LES LIVRES
Ils alignent leurs dos vêtus de cuirs divers Où luit l'empreinte d*or des fleurons et des titres; Serrés sur les rayons, côte à côte, à travers La clarté miroitante et bleuâtre des vitre s. Ils alignent leurs dos vêtus de cuirs divers.
Les maroquins grenus et fins semblent du marbre; Les veaux polis ont la douceur souple des mains ; Les chagrins sont rugueux comme une écorce d'arbre, Et, parmi la candeur lisse des parchemins, Les maroquins grenus et fins semblent du marbre.
Aux uns, le rouge ardent et les riches couleurs; Aux autres, la douceur des teintes amorties.
Le bleu-tendre, le vert et ses glauques pâleurs, L'indécision des nuances perverties Qui dérivent du rouge et des riches couleurs.
livres^ confidents de la pensée humaine.
Gardiens silencieux de trésors amassés^
Il est des heures où la fatigue ramène
Les cœurs pris de tristesse et les esprits lassés
Aux livres confidents de la pensée humaine^
Car entre leurs feuillets sommeille le parfum
De rêves confiés et d'intimes détresses^
De vœux inexaucés ; et c^est là que plus d'un
Mit ses plus chers espoirs, ses meilleures tendresses
Qui montent des feuillets comme un vivant parfum.
C'est vers eux qu'on s'en vient encore aux heures lentes
Lorsque, pris du dégoût des hommes coudoyés
Et de l'écœurement des choses ambiantes,
On appelle Tessor des rêves éployés ;
C'est vers eux qu'on revient toujours aux heures lentes;
Et l'esprit allégé fuît sur l'aile des mots, Trompant ainsi l'ennui des traînantes journées ; Dans un oubli voulu du réel et des maux, Au froissement fébrile des pages tournées, L'esprit allégé fuit sur les ailes des mots.