » Il gèle quelquefois dans ces

montagnes : ce soir-là, l'air devint si glacial, qu'après une heure et demie de marche il fallut nous arrêter. Les widads nous tinrent longtemps éveillés par le bruit de leurs disputes théologiques. L'un d'eux avait posé cette question : Vous est-il permis de prier sur une montagne, lorsqu'une plaine est à votre portée? — Ceux-là soutenaient le pour, ceux-ci le contre, et la controverse se prolongea pendant plusieurs heures avec une chaleur inexprimable.

Le lendemain mercredi nous arrivions de bonne heure à AYilensi, résidence du gerad. Celui-ci avait été forcé de s'absenter pour surveiller la réunion d'un troupeau de deux cents vaches destiné à l'émir, comme prix du sang d'un habitant de Harar. Dahabo reçut dans sa demeure son frère Beuh avec Le Haramal, le Calender et les deux femmes; tandis que, suivi duLong-Guled et de La Fin-des-Temps, je fus conduit au logis de la plus jolie des femmes du gerad, nommée Sudiyah. Elle était grande, bien faite, et la nuance de son teint était un brun clair. Sa parure consistait en une large toba de Harar, avec des boucles d'oreilles en argent et une espèce de collier composé de petites clochettes de même métal. Elle fit préparer immédiatement des lits pour nous dans un lieu commode, et, par son or-

(Ire, on nous servit un repas composé de bœuf bouilli, de courges et de gâteaux. Mon séjour dans cette demeure me permit d'observer les usages domestiques des Somals sédentaires. L'intérieur de la gambisa est toujours fort simple. Dès qu'on a dépassé la porte, qui est formée d'une seule planche montée sur des gonds en bois, on trouve un espace divisé par des claies à hauteur d'appui, en trois compartiments, attribués aux hommes, aux femmes et aux bestiaux. Les chevaux et les vaches, retenus par des entraves, sont placés à gauche de l'entrée et remplissent l'habitation d'une épouvantaT)le vermine. Les femmes occupent la droite, où se trouve un large foyer en pierre élevé au-dessus du sol. Enfin, la partie la plus reculée, qui est aussi la plus confortable à cause de son éloignement de la porte, est réservée aux hommes. La fumée noircit incessamment les poutres du toit : lorsqu'elle devient intolérable, on ouvre une petite fenêtre destinée à lui donner issue; mais rarement on a recours à cet expédient, parce que la fumée, de même que la graisse et la saleté, contribuant à entretenir la chaleur, plaît à tous les sauvages. La simplicité de l'ameublement répond à celle des dispositions intérieures. La tige dun jeune arbre, dont les branches ont été réduites à l'état de crochets,

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sert de support aux boucliers ; les lances sont rangées contre la muraille; les vêtements, ainsi que tous les objets susceptibles d'être attaqués par la fourmi, sont suspendus à des chevilles plantées dans le mur ou dans le poteau central qui soutient le toit. La vaisselle se compose de gourdes desséchées à la fumée, de petites tasses en faïence grossière de Harar, de grandes écuelles de bois, et, enfin, de cuillers élégamment sculptées. La maison où l'on m'a recueilli a pour habitants, outre la geradah et son -jeune enfant, quelques filles esclaves, un serf gallas et plusieurs serviteurs somals. C'est pourquoi, sans compter l'arabe, j'entends parler autour de moi trois langages différents, le harari, le gallas et le somali.

Bien avant l'aurore, la maîtresse du logis se lève, éveille ses femmes et prépare le repas du matin. Comme le mécanisme du moulin est parfaitement inconnu, c'est à force de bras que le grain du holcus est écrasé sur une dalle à l'aide d'un lourd rouleau de pierre que l'ouvrière tient par les deux bouts, en pesant sur lui de tout son corps. Des aspersions successives transforment la farine en une pâte assez fine, qu'on cuit ensuite dans le four. Il faut ainsi un travail de plusieurs heures pour produire quelques livres de pain. Vers six heures du malin apparaît un déjeuner sub-

