‹ Premiers poèmesChapitre 21 sur 29 · LIEDS · texte numérisé non relu

LIEDS

Si pâle il est venu, que ma sœur pense

« n'a-t-elle pas bu son sang, son âme et sa fiance,

et . n'est-il pas l'ombre de ses sandales et la trace de ses pas. »

Si pâle il est tombé sur ses genoux, que ma sœur pense «de quels rêve en pourpre et nefs en fleurs et rires d'enfance

n'honorera-t-il pas le déclin des yeux miraculeux sur son front las. »

Si pâle il est parti que ma sœur pense

« vers quelle tempête, quel paradis, quelle sinistre accoutumance

trouvera-t-il pas quelque douleur involontaire et plus douce que ce lent trépas. »

2l8 PREMIERS POÈMES

La mienne est belle ainsi que des vols de parfums — l'autre jour c'était comme fleur qui s'ouvre — La mienne est belle comme chairs d'anges en printemps ~ C'était l'autre soir tout le soleil sur mon cœur —

les lèvres de la mienne sont la seule caresse — les parcs spirituels se parent sous ses lèvres — Dans la clameur elle est le temple et dans la foule l'horizon l'accueil de la mienne, la bonne saison —

C'était l'autre matin dans sa tristesse la nuit d'hiver — la voix de la mienne, la féerie des sons — C'est pour la vie toute comme fleur qui s'ouvre -^ la mienne est belle ainsi que la résurrection —

CHANSONS d'amant 2ig

Ah I ce bonheur, si douloureux, pourquoi ?

Tête victorieuse, pays des fées, matité reine, piscine d'absolu, liens des baisers, dits de la reine, ah ! pourquoi cette âcreté de vos bonheurs, pourquoi ?

Voile du néant, idole de toute gemme supérieure, fin des mots bégayés dès les enfances et les erreurs, clef •qui peut fermer la blessure de vivre ou rouvrir les labyrinthes des terreurs vaines et aberrantes souffrances G vous, Tout, cette âcreté de vos bonheurs, pourquoi ?

Et vos charités qui sont acres morsures, et vos pantomimes, simulacres du divin, et toute féerie qui rit à tes soupirs en réveil, vermeil horizon, seule destinée, ultime blessure, cette âcreté de tes bonheurs, pourquoi ?

220 PRBMIKAS POÂlfSS

Filles de Bag'dad qui partez en mer sur la nef aux rames blanches,

les pèlerins tristes pleureront amers

près des rosiers aux cent roses blanches.

« Pour avoir laissé les pieux pèlerins se baig^ner dans nos yeux noirs, nous nous en allons vierges veuves éplorées dans le destin noir. »

Filles, vous alliez g-aies à la fontaine dans le sourire clair du soir ,

filles vous veniez gaies à la citerne sous les torches d'or du soir.

CHANSONS DAMANT 221

<r Las les pèlerins qui venaient de loin

pour se baigner dans nos yeux noirs Ils diront de nous : les douces infidèles

-^ nous abandonnent aux destins noirs. »

Leur nef qu'on para de cent roses blanches,

leurs rames g'uirlandées des joies des horizons,

Les esclaves parés aux couleurs de leurs visages et leur pilote, le plus sage,

les mèneront aux terres blanches comme avalanches.

(( Las, la nef sans pilote ni cordages s'en ira sombrer vers les horizons et les pèlerins ne sauront pas Forage, Forage de nos destins. »

Il est venu puis reparti ;

je le sais, son cœur grave pâtit

depuis l'instant qu'il est parti

J'étais folle comme une enfant et je jouais comme au volant de ses graves douleurs d'amant

au détour de la route encor

il voulut élever son cor

vers ses lèvres pour l'adieu encore

mais il laissa tomber son tras

et lentement se détourna

et le détour de la route l'emporta

CHANSONS d'amant 223

Quelle introuvable route me ramènera celui que j'attends pour tomber dans ses bras et chasser de mes baisers le souci qui l'enténébra.

2a4 PREMIERS POÈMES

Choses vindieatrices, passés cruels, ombres passées, sur le maintenant peureux vous vous vengez et détruisez en sa fleur pâle le bonheur triste.

Passés, vous dressez devant Télan désespéré

le mur de ouate, le mur de brume, d'autres défaites;

mémoires, vous redites la nuit froide, les soirs de victoires,

les soirs de victoires inutiles et futiles ; mémoires, vous défaites d'un doigt lassé des colliers de fêtes.

Ombre, vous vous levez et dites : c'est encore moi,

le même moi tant caressé et dans mes tresses les mêmes émois :

mes mains de nues comme autrefois

descendront vers ton cœur profond

et ne se poseront qu'à ton front

pour l'essor d'un fou désir orienté vers autrefois.

CHANSONS d'amant 225

Ah ! regards inutiles, vous redites le même lent accueil au seuil de mon palais,

le palais vacillant vers les ombres passées.

226 premibus poèmes

Le pSLge Kunrad s*est évadé pour rencontrer sa destinée — la destinée souvent s'enfuît.

