‹ Premiers poèmesChapitre 18 sur 29 · ÉVENTAILS · texte numérisé non relu

ÉVENTAILS

Les rois mages vont vers Tétoile

vers la solitaire étoile

qui doit refleurir à leur parole franche

Au cours des ruisselets, comme des robes d*anges émanent des sourires bienveillants de la lune ; la langueur de la longue robe de la nuit brune s'entr'ouvre pour montrer une ceinture d'anges

Harpes inconnues, parfums en émoi, colliers de baisers

comme des pas bruissants au fond sombre de halliers

les accompagnent ;

sur la mate #4 rase campagne

comme une aile énorme vient frôler d'une caresse de baisers.

fjÙ PREMIERS POÈMES

L'air est si suave à s'étendre et mourir,

la caravane lente se berce de marche heureuse

et les rois se rappellent la contrée soyeuse

où dort dans des nuées et des poudres d'or et les câlinantes lyres

le gprand lys intangible à tout mortel

et seul autel et seul bonheur, tant inaccessible

Et Tun des rois murmure en la pâleur lactée de la nuit :

Les parois du tabernacle du soleil agonisant

pâlissent quand ses pas caressent la terrasse des palais ;

les marchands des orients qui rapportent les joies et les arts plaisant

quand se baissent ses longs yeux cachent leurs trésors humiliés ;

On prodigue au muletier les deniers et les besants pour contempler de loin la terrasse où -passe son aurore et les pythonisses pilent les mandragores pour les vœux inutiles des humains humiliés;

Pour le seul festin de mes faims

s'ordonne le spectacle de ses pas et de ses bras

et s'étendent les pourpres sur son visage que jamais n'enténébra

la crainte d'une lassitude à mon étreinte

Un autre roi murmure au rythme de sa marche:

CHANSONS DAMANT 177

Depuis que son haleine a passé sur ma vie

mes instants se parent en rosiers ravis

dont j'égrène les pétales de perpétuelles renaissances ;

Des lèvres de Tadorante blessure

vers le parfum de ses sourires

les perles et les baumes éclosent en abondance;

Perdu dans Tinfini murmure

d'une mer de grandes douceurs qui s'épandent de toi j'éprouve les calmes rythmes de tes bonheurs à toi et dans la g-rotte satinée de ta bouche ma vie se mure

Et le roi nègre à mi-voix :

Mes barques ivoirièreset mes arbres aux ombres d'amour et de mort

mes géantes montagnes de marbre ciselé

et mes mers hospitalières au soleil quand il dételle

et mes landes infrangibles et mes monstres et mes labours,

Les esclaves qui lavent les turbans aux sources inconnues des fleuves Les mausolées d'ancêtres où stagnèrent les douleurs de veuves Mes gazelles et les parures adamantines des ailes Qui frôlèrent mes repos près d elles,

Aux margelles des puits profonds qui s*ig-norent en ses jeux inconni je les oublierai, perdu dans un rôve de bras nus.

La nuit a des douceurs de brise dans les voiles et sur les rois perdus de douceurs inconnues la blondeur de la nuit défaille en flots d'étoiles

CHANSONS DAMANT I 79

Vers les seins pourprés de la fée de la fontaine nous apporterons, captifs, les calices ; aux lèvres pourprées de la fée de la fontaine les rosées captives aux prisons des calices,

Entre ses doigts menus faisons rire les roses

passons à son poig-net des bracelets de liserons ;

la pourpre de ses lèvres entr'ouvrira les roses

pour doter leur calice de l'arôme des baisers prompts ;

Divine fée de la fontaine, ah, dites-nous les fleurs élues les lys blancs comme ton doux col nu les nénufars ruisselants à ton col nu

l80 PREMIERS POÈMES

Voulez- VOUS plus douces des fleurs d'Hespérides qu'au soir rosissant mènent les caravelles, elles partent aux frissons premiers de vos réveils et vers ta rade au soir viennent en flots de joie

Pour t'ensevelir de guirlandes

courons l'horizon des landes arides

cherchons les muguets aux trous lamés de soie

pleins d'herbes et d'ombres et d'éphémères joyaux de roi

Et les pas légers des fillettes en joie

s'égrènent en gazouils empruntés à la voix

que cadence aux jours élus la dive fée de la fontaitoe.

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Le faune a bu les pleurs de l'Oi éade

De garrulantes voix dans des buissons inattendus : Vos pleurs sur le sommeil de ce cœur qui demeure et s'eDclot et qui meurt seront la bienveillance et la si douce angoisse

Vos rires, comme au passant mourant, la bouche de la Ménade qui passe pourpre aux éclatantes joies des pampres ; et des pans de peaux de fauves jouent à ses membres et vers sa bouche et la fraîcheur de la grenade et la fraîcheur de la

[framboise Maturité de vos seins, en vous penchant vers lui dans le songe indistinct de féeries vous avez lui comme claire robe de lune en opacité de nuit

Le faune a ri les joies tendres de l'Oréade

l82 t>I\EM(EI\S POEMES

Quaad le roi vint à sa tour la belle vint lui dire — Ah, Roi

Ni les épouses de tes vizirs qui s'entr'ouvreut sous tes regards

ni les lointaines exilées qui pleurent les forêts barbares

ne décèlent les inconnus que dénouent mes bras tour à tour

Loin de toi souffrir est dur aux fleurs de Tâme

l'âme pâtit d appels inutiles et languit;

ce coffret de saveurs à toi, mon corps, prends-le pour toi ;

que tes mains bénissent mon front incliné

De la tour le roi répondit ;

Ce rêve que tu vins tendre tes lèvres courtes

toutes les âmes de mon être Tattendaient en habits de fête ;

pour tes lèvres et Tescorte de décors de ton rêve

les tapis sont prêts et les lampes veillent et les vœux attendent.

que tardais-tu, en rire perdus, où dormais-tu?

Quand le roi dormit sur la tour, la belle triste frissonna

Si tu ne savais pas que c'est errance et trêve le pauvre instant d'amour endormeur du remords je sais qu'il lui faut être unique et co^lme en rêve et je vais vers les ombres apâlies de la mort.

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