‹ Premiers poèmesChapitre 4 sur 29 · THEME ET VARIATIONS · texte numérisé non relu

THEME ET VARIATIONS

Dans la haute chambre^ sous les plafonds qu^ enfumèrent les lourds lampadaires de cuivre, dans la haute chambre j hermétique du pli droit et métallique des lourds rideaux.

La fumée dévale, gyre^ se tord en ellipses, se strie et s^enfait; au minuit répercuté de timbres de cuivre, les rêves flottent lourds aux flocons de la fumée.

Une nuit dans la mémoire jonchée des morts de tentaculaires systèmes, et des humus d'anciennes, identiques, ravivées souffrances ; et sont écroulées les futiles pagodes en hâte construites des souvenirs; démâtées les barques au long des fleuves innavigables des vingt ans.

Des ruines qui s'en vont, pente implacable vers le gouffre. Sourd la mémoire des légendes, et ce qui fut Vorchestrale buée se précise et motif arrivé à Vinstant de vivre, clame.

Bon chevalier, la route est sombre, Crains-tu donc pas les assassins ?

Les âmes mortes, par essaims, Larmoyant aux émois de l'ombre?

Non, je vais ferme en mes desseins Contre tous périls qu'on dénombre.

Au ciel noir, curieux les yeux Jaloux des esprits de colère.

Et Notre-Dame tutélaire Aux temps s'exila des aïeux.

Je vais sous la droite de Dieu Et vers lui mon pas s'accélère.

Les crucifix masquent des trous Où g-isent si seuls des squelettes.

Contre Satan point d'amulettes, Il ouvre l'éternel écrou.

Digitizeclby V»00^ le

LES PALAIS NOMADES

Us sont si clairs les cheveux roux De Jésus dont je suis en quête.

Bon écuyer, c'est le chemin.

J'irai, sous la douceur de lune, Vers la colline où j'en crois une Qui m'indiquerait de la main

Où secourir les lendemains Des humains navrés de fortune.

L'ambre des toisons d'or, le bleu de ses azurs, L'asyie de son geste a f Armateur, les murs Que sa parole lente, aux traînes de musique, Bâtit des bons écrins des âmes extatiques Autour des volontés de gravir les destins, Et la liqueur d'espoir qu'elle verse aux festins. . . Verrai-je, sous ses pieds^ blancs ainsi crépuscules, S'enfuir les cauchemars des lourdes canicules?

LES PALAIS NOMADES ^5

Vers Tondoyance des futurs

A travers les sveltes mâtures

Souffle le vent des aventures

Vers de très brefs déléaturs.

vieux cœur souffrant tordu de tortures I

Dans Tépaisseur de nuit, sans caresse et sans lune, Chanson du matelot haut perché dans la hune Berce les lo^ags regrets qui vont pleurer vers une.

Les Atlantides, les Thulés, Par là-bas, vagues cérulées Vous les gardez auxjenvolées Des goëlands. Les beaux jubilés Attendant les purs près des mausolées I

4^ PREMIERS POAmES

Berce le long- regret qui crie à son allure

A la comète éparse en lente chevelure,

A ses pieds, sur la vague, en verdâtres moulures.

Se chauffer comme un bon lézard Aux rythmes raffinés des arts ; Sur les doux divans des hasards, Dominer son rêve en César ; Finir loin des ports en jonque bizarre.

LES PALAIS NOMADES

Fatalités, âmes trop brèves,

Efforts perdus,

Fruits corrompus Par des tares vieilles de rêves.

L'angoisse se réveille aux mornes solitudes ; Les pins sur les coteaux ont d'âpres attitudes; Dans le vent qui se traîne, oh! quelles lassitudes!...

Ce fut aux fièvres dernières.

Un souvenir

Sans avenir, Sans étoiles en ses tanières.

Des bruits incohérents s'échappent du faubourg-,

Ils dansent en banals enclos et si balourds...

Un train vibre, éloigné, comme un lointain tambour.

OÙ sont vos âmes des années ?

Les volontés,

Chevaux domptés^ Bronze aux fontaines surannées ?

Encore un jour, encore une heure^ oh l plus de temps,oh ! plus d'espace. Les vieux ont dit pourtant, que jeunesse se passe; Demain, premiers rayons, une nouvelle impasse.

IhsÀ

LES PALAIS NOMADES 49

As-tu cherché le pourquoi des émois sans cause? C'est dès long^temps, Tout est bien fini qui nous cause Les remembrances des printemps.