stantiel de bœuf ou de mouton rôti, accompagné de gâteaux, le tout noyé dans du bouillon. Parmi les hommes, un petit nombre seulement pratique Tusage des ablutions, mais tous, avant de s'asseoir pour manger, se sont servis de la brosse à dents (l). Après le repas, ils se livrent à des occupations diverses et conduisent les bestiaux au pâturage jusqu'à onze heures, temps marqué pour le dîner. Il n'y a aucune variété dans les mets qu'on nous sert; c'est toujours de la viande avec du pain ou des gâteaux de hoicus. On méprise ici la chair des oiseaux, et l'on considère les végétaux comme dignes seulement d'être la nourriture du bétail. Pendant le jour, la porte n'est jamais close : hommes, femmes et enfants entrent en foule, et la geradah se contente de leur demander en criant « s'ils viennent voir un singe. » — Ma bouilloire excite particulièrement leur surprise : quelques-uns pensent que c'est une autruche, d'autres que c'est un serpent. Sudiyah, cependant, qui a découvert son usage, m'adresse des supplications irrésistibles, afin d'en obtenir le don. Les filles esclaves sont constamment occupées

(I) L'usage de la brosse à dents est remlu indispensable par l'Iialiilude de mâcher continiicllemcnl du tabac.

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à écraser le grain, à cuire les aliments et à se quereller avec des voix discordantes. Les hommes ont peu de travail. Ils passent leur temps à mâcher du tabac, à causer et à faire friser leur chevelure par un coiffeur de profession. Le soir, les chevaux et les bestiaux rentrent au logis. On les parque pour la nuit et Ton trait les vaches. Cette dernière opération terminée, tout le monde se met à souper de grand appétit. On s'assied ensuite autour du foyer pour causer gaiement et pour boire le farshu ou bière de millet. Plus d'une fois j'ai voulu essayer ce breuvage, et toujours je Tai trouvé détestable. Il porte à la tête, sans doute parce qu'il est mélangé avec quelque écorce vénéneuse. On le sert dans des bouteilles de gourde et on le boit dans des gobelets fabriqués avec la même matière. L'hilarité des buveurs s'accroît à mesure que la liqueur enivrante produit son effet. Le lendemain, ils s'éveillent avec des yeux pesants et de violents maux de tête; mais cette incommodité que nous redoutons, parce que nous appartenons à une race laborieuse, ne gêne nullement les Somals oisifs, car elle les provoque au sommeil, en même temps qu'elle fournit une occupation à leur esprit toujours vide.

Immédiatement après notre arrivée à Vî\lensi, nous avions fait partir Yusuf Dera,

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second fils du gerad, pour engager celui-ci à revenir chez lui au plus tôt. En attendant, je fis tous mes préparatifs de départ pour le cas où Adan ne pourrait nous fournir une escorte. Schéhérazade et Dinarzade, ayant appris que la petite vérole sévissait à Harar, et craignant pour leurs charmes, me supplièrent de les laisser chez la geradah, ce qui me détermina à confier de nouveau ces charmantes personnes à la garde du Calender, malgré les mâles objections de celui-ci contre un emploi aussi dégradant. Le vaillant Beuh fut revêtu de la toba resplendissante qui lui avait été promise ; et, comme rien au monde n'eût été capable de le résoudre à s'approcher de Harar, je le congédiai avec quelques petits cadeaux et je pris pour guide en sa place un vieux Bédouin girhi nommé Mad-Saïd. Mes chameaux étant incapables de supporter une route de plusieurs jours dans les sentiers rocailleux des montagnes ; je les plaçai sous la surveillance de Sherwa, espérant que le repos rétablirait leurs forces épuisées. Persuadé, enfin, que mon bagage se trouverait plus sûrement placé à AVilensi qu'à Harar, je résolus de le laisser entre les mains de mes hôtes, me contentant d'emporter avec moi deux petits sacs de cuir formant la charge d'une seule mule. Ces dispositions étant achevées, je me remis

en selle le 29 décembre, à dix heures du matin, et je partis avec le reste de mes gens, sous la conduite de Mad-Saïd. >"ous cheminâmes pendant plusieurs heures à travers une population désarmée qui se pressait en foule autour de nous. Un homme, toutefois, se permit cette réflexion : « A quoi lui sert son fusil? Avant qu'il puisse se procurer du feu, je lui passerais une flèche à travers le corps. » — Aussitôt je déchargeai un de mes canons audessus de la tête de l'indiscret, ce qui changea ses observations en des cris de terreur. Mes trois compagnons, se voyant hors de leur pays, avaient renoncé à leurs lances pour reprendre leurs fusils.

