STATUE
L'ombre s'amasse au creux des paupières Et la statue étrange est plus morte ce soir Et se recule et craint le miroir Du lac qui mirerait, pâleur d'antiques pierres, Le marbre vieux, épouvanté de se revoir Si lointain en les eaux funéraires
L'allure a des hâtes d'aiiioureuse,
Les donatrices mains sont veuves de bouquets;
A l'horizon en fuite à l'angle des bosquets,
Originelle et mystérieuse,
Monte un songe de Terre à des ors de Palais,
808 PREMIH^S POÈMES
Par delà les exils, Déesse, et dans les temps
Venae autrefois cueillir des roses
Et te rire aux clartés liiàpides des étangs,
Ije geste de jadis se garde aux mêmes poses ;
Un rythme médite aux pas saltants
Mais Tombre est du silence au pli des lèvres closes.
L'ombre ferme les yeux, Tombre scelle la bouche ;
Au marbre l'écho du cœur est mort,
Et le passé muet s'eflarouche
Du risque de revoir en Teau qui songe et dort
Son sourire apparu parmi les feuilles d'or.
Au fond d*un soir, près de la Mer, J*ai vu la Ville au fond d'ua soir De pourpre pâle et d'argent clair, La Ville de marbre et de fer
Avec son ombr« sur la Mer !
J'ai vu la maison et la porte — Un soir de sang est sur la mer Le vent envenime la torche Au seuil que rougit l'âtre clair...
Le vent^ brusque a ieruié la po^rte.
La Mort passait avec TEspoir.
Leur ombre double est &ur la mer D'argent pâle sous un ciel noir.
Et depuis le temps m'est amer
Où le soir monte de la merl ^
Le vent balance branche à branche Les vieux arbres où ont chanté^ Hibou noir ou colombe blanche^ Notre jour sombre ou notre été.
La pluie est monotone et tendre Sur les feuilles et^ pas à pas^ Par les chemins je crois entendre La tristesse pleurer tout bas ;
L'arbre vieillit du vert au jaune, Du jaune au pourpre, d*or en or, Et je vois d'automne en automne Un passé qui s'effeuille encor;
313 PREMfKKS PO^.MKA
Le bois, cime à cime, balance Le chêne roux et le pin vert, Et le vent a de grands silences Comme la douleur et la mer.