AL'TORITÉ ET LIBERTÉ
société ne sera-t-elle point en danger de périr sous l’action de ce mal dont les ravages frappent aujourd’hui les moins prompts à s’effrayer, et qu’on pourrait appeler le mal rationaliste?
« La société ne vit, ne grandit, ne se conserve que par ses vertus. Lorsque la Révolution aura restauré le paganisme dans la famille, où la société ira-t-elle puiser les forces morales qui lui sont indispensables pour s’élever à la perfection, dans l’ordre matériel aussi bien que dans l’ordre moral? Qui ne voit que c’est dans la famille chrétienne que naissent et se fortifient la probité, l’amour du travail, l’économie, l’abnégation, l’empressement à secourir autrui, toutes ces vertus qui sont la source de la grandeur et du bien-être des nations? Que reste-t-il de ces vertus dans le peuple, là où les doctrines delà démocratie révolutionnaire ont, non pas absolument éteint, mais seulement affaibli et comme suspendu la vie catholique des familles? Les nombreuses enquêtes, privées et publiques, faites depuis quarante ans, sur la condition des classes ouvrières, répondent catégoriquement à cette question. » {Les Lois de la société chrétienne, Paris, 1879, livre 111, chap. v.)
Autorité et liberté. — L’ordre, dans notre société publique aussi bien que dans notre société domestique, suppose deux principes dont le christianisme a progressivement tiré les conséquences, la liberté et l’autorité. En exposant les lois de l’ordre matéi'iel dans les sociétés chrétiennes, nous partirons toujours de ces deux principes indissolublement liés.
« La création des richesses étant une œuvre essentiellement collective, accomplie par le concours de tous les organes, et de toutes les forces de la société, rattachée par
les lois les plus intimes de la vie humaine à 1 œuvre plus élevée du perfectionnement moral, il s’ensuit que l’intervention du pouvoir dans cette œuvre, pour des circonstances données et dans des limites déterminées, est un fait dont la légitimité ne saurait être contestée.... Quant à l’ordre économique, nous admettons, comme principe général, que partout où la liberté sera assez droite, et assez énergique pour se suffire à elle-même, c’est d’elle qu’il faut attendre le progrès; considérant le concours de l’autorité comme nécessaii'e dans tous les cas, en tant que cette autorité donne à la société le principe d’unité nécessaire tà tout organisme, mais déterminant l’étendue et l'intensité de son action en raison inverse de l’énergie et de la rectitude des forces propres de la liberté. » {La Richesse, t. I, p. 155.)
Réglementation et liberté. — Cette question de la pondération entre la liberté et la réglementation olficielle, de la juste mesure dans laquelle la réglementation doit être contenue pour ne point dégénérer en socialisme, si vivement débattue de nos jours même entre catholiques, demande des explications. Je les ai données dans un écrit publié en 1879. En voici le résumé :
La liberté du travail. — « Le spectacle d’impuissance que nous donne actuellement la liberté, les égarements auxquels elle se laisse entraîner sous l’empire du principe libéral, conduisent aisément à considérer la liberté comme une puissance babituellement et inévitablement dangereuse, contre laquelle il faut s’armer d’une ferme et constante tutelle. De ce que les pentes naturelles de l’honnne tombé l’inclinent vers le mal, on conclut, non sans raison, que le principe delà liberté absolue du travail ne peut être