‹ Premiers poèmesChapitre 11 sur 29 · MÉMORIAL · texte numérisé non relu

MÉMORIAL

A Vinstant de vie lumineux^ à Verreur cherchée et hérie^ carrefour des voix de la vie, infatigablement tout ramène.

Des regrets qui voudraient quelque douceur. Si belle est toute perdue, si regrettée toute exilée, si désirée toute chassée, aux heures mauvaises du seul.

Fuir vers le passé, et citer de véracité les illusoires, les débiles prouesses^ et toujours et partout le dernier passé se lève, trouble, et dévaste.

Quel premier instant nous jeta débiles, aux pieds d'argile; quel inéluctable avenir ordonna la douleur et le silence séparés.

Partout et toujours le dernier passé, minute qui se perpétue de solitaire épouvante.

LES PALAIS NOMADES I I 7

Tes bras sont Tasyle

Et tes lèvres le parvis

Où s'éventèrent les parfums et les couleurs des fleurs et des fruits,

Et ta voix la synagogue

D'immuables analogies

Et ton front la mort où vogue ^

L'éternelle pâleur

Et les vaisseaux aux pilotes morts des temps défunts.

Tes rides légères le sillage gracile

Des âges aux récifs difficiles

Où le chœur des douleurs vers tes prunelles a brui

Ses monocordes liturgies

Danse sans rêve et sans trêve ; Il n'est d'inutiles ébats Que ceux que tu dansas pour moi Oh toi l'exsangue, oh toi la frôle, oh toi la grêle

byGoogk

A qai mes baisers

Firent un tapis triomphal, rosé

Des aurores où nous menâmes

Nos pas, nos regards et nos âmes

Nos sens jaloux, nos âmes grêles, —

Tu demeures la ruine éclairée par les torches

Tandis que les grands vents ululent sous les porches

Souffletant de folioles errantes les écussons.

Et sans décolérer, Tagrégat des chimères En souffles, en râles, en hurlements Assiège de clameurs la part de firmament Que laisse la ville à nos misères.

Par les chemins un if ormes

Et par les houles multiformes

En souffles, en râles, en sons d'orgue lointain

C'est la si semblable à moi

Par les ressauts et les émois

Et l'intime et cruel débat

Et le morne ressouvenir des temps incertains;

Et si lent s'éteindre le ressouvenir

De la bouche, de la bouche qui mord

Et plus lent encore, plus lent à venir

Le dédain des chimères sans mors .

LES PALAIS NOMADES I ig

Oh mes châteaux en Espagne Loin exilés et tard construits Où le chœur des douleurs à brui.

Oh mes châteaux en Espagne !

Les harpes sont éclatées, les harpes, hymnaires Aux louang-es des mains morbides de la Jente souveraine ; Les rênes au long* du char désorbité traînent. Voici Tallégresse des âmes d'automne, La ville s'évapore en illusions proches, Voici se voiler de violet et d'orang-é les porches

De la nuit sans lune. .

Princesse qu'as-tu fait de ta tiare orfévrée ?

Les œillets charnels de baume s'éploient aux trous de la cuirasse

Les roseaux vers les moires de ta robe étalée

Bercent, graciles, leurs chefs fleuris des espérances innées.

Des ailes voletantes attendent aux anses silentes de bonace

Et les reflets de ciel, frissons d'appel, accurvés aux psaumes mémorés.

Digi

LES PALAIS NOMADES

« C'est rinstant chétif de se réunir, Elle est venue, la souveraine, Dans les épithalames, les forêts de piques et les cavales dans l'arène Et les proues balançaient aux flots bleus-, et les carènes,

Au havre de paix de ses yeux si bleus, Et cordelettes pourpres, et bandelettes blanches et sistres joyeux.

Dans leur allance aux paradis Par les sereines litanies Les pas s'en sont allés si loin que souvenirs. Les Tigres si lointains qu'ils en sont doux aux bras d'Assur Et les chariots trébuchants aux fêtes par l'azur, Planez parles fanaux plus roug'es.

Les allégresses, 6 sœurs si pâles, s'appellent et meurent Et la ronde a passé qui recommence et meurt.

Plus lointains les fanaux plus rouges. »

Écoutez refleurir les violes

Les nappes blanches retomberont En pans légers, en lins striés, en bandelettes, Et ces frissons aux nuits de fêtes.

« Les cimes viridantes, les acuminantes cimes Et ruisselèrent les casques et les étendards Et le lointain fug-ace où souffrit le Khalife.

Les étendards nobles d'étoiles volent aux mêlées grondantes

Et s'offre et s'estompe, oh tes rues bleues et tes bazars et ces ifs.

Des pourpres et des ivoires de la chimère et rouge

La fleur éternelle» rose des fronts penchés.

En vain dans l'inutile sillage les arbres ébranchés ; Dans la coupe où l'oubli mêle aromates et pierreries Pense les jubilés laudatifs de la chimère Et les lèvres et ses lèvres Et Técharpe convolutante aux nuées orfévrées; A ces tapis se sont agenouillés les genoux priants du Khalife. Les mandores évocatrices ont dit. jd

Ah maudite Theure initiale des départs

Et l'or aux souks et les caresses auv felouques.

Et ces frissons aux soirs de îéte.