Après avoir parcouru une longue vallée remarquable par sa fertilité, nous parvînmes à un défilé, et quand nous Teûmes franchi, nous nous trouvâmes en face d'an paysage des plus remarquables. Les flancs des montagnes étaient couverts de noirs sapins, tandis que leurs sommets, dépouillés de terre végétale par les pluies périodiques de la mousson, étaient complètement nus. De plusieurs côtés, de blanches cascades se détachaient brillamment sur la surface brunie des rochers. Le pays était couvert de champs cultivés et d'habitations défendues par de hautes ciôlures. Enlin, l'horizon était borné par une longue suite de pics d'une

couleur ciiipourprce, et de montagnes d'un bleu d'azur. Dans une forêt séculaire, retentissaient les cris des pintades et des singes. — Si les cultures, au lieu des tiges jaunissantes du holcus, avaient offert à mes regards des récoltes de froment, j'aurais pu me croire dans quelque canton montagneux de la Toscane.

Arrivés, vers quatre heures, en vue du petit village de Sagharrah, composé de huit ou neuf maisons, et situé sur le flanc d'une colline, au milieu d'un beau bouquet d'arbres, notre guide nous fit apercevoir, à quelque distance, le gerad Adan, revenant chez lui accompagné d'une suite de quelques hommes. Nous déchargeâmes nos fusils pour le saluer, tandis qu'il se hâtait de se rendre à son habitation pour nous y recevoir. Ayant mis pied à terre devant sa porte, nous lui serrâmes la main, et nous fûmes conduits à travers une foule de curieux ou d'oisifs dans une cabane oîi l'on nous régala de tranches de pain trempées dans un mélange de miel et de beurre acide. Le gerad nous laissa prendre notre repas et ne reparut qu'après quelques moments. Comme j'avais à réclamer de lui un service important, je l'observai avec une grande attention.

Adan-Ben-Kaushen était un vigoureux Bédouin pur sang, d'environ quarante-cinq ans, et de haute taille, avec des traits caractérisés,

un sourire faux eî un regard incertain. Quant à son caractère, je trouvai que c'était un de ces esprits étroits et dissimulés avec lesquels il est particulièrement difficile de traiter. Ambitieux et bassement avide, il avait les idées si mobiles, que sa résolution semblait changer sans cesse. Il ne pouvait rester tranquille pendant une demi-heure, et cette agitation physique me parut être un symptôme certain du malaise moral qu'il éprouvait intérieurement. Quoique recunnu pour brave, ses nombreuses trahisons avaient détruit sa réputation. Quelques années auparavant, il avait fiancé l'une de ses filles au fils aîné du gerad Hirsi de la tribu des Bertéri; puis, contrairement à la coutume séculaire des Somals, qui regardent un pareil engagement comme sacré, il avait choisi un autre gendre. Une guerre s'en était suivie, et le prétendant évincé avait été tué. Adan était célèbre pour le nombre de femmes qu'il avait épousées. En mariant ses cinq fils et ses douze filles, il s'était aussi ménagé de nombreuses alliances. Sa sœur, la geradah Fatimah, était la veuve du père de l'émir actuel de Harar; et cependant le gerad aurait autant aimé se jeter dans la gueule d'un crocodile que de risquer sa personne dans la capitale du fils de son beau-frère. .Son principal motif pour nous accueillir favorablement était le désir éphé-

mère de coiisUuire un fort destiné à commander au commerce du pays et à tenir en bride la cité rivale dont il était le voisin. Il ne négligeait d'ailleurs aucun profit, si minime qu'il fût. Après avoir reçu un sabre, un turban, un vêtement arabe en satin, environ soixante et dix tobas et une provision d'étoffe de coton bleu, il se plaignit à moi, en particulier, de ce que Le Hammal ne,lui avait donné qu'une douzaine de pièces d'étoffe. La liste de ses demandes fera connaître le personnage. Il me pria de lui envoyer de Berberah un sabre à poignée d'argent, du savon, mille dollars, deux paires de bracelets d'argent, vingt fusils avec des munitions, du tabac en poudre, une robe de drap écarlate, quelques autres menus objets, et enfin, une certaine quantité de poison capable de ne pas tromper celui qui voudrait s'en servir. En retour, il devait nous donner des chevaux, des mules et de l'ivoire; mais il oublia parfaitement cette promesse au moment de notre départ.

