VERS LE PASSÉ
Sur Fétang endormi palpitent les roseaux; Et Ton entend passer en subites bouffées, Gomme le toI craintif d'invisibles oiseaux. Le léger tremblement de brises étouffées ;
La lune fait tomber sa divine pâleur
Sur le déroulement infini des prairies
D*où le vent, par instants, apporte la senteur
Des buissons verdoyants et des herbes fleuries;
Mais voici que, tout bas, chuchote la chanson Que chantent, dans la nuit, les plaintives fontaines Dans le cœur secoué d'un intime frisson S'éveille le regret des tendresses lointaines,
Et, du fond du passé, monte le souvenir Triste et délicieux de pareilles soirées, Et de bien loin on sent aux lèvres revenir Les paroles d'amour en l'ombre murmurées.
C'est vers toi que s'en vînt, d'abord, mon cœur d'enfant, Vers toi qu'il pressentait compatissante et douce, Car tes yeux n'avaient pas le regard qui défend Et ta main n'avait pas le geste qui repousse ;
Toi qui reçus l'aveu de mon premier émoi Et ta virginité de mes lèvres tremblantes.
Tu ne sauras jamais tout ce qui vit en moi De regret attendri pour ces heures clémentes.
Oh f tu ne peux savoir combien je te bénis D'avoir compris si bien les muettes prières De mon cœur que gonflaient des élans infinis Vers rinconnu caché sous tes longues paupières.
Et maintenant, loin de tes bras hospitaliers, Dans la nuit où je suis tu m'apparais encore^ Et la clarté de tes charmes inoubliés Garde en mon souvenir la fraîcheur d'une aurore.
Chère, les jours que j'ai passés auprès de toi Me sont comme un bouquet de roses parfumées Qu'une main inconnue eût posé sous mon toit.
Et j'en respire encor les senteurs embaumées.
O chère bîen-aimée, aide-moi, si tu veux, A choisir une fleur parmi ces fleurs divines, Et revenons ainsi vers l'heure des aveux Où l'amour réunit nos deux âmes voisines.
Ce fut de ces instants qu'on ne retrouve plus,
Où dans les yeux baissés et dans la voix qui tremble
On sent bien que les vœux hasardés sont élus
Et ce que Tun a dit on le pensa't ensemble,
L'instant, divin toujours, où les cœurs apaisés D'où s'en va le frisson des troubles et des craintes Vont savourer enfin la douceur des baisers Et l'exquis battement des premières étreintes.
Nous allions, au hasard, par des sentiers perdus Qu'envahissaient partout l'ajonc et la bruyère ; C'était le soir avec ses bruits inattendus Et ses souffles qui font regarder en arrière.
Au ras de l'horizon, le ciel que blanchissait La lente ascension d'une lune cachée Avait des tons nacrés et transparents de lait. Une feuille, parfois, tournoyait, détachée
LES LENDEMAITTS 17
De la branche flexible et grêle d'un bouleau Emu d'un coup de vent léger qui le tourmente, Et descendait, très doucement, comme un oiseau. Sur le chemin, avec une chute hésitante.
Comme je la savais, à ces heures du soir.
Un peu triste, et sensible à la moindre caresse, Je pris alors ses mains dans les miennes pour voir Ses yeux s'alanguir d'une indicible tendresse.