‹ Premiers poèmesChapitre 20 sur 29 · SOIR PAR LA VILLE · texte numérisé non relu

SOIR PAR LA VILLE

La rue, comme un lapis de pauvre, étend sa lenteur long-ue et ses fanaux pâles.

La rue, comme une lag^une, étend

de vagues silhouettes comme barques en désolation.

Ah, lointaines, les Afriques et les Palestines. La rue pâle s'échoue dans la brume d'Occident .

Dans quelque apparat de cloisons peintes

auprès des coupes, et parée de violettes, diaprée d'hyacinthe

comme sa voix derrière le vitrail auré resplendit.

Dans un hiver royal des pourpres et des ors de Tâtre

dans un apparat de règnes au théâtre

et devant tant et qui, son masque mobile resplendit.

CHANSONS d'amant 2o5

Pâle efflorescence de sèves

mémoires des drapeaux d'adolescence.

Dans la grise désolation des grands murs par la courbe monotone de la rue plate dans la tristesse et le gel liquide de la rue plate mémoires en triste efflorescence vous rêvez les automnes mûrs.

Ces passants sont éphémères en la minute et Téternité qu'importent leurs pas arrêtés et le vol bref de leurs chimères.

Le hall de fête, malgré les trèfles et les lys de lumière,

le hall aux musiques lumineuses —

s'endort en murmures une canzone de temps lointains —

le hall de fête est désolé malgré les présences nombreuses —

Sommes-nous dormants pour le lointain des temps.

Dans les brassées d'épis et les gerbes de fleurs de lumière

passe ondoyante la mascarade rayée de printemps —

Résonne à pas lourds en nous, le pas de bronze

le pas de conscience aux durs frôlis d'armures —

Dans les brassées d'épis joyeux et les tapis de fleurs lumineuses

sommes-nous dormants au miroir d'anciennes années.

Pourquoi crépusculaires vos yeux de fête, jadis l'ombre des midis

Le hall somnole de triste enchantement,

les magiciennes pleurent le départ des amants

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et les mages Tirréductible ballet de vos jouvences —

Pourquoi nocturnes vos cheveux surle front, jadis éventails des midis

Ah voici le vegret des midis et des soirs frais —

Te souviens-tu, les nuits lactées sur Teau du fleuve —

les lampes du hall en fête tremblent comme des veuves —

Ah voici les mineurs des musiques de fêtes —

mag-ies et magiciennes, âme du mage — ancienne journée.

Je rêvais d'un oiselet qu'un enfant cruel torturait pour sentir palpiter ses flancs.

Je rêvais d'une terre comme maternelle avec des siestes d'ombre et des frôlis d'ailes et des allées de rêves blancs.

Je rêvais comme d'une sœur

aux lèvres uniques de douceur

et belle et chaste et femme et sœur.

CHANSONS » AMANT 20r)

Tendresse, paradis doux dans les navrances, sur mon âme tu t'accoudas et reg-ardas si dans la troupe des cauchemars assoupis là n'était quelque fleur pure dont chérir l'enfance

Tu vis les âcretés des soupçons et puis les morts,

les morts accumulées et puis des cœurs vivants

traînant lang-uissamment leurs requêtes d'un corps

et des stigmates de douleurs et des essences de chag-rins latents

Et puis la nonchalance après l'inutile départ

et dans l'âme morbide et languide, nulle part

la place pour poi^er ta tête calme

et répandre au patient la bonté de la beauté calme.

Vols éployés des migrateurs, ah vols,

vols vers quelque nulle part euvolés,

envolées vers plus d'ombre et de repos sous plus d'arbres,

arbres aux feuilles plus bénig-nes^ ou plus de vols

de calmes tourterelles ou d'oiselets de rêve

se posent en repos de pattes roses, vols épars dans les automnes qui se parent comme du charme d'une mort factice d'âme sans alarme sous les larmes muettes descieux plus graves en leur rêve

Vols aux muettes rapidités Gyres des mouettes autour des phares, vols répercutés au ras du sommeil des mers et des cathédrales des cités, vols en silence percés d'une strideur de fanfare que les vieux g-uides, les plus blessés

poussent en passant sur le front des cités où les douleurs de leur mémoire s'égarent.

Ah tristesse! passer et repasser.

Si par quelque ciel sous un soleil plus élargi les micas du soleil appesanti sur la lande

étendent un manteau d'oasis plus languides sur la léthargie des landes en semis de pauvres tentes,

ah ! si quelque Floride vers les bâtons brisés et les pas appesantis

des voyageurs en tristesse lente mire le reflet des fontaines de jeunesse pour leurs rides

il n'est qu'erreur et lumière en magie.