Le gerad est un chef puissant, car il commande à une tribu nombreuse qui n'est pas subdivisée, comme celle des Bédouins, en plusieurs clans indépendants, ce qui lui permet d'exercer une influence prépondérante sur toutes les peuplades limitrophes. Les Girhi (c'est-à-dire, en langue somali, les girafes)

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comptent, à eux seuls, cinq mille boucliers et cent quatre-vingts villages. — Les autres habitants de cette région montagneuse sont les Gallas, les Bertéri et plusieurs clans de Somals, parmi lesquels deux ou trois reconnaissent distinctement l'autorité du gerad Adan. Le matin qui suivit mon arrivée à Sagharrah,jeme trouvai sérieusement malade. Tous mes hôtes sans distinction me comblèrent de soins attentifs et bienveillants. Le gerad envoya chercher de la bière à Harar. L'un des vvidads explora les jardins du village pour y trouver du kat (1); Yusuf Dera voulut absolument employer le remède du feu, auquel La Fin-des-Temps avait eu recours quelques jours auparavant, comme on l'a vu ; enfin, une troisième femme du gerad, nommée Rhayrah, et ses deux filles, jolies négresses de quinze et treize ans, sacrifièrent un mouton à titre d'offrande expiatoire à mon intention. Les Gallas chrétiens eux-mêmes, qui s'étaient empressés de me visiter, pleuraient sur le malheur c'e cet étranger qui était venu, si loin de son pays, inourir sous un arbre. Rien de plus facile en effet que de se procurer cette mort. Il suftirait que le visage du patient fût tourné du côté du mur pendant quatr£ ou cinq jours

(I) Voir plus haut, p. y.

seulement. — Mais expirer victime d'une ignoble colique ! c'était à quoi il était impossible de se résigner. Je pris donc cette énergi(iue résolution de vivre qui souvent atteint son but mieux que tous les remèdes.

Le 1" janvier 1855, me sentant plus fort, je revêtis mon costume arabe et je demandai au gerad un entretien particulier. Nous nous retirâmes dans un endroit écarté où je lui lus, avec un accent solennel, la lettre du hadji Scharmarkay. Adan parut flatté de ce que nous avions dirigé notre route à travers son pays plutôt que de passer chez les Eesa. Il aborda immédiatement la <]uestion de son fort. Il fallait que j'en fusse le constructeur, car son fils aîné avait rêvé que l'étranger blanc s'établirait dans le pays. Ayant discuté le projet à la satisfaction du chef, je fis apporter les fusils, et nous abattîmes quelques oiseaux, au grand divertissement de la foule. Pendant que nous étions ainsi occupés, arriva une troupe de cinq étrangers, avec trois mules équipées à la mode de Harar. Deux de ces hommes étaient des habitants de la ville ; les trois autres étaient des Somals de la tribu des Habr-Awal, qu'on disait être fort avant dans la confiance de l'émir, ils venaient régler avec le gerad la question épineuse du prix du sang. Après s'être assis une demi-heure, pendant laquelle ils

échangèrent avec nous de graves salutations, examinèrent nos ânes et s'informèrent du but de notre voyage, ils se retirèrent avec le gerad et lui dirent que cet Arabe, qu'ils venaient de trouver chez lui, n'était pas un marchand qui achetât ou vendît, mais un espion chargé (le recueillir des renseignements sur la richesse du pays ; qu'en conséquence il devait l'envoyer prisonnier à Harar avec les gens qui l'accompagnaient. Le chef répondit brièvement que ces hommes étaient ses amis et il engagea les Habr-Awal ùjeîcr au ventleurs paroles. — Trompés dans leur attente, ils repartirent immédiatement, emmenant avec eux les deux cents vaches et promettant d'olfrir nos salams à l'émir.

Évidemment le moment était venu de prendre un parti. Le gerad confessait la crainte que lui inspirait son parent l'émir, et il avouait avoir perdu déjà tous les villages qu'il possédait dans le voisinage. Quand je le priai de nous escorter, il me répondit franchement que cela lui était impossible. Je me restreignis alors à lui demander qu'il nous accompagnât jusqu'à sa frontière; mais il déclina encore cette demande, et il consentit seulement à nous donner pour guide son fils Sherwa.

