REVENUS SECONDAIRES
sûres et plus hautes exercent une influence considérable et souvent décisive.
Les militaires et les magistrats ne sont pas rétribués en proportion de l’influence des services qu’ils rendent à la société et des sacrifices qu’ils s’imposent à son profit. L’honneur, le sentiment énergique et élevé du devoir, le besoin de se dévouer dans les grandes choses, leur font accepter une situation matérielle qui ne répond pas au rang qu’ils tiennent dans l’ordre des intérêts supérieurs de la société. Et tous ceux qu’inspire la charité, les prêtres qui enseignent, consolent et fortifient le pauvre peuple de nos campagnes, les missionnaires qui, en propageant la foi jusqu’aux extrémités de la terre, apportent le concours le plus laborieux et le plus important au progrès de la civilisation, les ordres religieux qui, à tous les degrés de l’ordre social, parmi les grands el les riches comme parmi les petits et les pauvres, répandent les trésors de la science et les ineffables dons de la charité : tous ces soldats de la milice spirituelle qui, pour mieux se faire tout à tous, renoncent à toute joie extérieure et à toute liberté, esclaves volontaires dans les ministères les plus fastidieux ou les plus abjects, où donc est leur rémunération? Souvent ce n’est qu’à la charité qu’ils demandent une subsistance que leurs renoncements réduisent au plus strict nécessaire.
Gardons-nous donc d’appliquer, en pareil cas, exclusivement les lois par lesquelles se déterminent les valeurs. Nous sommes ici à ce point où le monde matériel confine au monde moral ; à mesure que nous montons de l’un à l’autre, la loi de l’intérêt est de plus en plus effacée par la loi du sacrifice. Sans doute, même aux plus sublimes
hauteurs de l’abnégation, l’ordre matériel conserve toujours, dans la vie présente, un certain emi)ire et de certains droits; mais ces droits sont si restreints, qu à peine tiennent-ils encore une place parmi les faits dont la science sociale a à constater l’influence. Lorsque le dévouement a sa source dans des motifs plus humains, les mobiles de l’intérêt et de l’ordre matériel pourront être plus puissants sans que leur action pourtant soit unique et décisive.
Dans tous les cas, aussi bien quand on envisage les faits de la production des richesses que lorsqu on analyse les lois de leur répartition, on ne peut jamais admettre, entre les travaux de l’ordre moral et ceux de 1 ordre matériel, qu’une simple analogie. Identifier les uns avec les autres, à quelque titre que ce soit, serait en soi une grande erreur et entraînerait aux plus fâcheuses méprises.
Caractéristique de l’impôt. — C’est de 1 impôt que proviennent, en grande partie, les revenus secondaires. C’est sur les finances de l’État que sont rétribués un grand nombre des services rendus à la société dans l’ordre moral et dans Tordre intellectuel. Une caractéristique sommaire de l’impôt, et un examen succinct des principes les plus généraux qui doivent présider à son établissement, doivent
donc trouver ici leur place. Je ne dirai de l’impôt que ce qu’il est indispensable d’en dire pour compléter la rapide esquisse que je viens de donner de la répartition des richesses dans la société. Comme pour le système monétaire et le crédit, je renvoie aux traités spéciaux.
La part de l’impôt dans la masse des richesses produites par le travail de la société ne se fixe pas, comme les revenus privés, par le mouvement naturel de la valeur sous le régime de la libre concurrence. Cette part se fixe d’autorité.