Il gravit d'inutiles calvaires vit les jong-leurs et les trouvères g'alopa par monts et par vaux.

Souvent exilé des rivag-es il ne vit que le ciel et l'eau et puis les vag-ues de la mer.

Il vit l'alcôve de mirag-e il embrassa des lavandières^ des filles de roi. des bergères, de maintes lèvres il fit conquête

Mais» sous des drapeaux de nuages, sa chevauchée et sa requête inutiles vers la conquête suprême de sa destinée

Un jour, au coin du chemin Elle est venue baiser sa main — la destinée toujours revient

Lui lava ses pieds lassés puis elle essuya de sa face la poussière des chevauchées

Elle ôta ses belles lèvres

son teint mat, ses mains de fièvres

elle ôta son corps de fée

Puis prit le page dans ses bras et lui donna un seul baiser qui le vieillit de trente années

D'une caresse de ses mains elle lui décharna la face et la frappa de cécité

Au pont de TIll la charité

de ceux qui dans les jardins vont aimer

nourrit parfois le pauvre aimé.

GooqIc

OHANSONS d'amant 229

Ta beauté, ta beauté, ma sœur, qu'en as-tu fait.

Elle a glissé dans l'adversité

Mon frère, mon frère, mon âme, qu'en as-tu fait.

J'ai cherché le pur miroir où refléter ta beauté ma sœur, ma sœur, ton âme, qu'en as-tu fait.

J'ai gardé ma face royale mes amants et ma probité mon frère, mon frère, ton âme qu'en as-tu fait.

J'ai gardé ma face loyale

mon manteau et mon épée

mon âme, mon âme, ma sœur, qu'en as-tu fait.

230 PREMIERS POÂMES

L'aube revient, riche ef parfumée Le ciel, vers son sommeil, se revêt d'écarlate Mai, mains pleines de fraises et de mug'uets bénit les pauvrets, dont les cœurs battent

Quelqu'âme garde ses cicatrices

Les agiles baladins, pimpants de pourpres dalmatique

sur tréteaux et tremplins

la fée les mène de sa batte,

Gomme cygnes ondulants aux étangs galants

aux joues claires des caresses s'adressent

Tels d'incorporels séraphins les regards d'amour vibrent vile

Quelqu'âme garde ses cicatrices

CHANSONS d'amant '281

En elle comme en moi qu'il lui soit pardonné de danser à ravir les étourdit si vite .

Mon âme garde ses cicatrices.

Au paradis sur trois trônes blancs sa grâce et son enchantement

et ses suprêmes attitudes ; Lors vient Tàme en détresse qui ne peut que douloir sans cesse et plus douloir

J'avais mitre dorée et manteau de velours j'ai cilice rouge pourpre qui arde nuit et jour.

Si je revenais sur la terre j'habillerais ses pauvres nus

je soulag^erais sa misère d'une couronne à son front méconnu

Aux brousses de ma terre d'autres pauvres sont venus Demeure en ton enfer, à jamais, à toujours.

CHANSONS d'amant 233

Au paradis sur trois trônes blancs sa ^râce et son enchantement et ses suprêmes attitudes.

Roi, le sol de la patrie s'allume en désastres

Tes vignes, tes figuiers, tes oliviers, des tas de cendres ;

Parmi les lances des vainqueurs, au long* des ravines, on voit descendre

les filles des nomades en files prisonnières.

J'ai vu tes gardes prisonniers les chétifs et les captives jouaient d'agrandir leurs blessifres

les esclaves du camp barbare taillent des pagnes dans tes bannières les carcasses des chevaux d'armes pestilentent les eaux vives. Ta citadelle, ses murs ont voleté comme feuilles mortes mais deuil plus grand, encore je t'apporte

CHANSONS d'amant 2.35

La reine a suivi les vainqueurs ?

Elle pend au col d'un muletier

seul intact lors du désastre

leur allure rapide emporte leurs coeurs

vers les villes de foule aux cachettes sûres.

236 PREMIERS POÂMES

Dans ]a salle aux vitres sur la mer Les rois sont assemblés à la coupe éternelle Dans la salle au plafond d*étoiles.

Un douloureux d'avoir tant bu que Ion emporte sous un voile Un qui trébuche et que Ton cache sous un voile

Un qui meurt, et qu'on emporte sous un voile.

Et vers le seuil où plus morne se clôt la porte

les reg'ards des rois un instant distraits

mais ils demeurent auprès de la coupe éternelle dans la salle aux vitres sur la mer.

CHANSONS d'amant 287

Je sais des pas qui sont passés sur quelle souflFrance ils ont passé, eux seuls l'ignorent et sont passés.

Je sais des chansons oubliées

oubliées de qui me les apprit

oubliées de mon cœur qui cela seul apprit.

Je sais des landes désolées

des friches incultes 'pour Téternité

Téternité des éphémères prêts à s'exiler.

