CARACTÈRE SOCIAL DU TH.AVAIL
rien, au moral comme au physique, que par le concours de ses semblables. Le travail par lequel il pourvoira à ses besoins matériels sera donc une œuvre essentiellement collective, où chacun des membres de la société aura un rôle, et pour laquelle tous se trouveront, les uns à l'égard des autres, en des rapports de mutuelle dépendance.
Le travail est une œuvre d’ordre social. — « Je
n’admets en aucune façon que le travail soit une fonction sociale. Celte proposition est un des axiomes de l’école socialiste; une fois qu’on l’admet, on est forcément entraîné à accepter l’organisation des rapports économiques telle que le socialisme la veut. Le travail est une œuvre d’ordre social, ce qui est tout différent.
« Celle œuvre collective de la création des richesses s’accomplira sous l’empire de certaines lois générales résultant de la nature morale et physique de l’homme et de ses relations avec le monde extérieur. Ces lois ne sont, quant à l’ordre spécial de la vie matérielle, que les conditions de la réalisation de la fin supérieure de l’homme. Elles reproduisent en tous leurs traits les grands principes qui dominent le monde moral dans lequel l’homme poursuit ses véritables destinées. Par elles-mêmes, les combinaisons de la vie matérielle qui constituent l’ordre des intérêts, n’ont pas plus de fixité, pas plus de généralité que les faits toujours divers et changeants auxquels elles correspondent. Les goûts, les affections de l’homme n’ont, dans cet ordre de choses, rien de constant. On peut dire que la mobilité en est la seule règle. D’ailleurs, les conditions extérieures qui s’imposent ici aux déterminations de l’homme varient avec le sol, avec le climat, avec la position géographique. Mais ce qui est vraiment universel.
c’est l’idéal de perfeclioii morale qui domine toute notre vie. Le besoin de croître en intelligence, en liberté, en dignité, de dilater tout ce que nous sentons en nous de puissance pour le vrai et le bien : tel est le fond invariable de la nature bumaine, tel est le but que l’homme poursuit sous foutes les latitudes et à toutes les périodes de son existence. A ce but suprême correspond tout ce qu’il y a de durable et de général dans la vie matérielle. Aussi, chaque fois qu’on aperçoit dans l’ordre matériel un fait constant et universel, de nature à être pris comme loi, on peut dire avec certitude que ce fait a sa raison dans l’ordre supérieur.
« Le problème pour l’ordre matériel, c’est de ramener constamment les intérêts multiples et toujours flottants de cet ordre aux fins générales vers lesquelles gravite toute l’existence de l’iiumanité. Là est l’idéal, là est le critérium, là est l’enchaînement des principes et des conséquences, sans lequel il ne peut y avoir, dans la théorie, aucun caractère scientifique, dans la pratique aucun dessein suivi, ni aucun succès assuré.
« Le christianisme donne à l’homme les conditions de la perfection ; il nous trace l’idéal de notre destinée et par là nous fournit, en même temps, la règle de l’ordre moral et la règle de l’ordre matériel. Metti’e en relief cet idéal, faire voir que, pour toutes les questions qui touchent au développement de la richesse, le principe chrétien satisfait aux légitimés exigences de l’humanité, telle est notre tâche. » [La Richesse, t. I, p. 152.)
La Famille et l’État. — L’ordre de la vie humaine comprend essentiellement deux sociétés sans lesquelles 1 homme ne pourrait naître, se conserver, se développer en