LE RIRE
A Sulîy'Prudhomme,
L*appel impérieux du jeune Amour les mène
Vers le bois où dans l'or a ri l'Eté vainqueur,
Inébriés d'avoir bu la rouge liqueur
Qui chante et mousse aux bords de la coupe trop pleine ;
Ils écoutent Taveu de la parole vaine Qui fait glisser sa paix au trouble de leur cœur; Et je reste rivé comme un Terme moqueur Au sol où l'enracine et le fixe sa gaine.
Au centre des chemins ainsi qu'un exilé, Jusqu'au soir, à l'écart, j'assiste au défilé Des couples amoureux que j'envie et j'admire,
Qui vont se retournant inquiets dans la nuît. Et prennent pour l'éclat éveillé de mon rire Le sa,nglot réprimé d'un regret qui les suit.
DEFUNCTA,
Mon rêve indifférent que nul espoir ne guide
Vers un but inconnu va désintéressé^
Au gré du souvenir dont le souffle a passé
Dans le silence et dans la nuit de mon cœur vide
Aux lentes visions des horizons futurs Ëntr'ouvrant devant moi leurs vagues perspectives^ Je retrouve toujours les couleurs primitives, En les mêmes couchants dans les pareils azurs.
Les fleuves dont j'avais bu les ondes naissantes Auxquelles je trouvais, enfant, un goût amer, S'élargissent et vont disperser dans la mer L'élan continué de leurs vertes descente^. .
Et dans les yeux aimés où pour chercher l'oubli Le regard fatigué d'avoir trop vu se plonge Veille éternellement le décevant mensonge Que cache aussi la lèvre en l'orgueil de son pli.
Jusqu'au jour où viendra la mort qui nous délivre Du vieux mal d'espérer, je t'aime, ô bon Passé, Car je te sais bien mort dans ton néant glacé Et que je n'aurai pas du moins à te revivre.
108 PREMIERS POÈMBS