LE JUSTE PROFIT
en réalité, n’est qu’un de ces abus que la déviation générale des mœurs explique, sans jamais l’excuser.
Les bénéfices extraordinaires des chefs d’industrie pourront se trouver notablement réduits par l’application des principes de l’encyclique Uerum novaruni. Mais il est à remarquer que ces bénéfices ne font point essentiellement partie du revenu de l’entrepreneur, si on le prend suivant l’esprit des sociétés chrétiennes et en conformité avec les habitudes qui doivent y régner. Faire rapidement une grande fortune n’est pas dans les choses que le chrétien doive principalement rechercher. Le but que tous peuvent et doivent poursuivre, c’est de gagner largement la vie, pour eux et pour les leurs, par le travail, chacun dans la condition où Dieu l’a mis, et de s’assurer, par l’économie, une situation convenable pour l’avenir. Aux patrons qui l’écoutent et qui seraient tentés de trouver trop rigoureuse la doctrine de l’encyclique, à ceux-là l’Église dirait ; Gagnez moins, mais gagnez honnêtement; vous avancerez moins vite sur le chemin de la fortune, mais vous avancerez sans fouler aux pieds vos frères qui, moins heureux que vous dans les affaires de ce monde, sont pourtant toujours vos égaux, puisqu’ils sont les enfants de Dieu, qui a créé, pour la même destinée finale, les pauvres et les riches.
Sur le salaire et le profil, il n’y a pas, me semble-t-il, dans l’encyclique, d’autres solutions que celles-là. Ce sont les solutions de l’économie politique et de l’expérieuce des affaires. Veut on aller plus loin, au mépris des principes et des faits; on en viendra aux systèmes qui remettent à l’État le soin d’attribuer à chacun sa portion suivant ses besoins, c’est-à-dire au socialisme pur, tel que nous le proposaient.
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il y a bientôt cinquante ans, Louis Blanc et la commission du Luxembourg.
DE LA DISTRIBUTION SECONDAIRE DES RICHESSES ET SPÉCIALEMENT DE l’ IMPOT
En quoi consiste la distribution secondaire. — Plus haut j’ai dit que, par l’emploi de la monnaie, l’importance des services rendus à la société s’apprécie suivant une mesure commune, en sorte que, dans le fonds commun des valeurs créées par le travail social, chacun prend une part proportionnée à ses services. C’est sur cette base que s’opère la distribution secondaire de la richesse.
Tous ceux qui, par leur travail, ont procuré à la société des utilités de l’ordre immatériel, perçoivent, sur la masse des richesses produites par les classes vouées au travail dans l’ordre matériel, une rétribution proportionnée d’ordinaire à l’importance, réelle ou factice, bien ou mal entendue, que la société attribue à ces utilités. Ainsi se déterminent les honoraires de l’avocat et du médecin, les bénéfices de l’homme de lettres et de l’artiste.
D’après quelle loi se fixe la rétribution des classes vouées aux travaux de l’ordre moral. — Grande serait l’erreur de ceux qui prétendraient soumettre absolument à la loi de la valeur la détermination du revenu des classes qui se vouent aux travaux de l’ordre moral. Nous touchons ici à un ordre de choses que ne règlent pas seulement les mobiles de l’intérêt, et dans lequel des raisons d’agir plus