ROLE SOCIAL DE LA CHARITÉ
la communauté par la loi, qui est le communisme. Il n’y a en effet de choix qu’entre les deux ; car jamais l’humanité n’acceptera comme légitime la propriété égoïste, constituée au profit du propriétaire seul et pour ses jouissances exclusives.
Propriété et charité. — Par suite du progrès de la liberté civile et de l’indépendance de plus en plus grande de l’individu dans nos sociétés démocratisées, la propriété, dans le chef de l'individu, se concentre, et les droits qui constituent la liberté du propriétaire deviennent de plus en plus absolus. La communauté de l’usage disparait de plus en plus des lois; elle fait place à l’appropriation exclusive avec ses conséquences juridiques les plus rigoureuses. Mais comme la propriété et la communauté sont deux principes qui ne sauraient être séparés sans que l’ordre essentiel de la vie sociale soit altéré, et comme la communauté ne peut se concilier avec le droit absolu de propriété que par la charité, il faut conclure que, dans une société où la propriété individuelle étend ses droits, il est nécessaire que la charité étende son action dans une mesure égale, et que la communauté, fondée sur l’usage charitable que le propriétaire fait de son droit, reçoive de plus en plus son application.
Si cette puissance de la communauté libre fait défaut à la société, on y verra se développer, sous une forme ou sous une autre, la communauté obligée de la loi. La servitude reparaîtra, par le fait que la propriété se trouvera forcément restreinte dans ses droits légitimes. Ce ne sera plus la servitude de l’individu envers l’individu, ce sera la servitude de tous envers l’État. Mais qu’importe la forme si, au fond, l’atteinte à la liberté est la môme?
Zil LA MISÈRE ET LA CHARITÉ.
Égalité et charité. — Tout ce qui tient de la Révolution et de l’esprit radical est hostile à la charité. De ce côté on se plaît à dire que la charité humilie et asservit celui à qui elle s'adresse, que le droit doit être la seule règle des rapports sociaux dans les sociétés libres, que le régime du droit est le seul dont puisse s accommoder la dignité d’un peuple en possession de 1 égalité civile et politique.
Bien loin que la charité détruise l’égalité, elle 1 établit, au contraire, sur les bases les plus solides. La charité, et quand je dis charité c’est toujours de la charité chrétienne (pie je parte, la charité fait descendre les grands vers les petits, en même temps qu elle élève les petits à la hauteur des grands. Tel est l’effet de l’esprit de renoncement sur les relations sociales, lorsqu’il est entré profondément dans les mœurs. Dans le christianisme, l’homme n est grand que par ses renoncements.
Le riche se sentira d’autant plus grand que, par la charité, il s’abaisse davantage au niveau du pauvre, et le pauvre qui accepte chrétiennement sa pauvreté, qui fait de ses souffrances la matière d’un libre sacrifice, se verra porté, dans la pensée du riche lui-même, au plus haut degré de la dignité humaine. Le christianisme ne nous faitil pas voir, dans le pauvre, Jésus-Christ lui-même, et ne nous dit-il point, par la bouche de ses plus grands docteurs, que les riches n’ont de place dans l’Eglise qu a raison des pauvres qui en forment véritablement le corps? Conçoit-on que la charité qui s'inspire de ces sentiments abaisse le pauvre et détruise l’égalité? On peut le dire sans exagération et ITiistoire est là pour le prouver, c’est de la charité qu’est née l’égalité dans nos sociétés modernes.