Ah ! tristesse, passer et repasser.

La vie d'ombre près du sommeil et le sommeil en léthargie, La vie qui meurt à tout pleur et douleur qui dure un pleur, la vie d'ambre d'une heure qui fuit vers l'aride des rides, — la vie vite époumonnant l'étalon sans brides

Ah ! toute semblance de vivre, sur le fond morne d'une heure éphémère, passer et repasser

Vols migrateurs, vols vers la mort,

regrets de tant de lenteurs vers la dernière mort.

I>IICMIi:nS l'OLMES

Sur la ligne sèche de ta beauté, j'inscris qu'harmoniques les lignes aux sections d*or dont nul ne connaît la raison d*être et dont l'effort aux incertaines manières d'être reste sans voile et sans que la requête ardente d'humain puisse connaître en quelle coupelle, de par quel dieu temporaire, en son être

Telles naquirent ces lignes, et sous les coloris de la nuit et de la nue et de l'aube, plus dignes du regard que les étoiles et les instincts sauveurs de la vie, ces lignes dressent leur petit temple infini dans ma vie et que tel phénomène, en ma conscience, survit.

CHANSONS D*AMANT 2l3

Que la lumière qui défaille en mes prunelles,

prunelles mortes d'avoir vécu sur ton reflet au puits de mon moi

et clairvoyances déchues d'avoir entrevu les différences

entre ton ôtre et les ambiances, Que la lumière éclose sous le dais de ta paupière

en son éclat de fleur impersonnelle plong'e Tâme qui dans mes prunelles s'en vient à sa fenêtre

comme en un songe d'un immense désir d'être et d'un regret de n'être plus.

Que tes lèvres demeurent la saveur habituelle à mes lèvres sevrées par l'orgueil, à mes lèvres scellées par l'oubli, et qu'à celui dont les rêves clos ne s'ouvrent plus à la vie habituelle il n'est plus qu'un seul fruit, le dernier à qui ses enfances encore firent accueil.

Que tes joues sont l'étendue possible de la plaine où se jouent

les voluptés des doigts tactiles, Que tes joues sont l'étoffe exquise et la chair en délices

où s'émeuvent les gazes de mes lèvres que les fièvres qui seules peuvent émouvoir ce corps aux ressorts trop appelés

sont ces nitides plaines de chair claire et d'ambre dense, promenade hors des lèvres landes autour des yeux domaines et transparences.

Puis, sœur qui Reperdues aux joies faciles du vivre,

O vous dont toute joie se joue dans l'apparence

et dans la joie d'être par le hasard, la jouvence, i

et par Fart Témerveillement des soirs du vivre,

Parfois soit par hasard des lignes ou par souffrance

brève, et qui se résout dans le rire et le sourire,

j'ai vu sur ta face se passer la douleur

et les manteaux des rois tristes qui s'accoudent à d'autres pôles

se posaient sur tes épaules et des regards plus profonds que les leurs adjuvaient les splendeurs

des joailleries de tes prunelles

et sur ton front comme des ailes des ailes de crépuscule en soufifrance de connaissance

venaient battre au plus beau palais

Ipur muet cantique de désespérance .

S'il n'est rien de plus que les lignes de ton masque,

rien de plus qu'un cycle d'immémoriale beauté

Dans les architectures mobiles de ta face,

SU n'est rien que tes ligues, et tes parfums et tes nuées

S'il n'est que ton paysage et l'éternelle Psyché

et la halte identique aux mêmes fatigues du temps en marche,

si seule ta retraite est la crypte et l'arche

et la fontaine rafraîchissante à l'unique vasque,

S'il n'est rien que toi-même, et tout toi, et toi seule, toi seule solitaire en un désert sans horizon et pas d'autre apparence à travers les dunes d'illusion I Ah 1 fuir vers les tribus en marche.

2l6 PREMIERS POÈMES

La rue comme un regret sans fin s'endort

et les pas lointains s'en vont comme à regret. —

Dans rheure en brume et sans décor

Les âmes tristes prennent le pas plus lent de la douleur et du rcgre

Dans les lointains précipités les roues bruissent au plus vite, c'est plus de douleur dans un reg'ret sans essor et personne n'est plus qui se souvienne, ni plus vite mène une joie de marche vers un divan de meilleur sort.

La rue comme une plainte oscille dans la brume, falotes les lumières en espace, et sur les places comme des déserts de cœur s'étendent et regrettent. Les pas plus lents se meurent de mémoire et de regret

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