Et pourquoi ce fut-il une autre?

Cœurs trépassés Sur qui le vieux regret se vautre Ont parfois des langueurs d*un incertain passé !

50 PREMIISHS POÈMES

O Madone si triste au vitrail, Écuyer regretteur du bercail, Je vais, vous reg-ardant en mon âme, Belle aux douces lèvres de corail.

Ecuyer, qui souflFrez en votre âme Des douces plaintes de quelque dame, Du chagrin des manoirs effacés, Restez oisif, exempt de mon blâme.

Douceur de mes songes effacés.

Madone; diras-tu c'est assez A mes misères des longues routes ; Dans quelques ans, je serai cassé.

LES PALAIS NOMADES 5l \

N'ayant pas rencontré sur ma route, i

Au pas lent de mon cheval qui broute, ^

La lutte qui devra me grandir, *

Sous le lourd cauchemar des déroutes, ^ '

J'irai, moment déçu d'avenir, Et tout mortel pourra me honnir.

Pardonnez à la chair qui pleure Aussi à Tâme qui se ment :

Tout n'est que leurre.

Pauvre moment Que celui où nous savons Theure.

Et plaignez le pauvre dément.

Toute rose a parfum qui fleure ;

Tout est aimant,

Cause majeure, Et tout finit par les tourments.

LES PALAIS NOMADES 53

Du vieux livre, il se détachait Un beau bruit d'armes guerrières.

Un doux visage se cachait Aux bois ornés de clairières.

Des châteaux longeaient l'avenue Si pâles, si tristes qu'au fond On savait des malheurs profonds.

Misères par force venues.

Il semblait aux portes de fer

Du sang et des pleurs ; aux tourelles

Des regards implorants oflFerts

Aux bons combattants d'amour d'elles.

Et ces laideurs de par la vie Mufles d'omnipotents bourreaux Masques douloureux aux barreaux Des fenêtres ! Oh comédie I

Si maigre et si bonasse rosse Qui m'as mené par les chemins, Côtoyant Torgueil des carrosses, Rêvant aux foins pour les demains,

Ton allure si lente est le pas de mon rêve, Désir devenu doux d'avoir tant attendu, Et méprisant Torgueil du g*este, et si la brève Joie d'avoir triomphé dans un moment perdu.

Un jour, hélas prochain, nous trouverons le calme : Calme et silence î nuit profonde du tombeau Et Téternel errant que nous fûmes, la palme Du repos mérité peut croître à nos caveaux.

Digtfee d Uy VjQOQ 'r^

LES PALAIS NOMADES

Très loin, toujours plus loin, loin de la face humaine

Pfès des fleuves, par- là,

Près de la lune amène,

Des mineurs que voilà Le blanc chagrin qui va de son masque à la terre

Et que la nuit scella Près d'une eau qui s'endort au fond d*un vieux cratère.

Exil, lointain exil I Trouveras- tu jamais Les palais tapissés de clair où veut ton rêve Dans des fraîcheurs, des puretés^ musiques brèves, Revêtir un oubli profond du : Je t'aimais.

Inconnu, bel inconnu, naviguer sur tes rivières Entre tes quais de marbre noir, Toucher du doigt les vieux lierres

De tes nostalgiques manoirs, Revivre, blanc et dolent, renouvelé des lumières

Mentales de tes renouveaux Dans Taise indicible et la chaste paix des purs cerveaux.

En avant ! L'heure tarde et les cheveux sont gris ; ' Leurs pauvres corps loués au vague des tavernes, Les trésors si gardés d'amour dans leurs cavernes, Nous ne les verrons plus ; suivons mon cœur épris.

J'attends dans Theure obscure et calme L'héroïne, fanal de mes rêves fiévreux, Qui vient sous les frissons approbateurs des palmes Du fond des lents Édens des pays ténébreux.

Arrivant vers le clair, et du haut des collines. Dans une ascension des extases de roses, D'un doigt levé chassant les nuages moroses Dans le blanc lumineux des lampes sybillines,

Elle laisse flotter aux quatre coins des vents Cachant les sombres pics du loin, sa chevelure ; Et les oiseaux de nuit sont enfuis. Au levant. C'est toujours un décor plus albe et sans allure.

Demeure bien longtemps au faîte de mon âme cortège épandu des blancheurs de ses voiles A genoux sous ton front splendide d'une étoile Que j'admire longtemps, imaginaire dame !

Page 1