Il ne me restait donc plus qu'à mettre de côté toute prudence, à payer d'audace et à me confier à ma bonne étoile, moyen qui a si heu-

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reusement servi au succès de tant de grands hommes. J'exposai l'état des choses à mes compagnons, alln de les déterminer sur-lechamp. Ils me proposèrent alors d'écrire à l'émir pour solliciter l'autorisation d'entier dans sa capitale. Je rejetai cet expédient pour un double motif. D'abord, en cas de refus de l'émir, je me serais trouvé absolument arrêté, et le but de mon voyage aurait été manqué. D'un autre côté, La Fin-des-Temps, toujours pièt à imputer ses propres méfaits à ses camarades, m'avait secrètement averti (jue ceuxci avaient pris leurs mesures pour intercepter ma lettre. Le Hammal et le Long Guled étaient parfaitement incapables de cette trahison; mais notre misérable prédicateur était terrilié par la pensée du voyage de Harar. Aussi sa physionomie devint-elle radieuse quand je lui signifiai mon intention de le laisser à Sagharrah chez le gerad; et, quoique ouvertement taxé par moi de poltronnerie, il ne prit pas même la peine de cacher sa joie. J'avertis alors les deux autres que jusque-là nous avions agi en vieilles femmes plutôt qu'en soldats, et qu'avant de revenir à Aden, il fallait absolument que nous tissions preuve de résolution. Je leur dois cette justice que, dès qu'ils me virent déterminé à partir, ils n'hésitèrent plus. Leur conduite était d'autant plus méritoire que, la

veille encore, des voyageurs les avaient avertis que, s'ils faisaient cas de leur vie, ils devaient bien se garder d'accompagner ce Turc à Harar. Une fois en selle, tous leurs scrupules disparurent; ils déclarèrent que, s'ils étaient tués, je saurais les venger, et que, si nous réussissions, leur récompense était assurée. Le Ilammal surtout, dans toutes les circonstances périlleuses, se conduisit avec une fermeté qui me fat singulièrement utile ; et cependant c'étaient deux vrais Orientaux. En voici la preuve. Quand, fatigué des délais qu'on me faisait subir à Harar, je méditais de m'échapper, ils me déclarèrent nettement que des résolutions prises après coup ne servent jamais à rien ; et tandis que je calculais nos chances de salut, ils se voyaient déjà saisis, garrottés et ramenés à la ville par les gardes de l'émir. Tel est généralement l'effet du fatalisme oriental.

Alors j'écrivis en anglais, au nom de l'agent politique d'Aden, une lettre adressée à l'émir (le Ilarar, et je résolus delà lui remettre moimême, en dépouillant le déguisement que j'avais gardé jusque-là. Deux motifs me déterminèrent à prendre cette résolution suprême. Premièrement, toutes les races chez lesquelles je venais de voyager regardent comme un déshonneur l'acte de cacher son origine. En second lieu, mon visage blanc

m'avait fait passer pour un Turc, c'est-à-dire pour un homme dont la nationalité, en l)ulte à plus de haine et de soupçons qu'aucune autre, est en même temps dépouillée du prestige qui entoure généralement les Européens. Avant de quitter Sagharrah, je confiai à La Fin-des-Temps quelques lignes adressées au lieutenant Ilerne à Berberah, pour instruire cet officier de la conduite qu'il devait tenir en cas d'accident. Notre bagage fut réduit de nouveau. La plus grande partie fut laissée chez Adan, et un seul âne porta ce qui nous était strictement nécessaire, c'est-à-dire un habit de rechange pour chacun de nous, un volume ou deux, du biscuit, des munitions et un peu de tabac. Mon escorte se composa de Scherwa, d'un Bédouin nommé Abtidon et du vieux Mad-Saïd, ce dernier montant la mule de La Fin-des-Temps.

