‹ Premiers poèmesChapitre 19 sur 29 · NUIT SUR LA LANDE · texte numérisé non relu

NUIT SUR LA LANDE

Tous les printemps sont revenus vers sa démarche aventurîne.

Alto de la voix, cœur du regard, choral de la bouche ah quel désir encore me dure

vers cette bouche !

cœur en débris, cœur en torture quelle douleur encore te dure vers cette bouche !

Sous les averses des soleils, les mystiques tambourins devant ses pas heureux, psalmaient annonciateurs et les bannières des nuées et les arômes de la mer et les voiles, grand lys de mer et les calmes de la mer, et les senteurs des haies, et les cortèges en ferveur préparaient les portiques à sa démarche avcnturine.

l86 PREMIERS POKMES

Les dictâmes et les enfances

^ vers vous comme arondes aux ciels en fragrances

vers vous sous le fouet des mémoires de votre marche

vers vous voletaient et ployaient vers l'arche de vos yeux à vous.

Dans Tattente de ton sourire les matins paraient les villages ; en Tattente de ton visage les coteaux vêtaient des courbes de sourires.

Et devant ta beauté sachant qu'il, faut souffrir

les automnes sacraient leurs forêts de douceur

près des sources en miroir de douceur,

Et pour sauver les âmes des passants les âmes et les sens qui vont à ta ferveur les hivers avaient des calmes annonciateurs que parfois ta beauté passerait calme et sans sourire.

GooQh

CHANSONS d'amant 187

Dans Tabîme des soirs en incendies

tes larmes qui sont des armes

sont tombées sur les tombes enfouies;

des tombes il éclôl des fleurs de douleur

et les parfums, des gestes de ta main

et la couleur un bienfait de ta main

et la pâleur ton g-este à demain ;

de ton g-estc à demain s'essore la douleur.

ah ton geste inclinant tes aurores!

On mourait au fond d*or des basiliques amples des tourmentes d odeur doucess'exhalaientdctos rampes,

aux faîtes des tours des attentes de lang-ueur,

les haltes florissaient en larg-esTcposoirs, endesgaînes de velours des couteaux dormaient en tes soirs

et sur Tâme des pierres planait un regard lourd.

l88 PREMIERS POÈMES

Les bras de tes statues disaient : « Demain, demain! attendez Theurc proche des lèvres sur nos mains, le bonheur est minute et la mort est minute les tocsins de vos nerfs résonnent à la déroute la route de vos folies si simples s^éjouit vers les flacons d*espoir que tarit la minute attendez Theure proche de tes lèvres à mes mains.

En quoi tu m'as blessée, je n*en sais rien, mais viens ! je suis la Iig"ne, et Tâme, et Theure I et que veux-tu du rêve ou de la chair ? mais viens je suis la tienne et la douleur.

Pleure mes marécages mais viens à ma douleur l'éventail de tes paroles rafraîchira mes crépuscules quelle mort marmorise vos cœurs et qui recule en toi, devant Teffort percnnel de ma douleur.

Défaille, mes bras de marbre te seront des coussins les paumes de mes mains te berceront d'aumônes défaille vers les senteurs qui fleurissent à mes zones; ah l'aimé, riens en joie, mes jardins sont ouverts. :»

CHANSONS D*AMANT iSq

L'ombre s'amoncelle aux pâleurs sur les terrasses et fait éclore plus doux les flambeaux près des vasques où rient comme un réveil de sa voix les panaches virants des fontaines ; la ronde des fées et des masques, d'opales g^énies s'accoudent à ses terrasses, des ballets dansent sur ses dalles.

il*

IQO PREMIERS POEMES

Ta tristesse inconnue dans tes yeux, si loin dans la foule

et n*y pouvoir porter les paroles des baisers

et tes yeux mes bonheurs, soleils dans la foule

et n*y pouvoir dormir à Tombre de tes cils et les baiser.

La magie de ta nuit brune et pâle qui demeure

hors mes mains et ma voix et le levier de mes fois

et ce perpétuel présent et ce hier si autrefois

en ce passé sans date où le cercle de tes bras seul demeure.

Et ce cher rêve de ne jamais mourir en toi et la mémoire du parfum qui ne peut s'abolir en moi oh vous, tous les instants, toutes les lignes, toutes les joies baissez vos lèvres à moi, venez dormir en moi.

- ^MizÊd.by VjOQQ le.

CHANSONS DAMANT IQI

Rien ne m'est plus que ta présence

et les courbes souveraines de ta face

et les portiques de ta voix ;

rien ne m'est plus que ton attente.

La halte inutile du temps

avant le frisson qui m'attend

et le charme de mes mains sur tes seins,

rien ne m'est plus que ta présence.

De tes beaux yeux la paix descend comme un grand soir et des pans de tentes lentes descendent gemmés de pierreries tissés de rais lointains et de lunes inconnues ;

des jardins enchantés fleurissent à ma poitrine cependant que mon rêve se clôt entre tes doigts, à ta voix de péri la lente incantation fleurit, imprégné d'antérieurs parfums inconnus mon être grisé s'apaise à ta poitrine et mes passés s'en vont défaillir à tes doigts;

I()2 HnEMIERS POEMES

Aux terres désertes du bonheur, nous demeurerons immobiles

les regards enfouis dans nos yeux : dans l'île l'fle imprévue, sans rade^ sans mer et sans abords. Au temple de ton geste mes vœux annelés d'or baignés dans Tinfini des yeux las de Tidole rêveront des blancheurs, des pourpres et des hyperboles pour dire Toraisou de ton repos dans notre soir.

