MÉMORIAL
A Vinstant de vie lumineux^ à Verreur cherchée et hérie^ carrefour des voix de la vie, infatigablement tout ramène.
Des regrets qui voudraient quelque douceur. Si belle est toute perdue, si regrettée toute exilée, si désirée toute chassée, aux heures mauvaises du seul.
Fuir vers le passé, et citer de véracité les illusoires, les débiles prouesses^ et toujours et partout le dernier passé se lève, trouble, et dévaste.
Quel premier instant nous jeta débiles, aux pieds d'argile; quel inéluctable avenir ordonna la douleur et le silence séparés.
Partout et toujours le dernier passé, minute qui se perpétue de solitaire épouvante.
LES PALAIS NOMADES I I 7
Tes bras sont Tasyle
Et tes lèvres le parvis
Où s'éventèrent les parfums et les couleurs des fleurs et des fruits,
Et ta voix la synagogue
D'immuables analogies
Et ton front la mort où vogue ^
L'éternelle pâleur
Et les vaisseaux aux pilotes morts des temps défunts.
Tes rides légères le sillage gracile
Des âges aux récifs difficiles
Où le chœur des douleurs vers tes prunelles a brui
Ses monocordes liturgies
Danse sans rêve et sans trêve ; Il n'est d'inutiles ébats Que ceux que tu dansas pour moi Oh toi l'exsangue, oh toi la frôle, oh toi la grêle
byGoogk
A qai mes baisers
Firent un tapis triomphal, rosé
Des aurores où nous menâmes
Nos pas, nos regards et nos âmes
Nos sens jaloux, nos âmes grêles, —
Tu demeures la ruine éclairée par les torches
Tandis que les grands vents ululent sous les porches
Souffletant de folioles errantes les écussons.
Et sans décolérer, Tagrégat des chimères En souffles, en râles, en hurlements Assiège de clameurs la part de firmament Que laisse la ville à nos misères.
Par les chemins un if ormes
Et par les houles multiformes
En souffles, en râles, en sons d'orgue lointain
C'est la si semblable à moi
Par les ressauts et les émois
Et l'intime et cruel débat
Et le morne ressouvenir des temps incertains;
Et si lent s'éteindre le ressouvenir
De la bouche, de la bouche qui mord
Et plus lent encore, plus lent à venir
Le dédain des chimères sans mors .
LES PALAIS NOMADES I ig
Oh mes châteaux en Espagne Loin exilés et tard construits Où le chœur des douleurs à brui.
Oh mes châteaux en Espagne !
Les harpes sont éclatées, les harpes, hymnaires Aux louang-es des mains morbides de la Jente souveraine ; Les rênes au long* du char désorbité traînent. Voici Tallégresse des âmes d'automne, La ville s'évapore en illusions proches, Voici se voiler de violet et d'orang-é les porches
De la nuit sans lune. .
Princesse qu'as-tu fait de ta tiare orfévrée ?
Les œillets charnels de baume s'éploient aux trous de la cuirasse
Les roseaux vers les moires de ta robe étalée
Bercent, graciles, leurs chefs fleuris des espérances innées.
Des ailes voletantes attendent aux anses silentes de bonace
Et les reflets de ciel, frissons d'appel, accurvés aux psaumes mémorés.
Digi
LES PALAIS NOMADES
« C'est rinstant chétif de se réunir, Elle est venue, la souveraine, Dans les épithalames, les forêts de piques et les cavales dans l'arène Et les proues balançaient aux flots bleus-, et les carènes,
Au havre de paix de ses yeux si bleus, Et cordelettes pourpres, et bandelettes blanches et sistres joyeux.
Dans leur allance aux paradis Par les sereines litanies Les pas s'en sont allés si loin que souvenirs. Les Tigres si lointains qu'ils en sont doux aux bras d'Assur Et les chariots trébuchants aux fêtes par l'azur, Planez parles fanaux plus roug'es.
Les allégresses, 6 sœurs si pâles, s'appellent et meurent Et la ronde a passé qui recommence et meurt.
Plus lointains les fanaux plus rouges. »
Écoutez refleurir les violes
Les nappes blanches retomberont En pans légers, en lins striés, en bandelettes, Et ces frissons aux nuits de fêtes.
« Les cimes viridantes, les acuminantes cimes Et ruisselèrent les casques et les étendards Et le lointain fug-ace où souffrit le Khalife.
Les étendards nobles d'étoiles volent aux mêlées grondantes
Et s'offre et s'estompe, oh tes rues bleues et tes bazars et ces ifs.
Des pourpres et des ivoires de la chimère et rouge
La fleur éternelle» rose des fronts penchés.
En vain dans l'inutile sillage les arbres ébranchés ; Dans la coupe où l'oubli mêle aromates et pierreries Pense les jubilés laudatifs de la chimère Et les lèvres et ses lèvres Et Técharpe convolutante aux nuées orfévrées; A ces tapis se sont agenouillés les genoux priants du Khalife. Les mandores évocatrices ont dit. jd
Ah maudite Theure initiale des départs
Et l'or aux souks et les caresses auv felouques.
Et ces frissons aux soirs de îéte.