Aux rivages jamais abordés

Des plaintes lamentantes et féJines,

Des voix chuchotantes passent fiancées.

Des cygnes annonciateurs

Et des grèves roulées en pâleurs.

Et des tombes distantes et des langueurs féminines.

Et de pâles interrogateurs

Vers les môles prolongés d'abymes

Et les cieux et les cimes.

Du silence convalescent; finie la vague parole.

Le bruit des mers s'écoute et se rêve

Et les cerveaux se sont penchés.

Plus de signe ; tout est contraste et lignes.

Et que se dire :

Les légendes périmées

Les musiques désenlacées

Et les entrelacs pâlis :

Les filandières des arabesques

Au loin des temps s'en sont allées.

Sourires sans paroles aux larmes riveraines

Inconsolé de l'espace ag-gravé

Et soufiFrances de similaires malheurs

Malheurs on ne sait où, ni d'où quelles douleurs

Souffrances aux mondes loin

Aux mondes effarés du peut-être.

Être est si loin de ceux qui gardent le silence.

Eux perdus dans le fixe

Et quelle balance

Immobile de l'immuable en leurs yeux.

<( Toi dont les traits sont moins durs que les miens

Et plus frêle t'irradie

Et pourquoi coupe et fleur et cristalline

Dans tes plaintes sanglotantes et félines

Et d'où ?

Elles, quand s'afflige en verticales qui se foncent, le soleil. « Pourquoijseules I

LES PALAIS NOMADES 125

Pourpres banderoles

Où retirez-vous, vers quel fixe

Vos muettes consolations.

Ëtirements, affaissements, ô normes,

Quel fleur d'inconnu fane inutile aux reposoirs de nos soirs

Où frémit et languit une attente d'espérance vaine.

Aux rivag-es jamais abordés Aux grèves roulées en pâleurs

« Plus de simulacres dont nous sommes les reflets.

Plus de fêtes anciennes et vaines ;

mers câlinantes et susurrantes, mousses consolatrices

Accueillez nos repos des temps accumulés

Pesants de partout, et d'où ?

Nuag-es accueillez lesreg-ards de nos yeux sérieux

Et soyez le mirage et le miroir

Et le vaisseau des volontés condamnées

Hélas de si loin, et si longtemps et de partout

Et d'où.

Plus d'immuable et plus de fixe.

Mémoires restez captives Revenez aux porches de nos yeux Attentes vaines des désirs curieux Restez captives. »

Aux rivages jamais abordés

Des souffrances perpétuées de calme

Au pâle soleil attiédi

Le long du bruit de mers déferlantes et félines.

yGoogh

LES PAL^S NOMADES I27

Tes fêtes dans la ville, à ces soirs illuminés de fêtes Le thyrse des musiques à notre rêve à deux, Soirs, musiques, mirag-es décevants de durée calme Où sonibrentles présents dans les passés voulus lointains : Ah, c'est Tombre dispersée.

Dans la foule aux mains séparées, sais-tu revoir L'unique rythme de nos doubles pas Et mon regard enregistreur des courbes de ta face. De ta face, non plus semblable depuis notre rêve à deux A tes soirs si ternes vers les sommeils sans calme, A tes soirs, sais-tu revoir?

Ce timbre de ta voix parlant Téternelle lutte

O chère enténébrée des proches ombres, Point fixe, à tout regret, des cycliques volutes.

Dans ses mineurs argentins, sons de luth surhumain Je t'entends aux jours.

Ton miroir, éternelle ag-onie.

Ce serait vers toi que les pâles gcénies Ceux d'où tombent les fleurs qui balancent et se bercent Les fleurs immémoriales qu'on ne respire plus Descendent mains calmantes et mentent un jour de plus

Aux philtres du moi qui se résigne

Aux sois défunts Aux tristes, de n'avoir su vivre en leurs lèvres

Jetant les parures sans parfums

rêve à deux, défunt.

Aux soirs illunés, aux soirs illuminés,

Nous mêlâmes nos chagrins de vivre

Survivance désemparée.

Hune d'où revoir les lointains

Les lointains glacés des givres du vivre —

Chairs emparées^ mains séparées,

A jamais d'un non social séparées.

Et plus que l'ennui de vivre.

C'était ton front, la ligne blanche dans l'Infini Et tes masques l'heure des levers d'âmes iqfinies;

LES PALAIS NOMADES I29

Ta bouche sertissait Fabsence et Tenvolée.

Loin des bruits et des joies à plus vivaces envolées;

Tes yeux luisaient violets dans Tombre de la route, De la route sans issues ni voies, la bonne route ;

Ton corps qui s'appendait à mon bras, la conscience De n'être, parmi ces simulacres, seul de ma conscience.

Ëg'lised'un jour, Thosannab des sens, la faim des mystères A tes piedsd'un jour venaient s'enquérir vers tes mystères.

Hypothétique palais, hors mes erreurs du passé, Pourquoi Ves-tu drapée des méfiances de tes passés?

A ton moment, pourquoi mes lèvres acharnées

De ce naguère, ah combien dans l'ossuaire, sous des mains décharnées

De ce naguère, monotone redite, rythme identique. Pourquoi pour moi, le sens et le frisson de l'abîme.

l3o PREMIERS POÈMES

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