Le 2 janvier, tous les habitants du village s'assemblèrent et récitèrent le fat-hah pour nous, en exprimant la réflexion consolante que nous étions des hommes morts. Nous partîmes. Au premier village que nous rencontrâmes, Sherwa, me déclarant qu'il ne pouvait nous accompagner plus loin, se fit remplacer par un homme armé qui devait nous faire passer un défilé appartenant aux Gallas. Arrivés au pied d'une haute montagne nommée

Kondura, notre chemin devint un simple sentier de clièvres tracé sur le flanc des rochers, à travers une épaisse foret de pins auxquels se mêlaient d'immenses cactus. Le paysage était tout ce qu'on peut imaginer de plus sombre et de plus pittoresque. Un vent glacial se faisait sentir; les rayons du soleil, arrêtés par le noir feuillage des sapins, arrivaient à peine jusqu'à nous, et, sur un gazon humecté par le brouillard, j'apercevais encore une fois des chardons et des marguerites, ainsi qu'une petite fleur bleue qui, à distance, ressemblait à la violette.

Bientôt nous fûmes arrêtés par une demidouzaine de Gallas armés, h la tête desquels était le chef qui possède le défilé. Deux piques croisées représentaient la porte que nous avions à franchir et dont le passage était soumis à une taxe. Ce ne fut pas sans peine que nous persuadâmes à ces gens-là que notre âne ne portait aucune marchandise, car ils tiennent infiniment à ne pas se départir de l'exercice de leur droit héréditaire. Tournant la montagne de Kondura par son côté nord, nous entrâmes ensuite sur le territoire de l'émir. A Irejite milles environ devant nous, au delà d'une suite de vallées et de collines azurées, apparaissait, sur la pente jaunie d'une montagne dépouillée de sa moisson, un point noir:

c'était Harar. — Je m'arrêtai quelques moments pour jouir en silence de mon succès.

Nous nous hâtâmes. A^ers la fin du jour, nous avions gagné dix milles dans la direction que nous suivions, et nous avions atteint le village de Gafra, habité par des laboureurs chargés de la culture des propriétés du gerad Adan. Ils poussèrent des cris de joie en reconnaissant leur vieil ami Mad-Saïd, nous conduisirent à une gambisa vacante, la nettoyèrent, y tirent du feu, mirent nos mules au pâturage, et s'empressèrent pour nous procurer un bon souper. Leur contentement d'ailleurs fut quelque peu tempéré par les deux habitants de Harar, qui les menacèrent en secret de la colère de l'émir s'ils osaient donner à manger à ce Turc.

Quand le soir fut venu, nos ennemis les Habr-Awal nous envoyèrent un message pour nous proposer d'entrer dans la ville avec nous, si nous voulions attendre le lever du soleil. Comme le gerad m'avait conseillé de ne pas provoquer ces gens-là, je répondis poliment, contre l'avis de mes deux compagnons, que nous les attendrions jusqua huit heures du matin.

Le lendemain, à sept heures, nous fûmes informés que les perfides Habr-Awal étaient partis dès minuit avec le troupeau de vaches..

Devinant leurs intentions hostiles, je laissai mon journal, mes dessins et mes livres entre les mains d'un vieux Girhi du village, avec recommandation de les faire passer au gerad Adan ; et je résolus de n'emporter que nos armes, avec les présents destinés à l'émir. Nous sellâmes nos mules et nous avançâmes vers la ville aussi rapidement que nous le pouvions, à travers tous les accidents d'un pays de montagnes, car je voulais que les trois Haljr-A\val ne pussent nous devancer.

Vers midi, nous traversâmes la rivière Erar, dont le lit, large d'environ cent pas, ne eontenait qu'un assez mince filet d'eau fraîche et limpide coulant sur un fond de sable. Personne n'a pu me donner une information précise sur l'origine et la direction de ce cours d'eau, le seul qui soit permanent entre Harar et la mer.

Le fond de la vallée n'offrait que des champs de holcus prêts à être moissonnés. Sur notre chemin nous rencontrâmes de nombreux paysans gallas revenant du marché de la ville, et rapportant vides les vases qui avaient contenu le lait et le beurre qu'ils venaient de vendre. Tous s'étonnaient hautement en voyant arriver ce Turc dont ils avaient entendu dire tant d'horreurs.... Comme nous commencions à remonter la pente opposée, parut un notable

habitant de ïlarar, monté sur une mule richement caparaçonnée et suivi de sept serviteurs : c'était un vieillard à visage pâle et à barbe blanche, vêtu d'une belle toba et d'un turban blanc rayé de rouge. Il ne portait pas de bouclier, mais un large sabre d'Abyssinie était suspendu à son épaule gauche. Nous échangeâmes des salutations polies, et, comme j'étais fort altéré, il ordonna à l'un de ses gens de m'ofFrir un verre d'eau. Non loin de nous, sur la colline, nous apercevions les deux cents vaches du gerad; mais les misérables Habr- Awal avaient pris les devants.