Aux rivages jamais abordés
Des plaintes lamentantes et féJines,
Des voix chuchotantes passent fiancées.
Des cygnes annonciateurs
Et des grèves roulées en pâleurs.
Et des tombes distantes et des langueurs féminines.
Et de pâles interrogateurs
Vers les môles prolongés d'abymes
Et les cieux et les cimes.
Du silence convalescent; finie la vague parole.
Le bruit des mers s'écoute et se rêve
Et les cerveaux se sont penchés.
Plus de signe ; tout est contraste et lignes.
Et que se dire :
Les légendes périmées
Les musiques désenlacées
Et les entrelacs pâlis :
Les filandières des arabesques
Au loin des temps s'en sont allées.
Sourires sans paroles aux larmes riveraines
Inconsolé de l'espace ag-gravé
Et soufiFrances de similaires malheurs
Malheurs on ne sait où, ni d'où quelles douleurs
Souffrances aux mondes loin
Aux mondes effarés du peut-être.
Être est si loin de ceux qui gardent le silence.
Eux perdus dans le fixe
Et quelle balance
Immobile de l'immuable en leurs yeux.
<( Toi dont les traits sont moins durs que les miens
Et plus frêle t'irradie
Et pourquoi coupe et fleur et cristalline
Dans tes plaintes sanglotantes et félines
Et d'où ?
Elles, quand s'afflige en verticales qui se foncent, le soleil. « Pourquoijseules I
LES PALAIS NOMADES 125
Pourpres banderoles
Où retirez-vous, vers quel fixe
Vos muettes consolations.
Ëtirements, affaissements, ô normes,
Quel fleur d'inconnu fane inutile aux reposoirs de nos soirs
Où frémit et languit une attente d'espérance vaine.
Aux rivag-es jamais abordés Aux grèves roulées en pâleurs
« Plus de simulacres dont nous sommes les reflets.
Plus de fêtes anciennes et vaines ;
mers câlinantes et susurrantes, mousses consolatrices
Accueillez nos repos des temps accumulés
Pesants de partout, et d'où ?
Nuag-es accueillez lesreg-ards de nos yeux sérieux
Et soyez le mirage et le miroir
Et le vaisseau des volontés condamnées
Hélas de si loin, et si longtemps et de partout
Et d'où.
Plus d'immuable et plus de fixe.
Mémoires restez captives Revenez aux porches de nos yeux Attentes vaines des désirs curieux Restez captives. »
Aux rivages jamais abordés
Des souffrances perpétuées de calme
Au pâle soleil attiédi
Le long du bruit de mers déferlantes et félines.
yGoogh
LES PAL^S NOMADES I27
Tes fêtes dans la ville, à ces soirs illuminés de fêtes Le thyrse des musiques à notre rêve à deux, Soirs, musiques, mirag-es décevants de durée calme Où sonibrentles présents dans les passés voulus lointains : Ah, c'est Tombre dispersée.
Dans la foule aux mains séparées, sais-tu revoir L'unique rythme de nos doubles pas Et mon regard enregistreur des courbes de ta face. De ta face, non plus semblable depuis notre rêve à deux A tes soirs si ternes vers les sommeils sans calme, A tes soirs, sais-tu revoir?
Ce timbre de ta voix parlant Téternelle lutte
O chère enténébrée des proches ombres, Point fixe, à tout regret, des cycliques volutes.
Dans ses mineurs argentins, sons de luth surhumain Je t'entends aux jours.
Ton miroir, éternelle ag-onie.
Ce serait vers toi que les pâles gcénies Ceux d'où tombent les fleurs qui balancent et se bercent Les fleurs immémoriales qu'on ne respire plus Descendent mains calmantes et mentent un jour de plus
Aux philtres du moi qui se résigne
Aux sois défunts Aux tristes, de n'avoir su vivre en leurs lèvres
Jetant les parures sans parfums
rêve à deux, défunt.
Aux soirs illunés, aux soirs illuminés,
Nous mêlâmes nos chagrins de vivre
Survivance désemparée.
Hune d'où revoir les lointains
Les lointains glacés des givres du vivre —
Chairs emparées^ mains séparées,
A jamais d'un non social séparées.
Et plus que l'ennui de vivre.
C'était ton front, la ligne blanche dans l'Infini Et tes masques l'heure des levers d'âmes iqfinies;
LES PALAIS NOMADES I29
Ta bouche sertissait Fabsence et Tenvolée.
Loin des bruits et des joies à plus vivaces envolées;
Tes yeux luisaient violets dans Tombre de la route, De la route sans issues ni voies, la bonne route ;
Ton corps qui s'appendait à mon bras, la conscience De n'être, parmi ces simulacres, seul de ma conscience.
Ëg'lised'un jour, Thosannab des sens, la faim des mystères A tes piedsd'un jour venaient s'enquérir vers tes mystères.
Hypothétique palais, hors mes erreurs du passé, Pourquoi Ves-tu drapée des méfiances de tes passés?
A ton moment, pourquoi mes lèvres acharnées
De ce naguère, ah combien dans l'ossuaire, sous des mains décharnées
De ce naguère, monotone redite, rythme identique. Pourquoi pour moi, le sens et le frisson de l'abîme.
l3o PREMIERS POÈMES