CHANSONS D*AMANT I q3

Toi qui m'as désappris la douleur sirène qui chante à la rade la meilleure je tresserai pour toi les âmes de mon âme,

Fleur de Tardent épithalame

temple où j'aspirais du seuil de mes tentes

je te bercerai des légendes de l'attente.

Au portique de ta beauté

je suis venu chargé des toisons d'aurore

brodées, loin des yeux, de toutes les flores.

J'en ferai des tapis pour ta sérénité

et si l'heure chagrine attristait votre front

je le caresserai des aubes de ma passion.

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ig^ PnEMIEBS POEMES

Des chevaliers qui sont partis

dès longtemps, pour plus loin, pour la vie

des chevaliers qui sont partis

Dame, savez-vous morts ou vies?

— Ils étaient droits sous la caresse

de mes yeux, leurs yeux noirs pour la vie

ils étaient fîers sous la caresse

de mes yeux, leurs églises pour la vie.

— Ils partaient en douce croisade

pour longtemps, pour plus loin, pour la vie ils partaient chercher Tembrassade d'une mort plus fraîche que la vie.

CHANSONS d'amant IqS

— Des chevaliers qui sont partis

vers mes yeux, leurs yeux noirs, pour la vie

des chevaliers qui sont partis

passant, savez-vous morts ou vies?

Philtre de mort et nuit sur la vie.

igG PREMIERS POÈMES

Ilot des lacs au fond des bois

cœurs des fleurs élargis dans les soirs

tours d'ivoire et sons de cor aux clairières des bois

divans dans Téventail des anciens soirs.

Chœur des captives énamourées

vers l'orée, Tarcade qui se dérobe au loin des pas

les bois troublés qui fuient et passent

et les allures des anciens cœurs énamourés

£t rÉden attristé et les heures dans les soirs et celle qui pleurait sans douceur ni nonchaloir.

La nuit c'est Tabsence et la nuit c'est la ville

c'est les regards clairs et les blondes grèves à leur front

la nuit c'est le caprice épars de leurs sourires.

La nuit c'est la caresse lasse à l'amant las la chanson désapprise et rapprise, et reprise et des lèvres en valves qui miment et frémissent

Et le manteau qui sèche à l'âtre

et le silence aux plis d'ombre à la pénombre

et le nombre oublié qui rêvasse à la chambre

Et parfois une étoile palpite comme en tendresse : l'ambre et l'ombre d'un corps revêtu pour toujours qui tressaille aux plaies mortes et doucement tenaille.

KjS

rilEMIEnS POKMFS

Dans des rêves clos j'ai bâti mon rêve rêve de brèves sèves au jardin magique magie des fleurs closes aux rêves nostalgiques aux jardins d'été j'ai bâti mon rêve.

Aux jardins d'automne j'ai vécu mon rêve le cœur de mon rêve saig^nait dans les années : ah d'ignorées partances et des venues inconnues, l'oripeau de mon rêve gisait à mes pieds nus.

Au désert d'hiver je suis mort en mon rêve essor découronné vers les brèves sèves ; au seuil du jardin, glaive emphatique et nu un sourire connu, fleuri dans les années.

CHANSONS d'amant i^g

J'ai mal d*amour tant violent que nul mal ne le saurait guérir.

Drapeaux qui flottiez que pensifs aux hampes couronnes qui jaillissaient que fanées aux tempes et gong-s de la fête, votre silence

Étreintes qui lassiez Theure magicienne, vous lassez voix d'aurore, et qui encore à votre murmure s'est passé? étendue, la voix de tes roses aux chants passés, tout est lassé.

J'ai mal d'amour tant violent

que nul mal ne m'en saurait guérir.

« Moi la bacchante et le grelot

le creux, le sonore, le falot

je sais en ta mémoire de^ temples à ma gloire.

Quand tu verras des yeux ce seront mes yeux

et ton sommeil hanté du rôve de mes yeux ;

les pourpres se seront les regrets de mes lèvres

les ors un écho lointain de ma voix

tes joies la mémoire retiouvée de mes fièvres

ta voix le bruit futile des souvenirs qui sont moi.

Comme une mer du lent reflux de mes baisers

paresseuse je balancerai sur tes douleurs ma calme beauté la mémoire de mes baisers sera ta gloire et ta beauté

^omme les mers qui sont mortes en mes profondeurs je t*ai gardé je ne puis plus t'aimer — car tu n'aimas que moi. »

Gomme un faible plant des profondeurs du mystère

aux confins des dunes grises

sous l'obscure caresse de brises énonçant mal comme une douleur d'ères

la pauvre face pâle lentement s'élève.

Dans l'horizon aux couchants apaisés aux pâlissements d'ultimes escarboucles des vacillements derrière des brocarts transfig^urés de feux calmes, pâle la face stagne soufiPrante.

Sur la face inoubliable

les rires dès longtemps passés

les sourires, aussi les pleurs :

c'était le refrain désolé

des peupliers au paysage morne des douleurs

sur cette face oui demeurait.

Elle n'était ni sombre ni claire ni proche ni reculée c'était très loin, très près, comme un miroir, comme un écho une vibrance plus qu'une face

un blanc halo triste autour d'un reg-ard fixe en des passés.

Ni près, ni loin

nul escalier comme à la terrasse d'une tour par miracle détachée voyant aux atlantiques d'un ciel d'hiver, comme une barque indiscernable fixe et sans g-lisser, comme un astre interdit

la pâle face.

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