Je t'apporte, ami, mon cœur meurtri

le sillon des pas sur mon corps et sur mon âme

la gprâce déjà promise, départie et reprise

et la caravane des triomphes que ta pensée blâme.

Je te donne, amie, mes lèvres vieillies, les rides de mon front découronné par d'autres et le banquet d'un cœur où l'on attendit l'hôte l'hôte inconnu porteur de joies épanouies.

Je t'apporte, ami, la brève compag-nie

d'un cœur en oubli, d'un cœur en folies^ d'un cœur en voyag-e

paré pour des minutes vers les baisers du mage.

Je t'apporte, amie, la triste solitude

d'un cœur en soupçons, d'un cœur en souffrance, d'un cœur en débris

dont les préludes de fêtes et les bruits de bal sont enfuis

CHANSONS d'amant 23q

J*ai mémoire de forêts

de forêts en parfums

de parfums en folies épandus sur des clairières si jolies que les bêtes des forêts y brament d'amour inguérissable d'amour, sans cause^ sans but^ ing^uérissable.

Les candeurs fraîches et les brises frêles

s'entrelacent en danses de rayons ;

aux sons adoucis des cymbalons

se jouent des âmes neuves

fêtant Téclosion fraîche

de nouvelles déesses aux beautés nouvelles.

Indicibles caprices d'un soleil amoureux naines miraculeuses, s'éploient, se renouvellent, ah I telle douce clairière des bois à ce baiser d'un soir, miroir.

Perdu dans le bois le plus sombre . je croise mes bras sur ma poitrine et je reg-arde monter l'ombre de mes pieds à ma poitrine

Pourra-t-elle couvrir d'un épais manteau la blessure de ma poitrine et le couteau

qu'un pur matin douce et mystérieuse d'autres délices Elle m'enfonça dans la poitrine et s'enfuit au loin,

Pour sortir du retrait le plus somb re

je trouverais le chemin ses yeux froids m'ordonneraient la tombe je frissonne en vain.

La minute d'oubli fut si douce.

Des yoles enrubannées de satins feu, de satins rouges fendaient les vaguettes où dansaient les ondines argentines menues comme un geste et claires comme un baiser Il n'est merveille que soleil

11 n'est miracle que soleil Les arches d'espérances et l'arcade du temple s'emparadisaient de péris argentines dans les sons vifs des cithares et les cavalcadea en poarpre

Il n'est oracle que soleil

Il n'est remède que soleil Des yoles les appels incantaient les départs les départs pour plus clair qu'un baiser pour plus vif que les danses de la cithare

11 n'est d'oubli que soleil

Mon pauvre amour, profond comme une mer déserte vous vîtes autrefois les cortèges en joie des navires revenus de la bonne découverte tout chargés de lotus au cœur de soie.

Mon pauvre amour, ample et grave comme soir d'été Vous vîtes un couple, lèvres à lèvres, émietter les psaumes des enfances soudaines et regretter la minute si belle, car minute égouttée.

Mon pauvre amour plus seul que la détresse comme en un cachot dont la lucarne montrerait au captif la fête qui s'en va, mon pauvre amour aimé de détresse et sans armes Vous languissez dans la frivole et dure alarme que ce mirage de la fête émigré en Tau delà.

2 M PASMIERS POÈMES

mon cœur que veux-tu, veux-tu les contrées natales, le palais sur le morne pâle, où les cymbales rythment le glissement de Talmée sur tes lèvres pâles 6 mon cœur, veux-tu, les contrées natales.

mon cœur que veux-tu — sur les navires des émirs t'en aller lointain, aux butins d'autres terres. Veux-tu, par les cimes forestières, le monastère où les frères s'entr'aident à guérir, — 6 mon cœur quel divan te faut-il pour dormir.

Donne-moi ton silence et ta mémoire

ta mémoire populeuse de sa face et de sa voix

la plus vaste salle de ton palais, donne-la-moi

qu'elle soit obscure et solitaire

pour que seul avec ta mémoire j'écoute sa face, ses vertus corporelles, et les horizons de sa voix.

CHANSONS d'amant 245

Ce mendiant dolent et creux, sans besace et sans bâton,

des feux et des fêtes qui s'écarte par la ville,

ses yeux sont emplis des pampres à long* plis drapantes de telle image au monastère devant quelle, dans Tascension d'or des lampadaires, Il fut des ans, sur ses paumes et ses genoux, épris.

Son cœur guéri lui pèse et le plie.

Ce mendiant, dont on raconte une couronne aux beaux fleurons

et dans la digne dextre un sceptre pour bâton,

son cœur guéri Tabandonne et le transit.

Quand passent devant ses yeux inertes les cortèges des khalifes dans les fers des lances et les tambours de guerre, ou les pas lents des docteurs grandis des ombres des mystères

Ses yeux restent inertes vers son ombre sur la terre.

PREMIERS POÂMES

Mais si quelque enfant descend à la citerne, mate en un noir manteau de chevelure ondante, comme un éclair plus fier que les bannières du khalife sille en la nuit livide qui voile son mystère.

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