LIEDS
Et puisque iout est semblable ^ tous les soleils des années, toutes les souffrances (ies jours y écoute flotter et bruire l'âme de la légende.
Le vieux rêve se meut dans une atmosphère aimante, aux douleurs lointaines les pardons faciles; écoute dans le temps $ourire tes frères morts.
Regarde au jardin de la légende, et les yeux profonds, ixite entrevus, et les nefs éternelles errantes, et la chanson qui s'écoute à toutes rouies. Regarde aux barlolures de passants, et* sous tant de robes, tant de s^p%blables çceurs*
io8 pi\em;eiis poèmes
File à ton rouet, file à ton roaet, file et pleure Ou dors au moutijer de tes indifFérences
Ou marche somnambule aux nuits des récurrences Seule à ton rouet, seule file et pleure.
Sur la route, les cavaliers fringants Poussent les chevaux envolés dans le vent, Souriants et chanteurs s'en vont vers les levants Sur la route ensoleillée les cavaliers fringants.
File à ton rouet, seule à ton rouet, file, et pleure. Seule à ton rouet, file, crains, pleure.
Et celui dont la tendresse épanouie
Souffre aux nerfs, aux soucis, à Fouie,
LES PALAIS NOMADES lOQ
Celui-là s'en ira pour consoler ses doutes Aux refuges semés le long* des âpres routes ;
Suspends aux greniers les chanvres rouis.
File à ton rouet, les chansons sont légères, Les images redisent les gloires des marins,
Les chansons s'é vident aux heures plus légères, Proches du retour sonore des marins.
Et voici, las des autans et des automnes
Au ciel noir des flots qui tonnent, Le voici passer qui vient du fond des âges, Noir et brun, et si triste : et les lents marécages De ses yeux où demeurent stagnantes les douleurs S'arrêteront épars sur tes yeux de douleurs.
Seule à ton rouet, file et pleure Tes candeurs nubiles s'en iraient au gouffre Au gouffre lamé de passé qui souffre Depuis les temps, les temps, les leurres et les leurres. File à ton rouet, seule file et pleure.
PREMJEIIS POEMES
Ah la fillette aux fols palais
Quels chemins de croix as-tu faits
Pour t'en venir à la chaumine
Où la huche crie famine
Et l'âtre au seuil désert poudroie
Celte nuit de pluie où le vent guerroie ?
Je suis partie de grand matin
Avec ma mante de satin
Le long" des trilles et des rondes
Et les ruisselets tant abondent
D'odeurs éparses en pâleurs
Que j'en suis restée tout en pleurs.
Toi des temps, que n'es-tu venue Lorsque j'attendais ta venue
LES PALAIS NOMADES
Anxieux des pas et douloureux Des prunelles des amoureux, Quand je façonnais aux jardins Des divans d'ombre à tes destins ?
Des cavaliers qui sont passés Si las de lointaines déroutes^ Et je voyais leur capitaine Si fier soldat et tant blessé Qu'à l'ouïr me suis arrêtée Contant les contrées incertaines.
Fille frêle, le froid se gîte A la masure qui s'effrite ; Retourne-t'en vers tes palais Blancs de cygnes, aux parcs violets.
Je m'en irai de grand matin
Vers la route où passent les trouvères
Avec ma mante de satin
Et te laisserai le levain
Le levain des attentes amères.
PREM IEHS^POÈMBS
C'est vers ta chimère
Vers les gonfalons et les pennoDS de ta chimère
Que vont les désirs en pieux pèlerins, —
Pèlerins fatig^ués des rythmes obsesseurs
Reposez-vous à Tombre acquise
A Tombre apaisée dormez les sommeils berceurs des haltes.
A l'ombre de Tarbre des désirs Endormez vos inquiétudes, endormez Vos chansons et vos frissons des antans
Et les pennons brodés d'Orient, glacés de lacs^ les pennons mauves Dômeron t en flots d'apothéoses, dômeront vos fallaces, vos visionnaires
[trêves
LES PALAIS NOMADES Il3
L'or de tes cheveux s'ébroue
A tous les matins des grèves
Et ta caresse qui s'achève
En lents retours, en lents caprices, en lentes morsures si sûres.
Dormir comme on s'étend blessé,
Gomme on s'en va glisser vers les mirages
Les mirages du rêve, les mirages des espérées,
Dormir hors le réel
Vers tes lacs bleus^ tes plaines blanches, tes jardins rouges.
« Et puis finir — (Oh si lointain Le son d'antiques mandolines)
Et puis finir, Le château sans trêve et sans paix croule et meurt.
Il4 PREMIERS POÈMES
Les soirs d'aatomne au bois des peurs
La cabane tremblotante et la chapelle illuminée,
Les soirs d'automne parés de lune.
Tête basse attend le destrier le cavalier tueur de mâles.
Qui bondirait dans les mêlées,
Et dont la rapière serait
Un ourag'an aux nuit des consciences
Et dame Bertrade prie Pour le retour du cavalier Du cavalier qui n'est point venu Las I et ne viendra jamais
Cependant qu'un rire moqueur Éclate sans lèvres dans les branches.
LES PALAIS NOMADES
Ce rêve de ta vie qu'elle fût mienne, sitôt enfui
Et les minutes de nos mains se serrant, sitôt enfuies
Vers les astresde mâle aventure qui de cette heure dans ma nuit ont lui
Dans la démence d'un rêve éveillé marchent mes sens
Dans la logique léthargique d'un rêve éveillé maléfique
Mes sens sont en partance vers l'inconnu des passés évanouis.
Mon âme assiste à tes apparences passantes, Mon âme assiste à tes baisers magnifiés et caressés D'ondoyantes rumeurs d'unanimes consentements.
Ce rêve de ta vie, familier des heures, des lentes heures, plus lentes
Depuis que se sont les minutes enlacées, évanouies —
Ton rêve perpétue les lentes traînes de tes regards aimants.
Il6 PREMIERS POÈMES