Vers deux heures après midi, nous fîmes halte pendant quelques minutes près d'un grand arbre au vaste feuillage, sous lequel étaient assises des femmes qui vendaient du beurre clarifié et du coton non lilé. A deux milles de distance environ, sur le sommet d'une colline, apparaissait la ville, offrant une Ion gue ligne de constructions dont la couleur sombre contrastait profondément avec la blancheur ordinaire des cités d'Orient. Cet aspect fut une véritable déception pour nous, car rien de remarquable ne s'offrait à notre vue, si ce n'est deux minarets grisâtres, de proportions grossières. Bien des gens auraient regretté d'avoir exposé la vie de trois hommes pour atteindre un si misérable but. Mais,

jusqu'alors, de tous les vovageurs qui avaient tenté l'entreprise, aucun n'avait réussi. C'est pourquoi, cher lecteur, tandis que mes compagnons échangeaient un regard de désappointement, j'éprouvai un sentiment d'exaltation.

Poussant nos mules avec ardeur, nous avancions au grand trot, quand Mad-Saïd nous lit faire halte pour réciter un fat-hah en Ihonneur de deux grands saints musulmans qui reposent près de là sous un l)Ouquet d'arbres. Des deux côtés de notre sentier le sol était fertile. Des massifs de platanes, de citronniers et de grenadiers annonçaient des jardins dont la porte était gardée par le crâne blanchi d'une vache cloué à un poteau. En même temps nous apercevions des plantations de café, de safran et de kat. A un demi-mille à l'est de la ville, nous trouvâmes uu ruisseau nommé l'Eau-du-Café. Le passage incessant des gens qui le traversaient en ce moment n'empêcha pas mes compagnons d'y faire leurs ablutions. Tandis qu'ils étaient occupés à laver leurs tobas, je me retirai à l'écart pour esquisser la vue de la ville.

Notre tache respective étant achevée, nous nous engageâmes dans une espèce de tranchée ouverte dans le rocher et bordée par de grands cactus. Elle conduit on tournant jusqu'au

DANS LAFHIQLE ORIENTALE. 175

sommet du plateau. A droite sont des champs de holcus qui louchent aux murs de la ville; à gauche est un cimetière, et en face se trouvent les fortifications. Devant une haute porte pratiquée dans le rempart, nous rencontrâmes un groupe d'habitants oisifs qui se promenaient en causant. Il était trois heures après midi : nous venions de parcourir vingt milles en cinq heures (1).

Mad-Saïd, s'avançant vers la porte, accosta un vieux gardien qu'il connaissait depuis longtemps, le chargea de nos salams pour rémir, en lui disant que nous arrivions d'Aden et que nous sollicitions l'honneur d'une audience. Tandis que cet homme partait pour

(l) Voici le tableau des stations et des distances composant Pitlncraiic de .M. Burton :

1' De Zayla à Gudingaras 19 milles.

2'' De Gudiniraras à Kuranyali ... 8 »

01 De Kuranyali à Adad 25 »

-1» D'Adad à IJamal H »

5" De Damai à El Armo 11 »

(■>o DEl Armo à Jiyaf 10 »

7" De Jiyaf à Tarbrc d'Halimalah . . 7 »

8" D'Halimalah à Aububah .... 21 >»

•J" D'Aububah au Koralay 25 »

10" Du Koralay à Harar 63 »

Total. . . 202 milles,

ou 325 kilomètres.

s'acquitter de son message, nous nous assîmes au pied d'un bastion circulaire où nous devînmes aussitôt Tobjet de l'attention, des plaisanteries et même des conseils des promeneurs des deux sexes. Les trois Habr-Awal s'approchèrent alors et nous demandèrent d'un air mécontent pourquoi nous ne leur avions pas fait savoir notre intention d'entrer dans la ville. Comme il y avait désormais entre nous guerre ouverte, nous ne daignâmes pas leur répondre.

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